Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Une enquête préliminaire sur les Lamantins dans les eaux de la Réserve de la Conkouati au sud du Congo.

(Article paru dans Canopée n° 4 - Octobre 1995)

 

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Le lamantin ouest-africain (Trichechus senegalensis) est un mammifère aquatique qui habite les rivières, les estuaires, et certains lacs et lagunes, le long des côtes africaines de l'océan atlantique, du Sénégal à l'Angola. Son abondance et son écologie sont très peu connues.

Une enquête, initiée par WCS en collaboration avec le projet H.E.L.P, et effectuée par M. Kouadio Akoi, a fourni des informations actualisées sur la présence et abondance du lamantin dans la Réserve de Conkouati, au sud du Congo.

Des observations de la végétation bordant les lagunes ont permis d'identifier plusieurs espèces de plantes appêtées par le lamantin, notamment le Paspalum vaginatum , dont certaines avec des jeunes tiges découpées de façon caractéristique par ce mammifère. Aux pieds des palétuviers (Rhizophora racemosa) entourant les lagunes, se trouve également une prairie de végétaux flottants à prédominance de Nymphea lotus et N. maculata dont les racines sont très appréciées du lamantin.

Un seul individu a été aperçu de jour, sur le canal reliant la lagune Conkouati au lac Tchibenda. Toutefois, les pêcheurs confirment des observations fréquentes de lamantins, notamment pendant la pêche de nuit. Parfois, des petits sont attrapés dans leurs filets.

Aucune pollution de l'eau, de nature à nuire aux populations de lamantins, n'a été notée.

La pression humaine sur les eaux est relativement réduite, la densité de population dans cette localité étant relativement faible et les pratiques de pêche très peu agressives. Exceptés les filets de pêche observés dans deux localités différentes, et qui peuvent incidemment prendre des petits lamantins, aucun piège spécifique n'a été observé.

Bien que présents dans la réserve de Conkouati, le nombre des lamantins reste vraisemblablement limité. L'espèce étant très active le jour (recherche de nourriture d'une valeur journalière de 4 % de son poids), le fait de n'apercevoir qu'un seul spécimen pendant cinq jours d'observation semble attester d'une population peu abondante. Pourquoi cela quand Conkouati rassemble toutes les conditions pour une bonne conservation (abondance de fourrage, pression humaine actuelle limitée, excellente qualité de l'eau, etc...) ? La lente reproduction de l'espèce ne saurait en être la cause. Seule une étude approfondie des conditions locales et de l'histoire de l'occupation de la région peut aider à formuler une réponse.

D'autre part, si le lamantin se cache le jour pour ne sortir que la nuit (fait confirmé par les déclarations des pêcheurs), cela atteste du fait qu'il soit régulièrement menacé, même si en dehors des filets de pêche, aucun indice visible de chasse n'a été observé.

La réserve de Conkouati présente beaucoup d'atouts pour un cadre idéal pour la protection et la conservation des lamantins. Dans le cadre de la gestion de la réserve, il parait urgent de définir des zones de lagunes interdites à la pêche, aussi bien de jour que de nuit, afin de garantir la survie de cette espèce timide. Il est cependant évident que cette politique ne pourra réussir que si l'on suscite la coopération de la population, dans le cadre d'une gestion communautaire, où celle-ci percevra son intérêt.

 

d'après un rapport de Kouadio Akoi WCS

 

Interrogés sur les croyances traditionnelles relatives au lamantin, appelé N'Gouloumassi en Vili (langue vernaculaire de la région), quelques pêcheurs ont répondu que ceux-ci sont utilisés par les sorciers pour renverser les pirogues.

Dans la quasi-totalité des villages visités, le mythe de la sirène, "Mami Watta", est connu et raconté. Selon les villageois, la sirène serait le génie des ancêtres qui habite les lagunes et se présente sous forme d'arc-en-ciel. D'une lagune à une autre, ce génie peut être soit très doux, soit très méchant au point d'interdire la fréquentation de certaines zones de la lagune aux hommes.

"Mami Watta", souvent aperçu moitié poisson, moitié femme, conformément à son mythe répandu un peu partout sur le littoral atlantique, pourrait-il être la vision magique du lamantin ?