Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la CITES sans jamais oser le demander ....

(Article paru dans Canopée n° 4 - Octobre 1995)

 

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Sommaire numéro

Sommaire éléphants

Qu'est ce que la CITES ?

Des statuts de conservation différents : les annexes de la CITES

Concrètement, que signifie la ratification par un pays de la Convention de Washington ?

Polémique : Pourquoi vouloir déclasser les éléphants ?

TRAFFIC

 

Qu'est ce que la CITES ?

Le commerce constitue un élément majeur pour le déclin de certaines espèces végétales et animales, car le développement des moyens de transport a rendu possible l'expédition de plantes et animaux vivants, ou de leurs produits, de partout dans le monde.

Signée en 1973, la Convention de Washington, communément désignée CITES (Convention on International Trade of Endangered Species ou en français Convention sur le commerce international des espèces menacées) découle de la volonté de stopper la surexploitation commerciale d'un grand nombre de plantes et animaux menacés de disparition.

La CITES a donc pour objectif, par adhésion du plus grand nombre de pays, de protéger plantes et animaux en règlementant leur commerce international, aidant de ce fait à leur survie.

En 1994 ,on comptait 128 pays signataires de la Convention de Washington.

 

 

 

Des statuts de conservation différents : les annexes de la CITES

Selon que l'espèce est très menacée ou moyennement menacée, la règlementation applicable varie.

Les plantes et animaux soumis à la CITES sont classés en 3 annexes :

Annexe 1

Cette liste répertorie les "espèces menacées d'extinction immédiate par le commerce". Ex : le gorille, le rhinocéros.

Cela signifie que le commerce et le transport international de spécimens de ces espèces sont interdits, sauf motif exceptionnel.


Annexe 2

Ce sont les espèces menacées risquant l'extinction, dont on cherche à éviter une "exploitation incompatible avec leur survie". Ex. : le perroquet gris à calotte rouge.

Cela signifie que le commerce ou la circulation de ces espèces doivent être autorisés par des documents CITES délivrés par les autorités compétentes de chaque pays (pays exportateur mais aussi pays importateur).


Annexe 3

Il s'agit d'espèces déclarées menacées par un pays sur son territoire. Ex.: la hyène tachetée, sur annexe 3 de CITES, intégralement protégée au Congo.

Il demande son aide aux autres pays ayant ratifié la Convention afin de l'aider à "empêcher ou restreindre leur commerce".

 

Hors liste

Il s'agit des plantes et animaux non listés dans la Convention, mais qui peuvent parfaitement faire l'objet d'une protection sur le plan national. Il faut donc toujours se reférer à la législation du pays d'exportation.

Le classement par annexe peut être modifié en fonction des circonstances. Lors des conférences CITES, les listes sont remaniées et améliorées. On citera le cas de l'éléphant, de 1973 à 1984, hors liste. Après 1984, l'éléphant d'Afrique, considéré comme très menacé est porté sur l'annexe 2 avant d'être intégré à l'annexe 1 en 1989.

 

 

Attention !! Espèces protégées !

Concrètement, que signifie la ratification par un pays de la Convention de Washington ?

Il y a des espèces protégées qu'il n'est pas possible de faire voyager lorsque vous quittez votre lieu de vacance ou de résidence.

Ainsi, si vous possédez un perroquet gris (Psittacus erithacus), figurant en annexe 2, il ne vous sera pas possible de l'emporter avec vous sans un permis spécial délivré par les autorités du pays que vous quittez (permis d'exportation), ni sans un permis délivré par les autorités du pays où vous vous rendez (permis d'importation).

Pour les animaux figurant en annexe 1, il ne sera pas possible d'avoir de permis d'exportation ou d'importation, et donc impossible d'emporter avec vous un chimpanzé ou un bébé gorille, ni de l'ivoire, ni une peau de léopard ou de tout autre animal sur annexe 1.

De même, si vous avez ramassé une espèce végétale menacée (par ex. certaines variétés d'orchidées), il ne sera pas possible de l'emmener avec vous lors d'un passage de frontière si elle est sur annexe 1, et il faudra un permis si elle est sur annexe 2.

Ces contraintes s'appliquent autant à des animaux vivants ou plantes en pot, qu'à des animaux empaillés ou plantes sèchées, ainsi qu'à toute partie provenant de ces plantes ou animaux, qu'elle soit brute ou travaillée (ex. ivoire, ou peau).

