Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Cameroun - Réserve du Dja :
une démarche innovatrice :
le recours à l'anthropologie pour la gestion des ressources naturelles

(Article paru dans Canopée n° 2 - Avril 1994)

 

Annexe :

Etude anthropologique

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Sommaire numéro

Sommaire Cameroun

Depuis un an, la composante Cameroun tente de définir un programme de gestion de la réserve du Dja associant les populations locales et l'administration chargée de sa gestion.

Il s'agit de définir une politique de gestion telle que :

  • la forêt soit et reste une source de développement pour les communautés villageoises ;
  • les actions menées préservent les objectifs de conservation de la biodiversité, de l'administration et des agences internationales.

Sur les 5.260 km2 de la réserve, seuls les secteurs touchant les villages de périphérie seront gérés avec les populations locales dans le but de rechercher une valorisation optimale des ressources. Un secteur central sera soustrait de toute utilisation et voué aux activités de recherche et touristique.

 

POURQUOI OPTER
POUR UNE GESTION PARTICIPATIVE ?

L'Afrique nous a montré les difficultés et les échecs d'une gestion centralisée des aires protégées.

D'une manière générale, face aux pressions sociales et aux contraintes économiques l'administration dispose de peu de moyens humains, matériels et financiers pour gérer les aires protégées et résoudre les implications de ce type de mise en valeur des territoires.

Les objectifs de préservation de la biodiversité, bien que nobles et fondés à une échelle mondiale, sont étrangers et bien loin des préoccupations du petit monde villageois oublié dans sa forêt.

Contrairement à sa conception du développement qui passe par des activités considérées comme valorisantes (emploi si possible dans la fonction publique, l'agriculture, ...) mais banissant les activités en forêt (image d'un passé), le villageois continue à chasser pour obtenir son pécule familial. Il ne peut que s'opposer à des objectifs de conservation qui vont à l'encontre de ses moyens de survie.

Confronté de plus en plus à une économie de marché et à de nouvelles valeurs sociales et culturelles, il tente de répondre à ses nouveaux besoins (clichés de modernité) avec ses connaissances et ses moyens.

A défaut des cacaoyères ou d'emplois lucratifs, avec ses propres connaissances et ressources, on chasse pour avoir accès aux seuls marchés disponibles.

Très peu d'efforts ont été consentis pour permettre au villageois d'accéder à une plus grande diversité de ressources.

Le succès des programmes Campfire au Zimbabwé, de Nasinga au Burkina Faso, et de la zone pilote de Sangha en Centrafrique sont bien plus le résultat d'un transfert de responsabilités et de ressources de l'Etat aux populations, par un apprentissage de gestion et de mise en valeur de ces ressources.

La population devient le gestionnaire et le gardien de sa forêt qui procure activités et revenus à la communauté.

En rendant progressivement une partie de ses droits et de ses ressources forestières aux populations, l'Etat cherchera à combler son manque de "moyen de gestion", à mieux valoriser la diversité des produits forestiers et à ouvrir de nouveaux secteurs d'activités économiques pour les populations locales.

La forêt ne sera plus cet élément de l'environnement utilisé comme compensation économique, sans perspective de développement. Cette politique a également l'avantage de mieux correspondre à la perception des villageois de l'appartenance des ressources (droit foncier et d'usage coutumier).

 

COMMENT LE PROGRAMME ESPERE-T-IL Y PARVENIR ?

Sous l'objectif principal de conservation de la biodiversité, la composante souhaite réaliser un plan de zonage de la réserve prenant en compte à la fois les objectifs de laboratoire biologique et de tourisme, et l'objectif de mise en valeur du territoire forestier pour les populations locales.

Le zonage sera réalisé principalement par une délimitation des territoires utilisés par les populations résident dans la périphérie de la réserve (zone à vocations multiples).

Dans un premier temps, la composante vise la connaissance de la réserve.

Pour ce faire, une étude anthropologique a été initiée afin de :

  • étudier les droits fonciers et forestiers coutumiers ;
  • définir les différentes "communautés villageoises" et les limites géographiques de leurs territoires agricoles et forestiers ;
  • étudier l'organisation socio-politique qui permette de comprendre le fonctionnement des associations locales susceptibles de gérer les différents terroirs ;
  • évaluer les structures de travail et les besoins en formation des futurs gestionnaires.

Des enquêtes et études sont menées tant dans les domaines agricoles que forestiers pour mieux valoriser le temps des villageois et envisager des alternatives à la chasse commerciale.

Celles-ci visent :

  • une intensification de l'agriculture et la résolution progressive des problèmes liés à la commercialisation et à l'écoulement des produits ;
  • une recherche de produits forestiers,
  • la commercialisation de fruits sauvages, d'huile de moabi, d'épices, ... ;
  • la valorisation du produit chasse ;
  • la participation aux activités touristiques (vision et cynégétique) ;
  • la transformation des produits (artisanat).

D'autre part, des inventaires de la faune et la flore permettent de compléter les connaissances de l'écosystème et de rester en conformité avec l'objectif de conservation de la biodiversité.

Dans un deuxième temps et sur base des connaissances acquises, la composante souhaite établir des conventions entre les différentes communautés et la réserve. Ces conventions concèderont des droits d'utilisation des ressources à ces communautés et définiront clairement :

  • les territoires de chaque communauté ;
  • le rôle et les responsabilités de la réserve et des communautés dans la gestion des ressources et du territoire ;
  • les modalités et les structures locales de gestion d'aménagement, et d'exploitation des ressources.

A ce stade, la composante interviendra pour appuyer techniquement les communautés dans la gestion et l'utilisation de leurs ressources.

 

LES CONTRAINTES MAJEURES

Le caractère individualiste des communautés villageoises peut rendre difficile le lancement d'une gestion communautaire. Une adhésion des élites et des autorités à cette recherche-développement et à la philosophie de la composante est indispensable.

L'arrivée du projet est considérée comme un don venant résoudre les effets de la conjoncture économique tant au niveau des populations que des administrations.

Le partenariat effectif sur le terrain entre les populations, l'administration et le projet pour l'exécution d'action doit avant tout être considéré comme un élément indispensable pour une réussite.

 

J.M. FROMENT

ECOFAC CAMEROUN

 

Les apports de l'étude anthropologique réalisée au Dja

 

ECOFAC, opérant au Cameroun, dans la réserve de faune du Dja s'est heurté, dans sa volonté d'associer les populations à la gestion des ressources forestières, à un manque d'informations sur les liens visiblement très complexes existant entre les individus, ou groupes d'individus, ainsi que sur la nature et la répartition des activités humaines dans la forêt.

Le manque de réponses à certaines questions que se posait ECOFAC s'est révélé pénalisant dans la mesure où les nouvelles structures à mettre en place, prévues pour un appui au développement des populations, risquaient de s'opposer à leurs traditions et mode de vie.

Innovant dans cette optique, ECOFAC a recouru aux services de l'anthropologie pour d'une part s'assurer une meilleure connaissance des éléments déterminant de la vie quotidienne de ces populations, de leurs traditions et habitudes, et, pour d'autre part, se faire mieux comprendre et admettre d'une communauté qui craint, de la part du programme, une remise en cause de son mode de vie.

L'étude anthropologique initiée aura permis, entre autres, la connaissance des terroirs agricoles villageois, constitués au fil des déplacements des villages.

Cette information est primordiale dans la mesure où elle devrait éviter à ECOFAC des erreurs dans ses propositions de zonage notamment, mais surtout des conflits avec les populations qui ruineraient tout espoir de dialogue et de collaboration entre les communautés villageoises et le programme.