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Liens vers autres
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Alors qu'il effectuait, en novembre et décembre 1993, la première partie de l'inventaire des oiseaux de la réserve du Dja, au sud du Cameroun, dans le cadre du programme ECOFAC, un des espoirs secrets de l'ornithologue Patrice Christy était d'obtenir des informations sur deux espèces réputées rares et originaires de cette région: la fauvette du Dja et le tisserin de Bates. Cet espoir fut malheureusement déçu... La raison principale en était, au moins pour la première de ces deux espèces, le manque d'indication sur son écologie, habitat naturel, comportement ou tout simplement chant, celui-ci étant souvent le meilleur indice pour repérer une espèce secrète comme la fauvette dans une végétation dense et basse. Au cours de la première décennie de ce siècle, le spécimen type de la fauvette du Dja (Bradypterus grandis) avait été collecté par le biologiste Bates, à Bitye, sur les rives du Dja, ce qui valut son nom à cet oiseau . Depuis, aucune observation de cette espèce n'a été mentionnée au Cameroun.Il faut attendre en fait 1951 et 1952 pour que de nouveaux spécimens soient collectés, au Gabon cette fois, dans le centre sud du pays, dans les monts du Chaillu. A cette époque, Harry Beatty, collecteur pour le musée de Chicago, captura trois spécimens dans la végétation dense de plantations abandonnées, et nota que le seul signe de la présence de cet oiseau était son beau chant. Depuis, personne n'avait plus jamais aperçu cet oiseau. Si peu de données en plusieurs décennies justifièrent l'inscription de la fauvette du Dja sur la liste des espèces menacées d'Afrique. Peu d'oiseaux sont en effet connus par moins d'une dizaine de spécimens répertoriés dans les collections des musées. | ||||||||||
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En janvier et février 1994, les ornithologues Patrice Christy et William Clarke ont passé six semaines dans la réserve de faune de la Lopé, au centre du Gabon, pour la réalisation, dans le cadre du programme ECOFAC, d'un guide des oiseaux de la réserve. Au cours de ce séjour, Christy et Clarke ont été intrigués par un chant répétitif, émis à longueur d'heure, dans un marécage à grandes cypéracées, entre forêt et savane. L'oiseau, extrêmement secret, fut enregistré et appelé à l'aide de l'enregistrement de son propre chant. Il répondait facilement mais persistait à ne pas se montrer. Son chant fut comparé aux enregistrements des oiseaux de l'ouest africain publiés par Claude Chappuis et se rapprochait le plus de celui d'une fauvette du genre Bradypterus au Cameroun, mais connue seulement dans les forêts d'altitude. Christy et Clarke ont alors commencé à soupçonner qu'ils pourraient être en présence de la fauvette du Dja, dont le chant n'avait jusqu'alors jamais été enregistré. Début février, Christy et Clarke ont pu enfin voir, puis capturer (et relâcher après !) grâce à des filets, un spécimen de l'oiseau mystérieux, dont l'identification fut alors confirmée : il s'agissait bien de la fauvette du Dja !! Cette observation a permis d'avoir une idée précise de l'habitat naturel de la fauvette, qui n'est pas un oiseau de la forêt, mais des zones de contact entre forêt et milieux ouverts. A la Lopé, il s'agit de zones entre forêt et savane; ailleurs, cela pourrait être des zones entre grand cours d'eau et forêt, ou des grands marécages ouverts en milieu forestier. La présence de
hautes graminées ou de grandes
cypéracées est également un indice de
la présence probable de l'oiseau, même si ces
zones occupent des surfaces limitées, comme c'est le
cas à la Lopé, où le marécage
dans lequel fut localisée la fauvette n'excède
pas une dizaine de mètres de largeur et une
cinquantaine de mètres de longueur. |
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Les mêmes marécages à cypéracées, identifiées comme Rhynchospora corymbosa, existent à l'intérieur de la réserve du Dja, et justifieront quelques prospections plus poussées ultérieurement. La collecte des spécimens du Gabon par Beatty dans des plantations abandonnées indiquerait, en outre, que la fauvette du Dja peut coloniser des habitats secondaires offrant les caractéristiques de son milieu d'origine, dense et bas. Quant au chant, s'il n'est pas aussi exceptionnel que le décrivait Beatty, il est suffisamment distinctif, puissant et répétitif, pour constituer un indice de présence de l'oiseau et un élément d'investigation dans les sites adéquats du sud Cameroun, du Gabon et du nord Congo. Quelques données supplémentaires ont été recueillies par le biologiste et artiste Jonathan Kingdon, présent à la Lopé au moment de la capture, oiseau en main. Sous les ailes, une zone de peau nue ou peu emplumée est probablement à l'origine d'un curieux bruit d'aile émis par l'oiseau, au cours d'un vol de proclamation territoriale, dans une phase de grande excitation, et en réponse à la diffusion de son chant. Les plumes des flancs, particulièrement denses et longues, pourraient avoir pour vocation de protéger l'oiseau contre les herbes relativement tranchantes dans lesquelles il évolue, et dans lesquelles, curieusement, il se laisse tomber plutôt qu'il ne se pose à la fin de ses vols de proclamation territoriale. Ses pattes, très fortes, caractérisent une espèce se déplaçant en milieu fermé par courts sauts entre les tiges, plutôt que par vol à distance. Cette observation a permis la prise de nombreuses photographies de l'oiseau dans son milieu naturel, qui, avec les détails de l'oiseau en main, constituent désormais les premiers documents iconographiques sur la fauvette du Dja. Les dessins réalisés par Kingdon et Clarke représenteront également les premières illustrations de cette espèce dont, jusqu'à présent, aucun ouvrage sur les oiseaux d'Afrique n'avait offert une quelconque image aux ornithologues et observateurs d'oiseaux. Grâce aux données recueillies à la Lopé, il est désormais envisageable de préciser la répartition de la fauvette du Dja dans les forêts de l'ouest de l'Afrique centrale, et de tenter d'apprécier plus finement le statut de cette espèce, naturellement rare, ou discrète à l'extrême ? Trop d'oiseaux doivent, par un pessimisme excessif, leur réputation de rareté, non pas à leur rareté intrinsèque, mais à la rareté des observateurs eux-mêmes.
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d'après Patrice Christy |