 

 

Polémique : Pourquoi vouloir déclasser les éléphants ?

Au mois de Novembre 1994, s'est tenue aux Etats-Unis une réunion CITES. Ces réunions ont lieu au moins tous les deux ans, afin que les annexes soient révisées en fonction de l'évolution du statut des espèces.

Cette réunion était très attendue car les pays d'Afrique australe souhaitaient demander que l'éléphant soit déclassé de l'annexe 1. Depuis 1989, date à laquelle les éléphants ont été classés en annexe 1, il existe un moratoire sur le commerce de l'ivoire. Cela signifie que son commerce international, c'est à dire toute exportation, est impossible.


Alors pourquoi en trouve-t-on à la vente ?

La règlementation CITES ne concerne que le commerce international. Chaque pays, à l'intérieur de ses frontières applique sa législation nationale, qui autorise ou pas la détention et le commerce d'ivoire.

La règlementation au Congo, par exemple, interdit l'abattage de l'éléphant, intégralement protégé, et de ce fait la vente d'ivoire. Toutefois, il est permis de vendre de l'ivoire provenant de stocks existant avant le moratoire de 1989. Subtile nuance ......

On salue l'initiative du Kenya et de la Zambie, qui ont respectivement brûlé en 1989 et 1992 leurs stocks d'ivoire de plusieurs dizaines de tonnes. Seul moyen de ne plus avoir à chipoter sur les "avant" et "après" et de réellement contribuer à la protection des éléphants.

Les pays d'Afrique australe, tels que l'Afrique du Sud, le Zimbabwe ou la Namibie, ont une tradition ancienne de conservation de la nature et se sont depuis toujours efforcés de protéger leurs éléphants, au point que ceux-ci sont maintenant en surnombre dans certaines zones, créant des problèmes de voisinage avec les autres populations, humaines dont ils détruisent les cultures, ou animales dont ils modifient les habitats. Il y a donc des pays en Afrique qui sont dans l'obligation, par mesure de protection, d'abattre des éléphants. Ces pays souhaiteraient pouvoir retirer les fruits de leur gestion exemplaire de la faune en bénéficiant des revenus que leur apporterait le commerce international de l'ivoire, de la viande et des peaux. Depuis le moratoire de 1989, cela est impossible.

On peut comprendre le point de vue de ces pays qui pratiquent une vraie gestion de leur population animale. Mais on sait que réautoriser le commerce de l'ivoire sonnerait le glas pour les éléphants d'Afrique. Les pays réunis en novembre dernier pour la CITES, ont donc refusé le déclassement de l'éléphant de l'annexe 1.

Nous le répétons régulièrement, c'est l'acheteur qui encourage le délit, car il crée un marché en laissant supposer qu'il peut procurer des bénéfices à un braconnier.

Même si votre grand coeur vous incite à acheter ce petit singe que vous trouvez si mignon et à qui vous croyez sauver la vie, sachez que, en le monnayant :

  • vous condamnez d'autre jeunes singes car le vendeur, ravi de sa bonne affaire, demandera immédiatement à un braconnier de le réapprovisionner;
  • vous prenez en charge un animal sauvage, ce qui n'est pas comparable à un chien ou un chat. Un chimpanzé en captivité, devenu adulte, se révèle souvent agressif. Qu'en ferez-vous alors ?
  • vous vous exposez à des sanctions si vous voyagez avec ces animaux sans autorisation. Ils seront saisis à la douane en cas de contrôle, et une amende sera infligée à leur propriétaire en infraction.

 

 

TRAFFIC

C'est un sigle que l'on voit souvent. De quoi s'agit-il ?

 

C'est une ONG qui s'est fixée comme objectif le strict respect de la Convention de Washington. Son nom signifie Trade Record Analysis of Flora and Fauna in Commerce, soit en français : collecte des données sur le commerce de la flore et la faune.

Comme son nom l'indique, elle recueille et analyse les données commerciales concernant les espèces menacées. Ces données sont obtenues auprès des secrétariats CITES dans chaque pays ayant ratifié la Convention, auprès des services des douanes, mais également par des enquêtes et études commissionnées par TRAFFIC.

Par l'analyse de ces données, elle vérifie les effets de ce commerce sur les populations sauvages. Elle essaie de combattre les pratiques commerciales illégales et organise des campagnes d'information grand public.

Chacun de nous doit être concerné pour l'application de la Convention de Washington.

Chacun de nous a un rôle à jouer pour la sauvegarde de notre planète.