Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Visite en RCA : le PDRN
(Programme de Développement de la Région Nord)

(Article paru dans Canopée n° 2 - Avril 1994)

 

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La zone pilote de Sangba : un modèle de gestion des ressources naturelles par les villageois

Lorsque le PDRN a démarré ses activités en 1988, la région Nord était livrée à un braconnage intense, à la fois local et étranger (soudanais et tchadien), hypothéquant fortement, à moyen terme, la capacité de renouvellement des ressources naturelles, notamment faunistiques, de la zone.

Le programme s'est donc fixé parmi ses objectifs l'amélioration du contrôle de la zone pour, en limitant les invasions étrangères et les abus commerciaux, garantir à la chasse traditionnelle d'auto-consommation pratiquée par les populations locales, la possibilité de prélèvements légaux tolérés par les espèces animales présentes.

Réserver le bénéfice de la gestion des ressources naturelles aux populations locales nécessitait de nombreux aménagements que le PDRN s'est efforcé de réaliser.

Tout d'abord, sur un plan législatif, il convenait de faire reconnaitre la zone pilote de Sangba en tant que structure autorisée, d'une part à organiser ses activités, et, d'autre part, à percevoir les recettes en découlant. Par arrêté ministériel du 1er Juillet 1993, la zone pilote de Sangba est devenue une zone d'aménagement, autorisée à générer ses revenus.

La zone pilote de Sangba : un modèle de gestion des ressources naturelles par les villageois

Lorsque le PDRN a démarré ses activités en 1988, la région Nord était livrée à un braconnage intense, à la fois local et étranger (soudanais et tchadien), hypothéquant fortement, à moyen terme, la capacité de renouvellement des ressources naturelles, notamment faunistiques, de la zone.

Le programme s'est donc fixé parmi ses objectifs l'amélioration du contrôle de la zone pour, en limitant les invasions étrangères et les abus commerciaux, garantir à la chasse traditionnelle d'auto-consommation pratiquée par les populations locales, la possibilité de prélèvements légaux tolérés par les espèces animales présentes.

Réserver le bénéfice de la gestion des ressources naturelles aux populations locales nécessitait de nombreux aménagements que le PDRN s'est efforcé de réaliser.

Tout d'abord, sur un plan législatif, il convenait de faire reconnaitre la zone pilote de Sangba en tant que structure autorisée, d'une part à organiser ses activités, et, d'autre part, à percevoir les recettes en découlant. Par arrêté ministériel du 1er Juillet 1993, la zone pilote de Sangba est devenue une zone d'aménagement, autorisée à générer ses revenus.

Parallèlement, un comité de gestion des ressources naturelles était organisé associant les villages aux activités du programme en matière d'aménagement de la zone. Entretemps, afin de faire de la zone un site commercialement attractif, plusieurs aménagements ont été réalisés tels que pistes, barrages et mares, salines, etc... incitant un tourisme de vision dans la zone de protection de l'écosytème de Sangba réservée à cet effet.

Un zonage de la zone pilote a instauré la création de zones de "petite chasse", compatibles avec la chasse ou la récolte traditionnelle. Des zones de "grande chasse" sont réservées à des sociétés de chasse passant un contrat directement avec le comité villageois pour location de l'infrastructure construite par le programme au bénéfice de la communauté villageoise. Ce contrat donne au chasseur l'exclusivité sur la zone de chasse le concernant.

L'expérience doit être soulignée dans la mesure où elle constitue vraisemblablement à l'heure actuelle en Afrique Centrale la seule gestion de ressources induisant des retombées économiques réelles pour la communauté villageoise. En effet, si la société de chasse continue de payer à Bangui son permis, elle règle directement auprès du comité de gestion le montant correspondant à la location du camp de chasse qui lui est attribué, soit un montant 4 millions de FCFA par saison pour la zone cynégétique villageoise de Idongo Da Bangoran. Ajoutées à ce montant, sont également perçues par le comité les taxes d'abattage, dont 20% sont reversés à l'administration centrafricaine.

Au total, c'est plusieurs millions de FCFA qui peuvent bénéficier directement chaque année à la communauté villageoise, réinvestis dans des équipements collectifs (écoles, dispensaires, entretien camp de chasse) et mais aussi à terme redistribués entre la communauté quand les comptes le permettront.

Les quotas d'abattage sont déterminés par le PDRN sur base de recensements aériens et terrestres. Le contrat liant la société de chasse et le comité de gestion détermine les quotas alloués au chasseur sur base des résultats d'inventaire. Il est donc bien évident que la réussite de l'expérience dépend de la volonté de la société de chasse de "jouer le jeu", et de la motivation du chasseur pour participer à la préservation de la zone. Celui-ci verse, en avance à la signature du contrat, 50% du quota d'abattage total attribué.

L'expérience mérite d'être suivie et encouragée sur d'autres programmes de conservation, bénéficiant, comme la région nord, d'une faible densité démographique. Quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir à l'égard de la chasse, la démonstration est faite, si besoin était, que encadrée, gérée et utilisée au profit de tous, elle peut devenir un élément de conservation. Les buffles, bubales, cobes de fassa, et autres mammifères en nette recrudescence dans cette zone depuis trois ans en sont la preuve irréfutable.

Eu égard à l'investissement financier, matériel mais également humain que représente le travail accompli depuis 1988 dans la région Nord, interrompre une telle expérience serait faire preuve d'inconstance mais également d'un manque de clairvoyance, considérant que les objectifs à long terme que visent de nombreux projets de conservation sont strictement identiques à ceux finalement atteints par le PDRN.