Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Aulacode

L'élevage d'Aulacodes au Gabon :
un exemple d'exploitation rationnelle de la faune

( Article paru dans Canopée n° 5 - Mai 1995)

 

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L'aulacode (Thryonomys swinderianus), autrement appelé "hérisson", est considéré comme le plus gros rongeur d'Afrique après les porcs-épics du genre Hystrix.

Appartenant au Subordre des Hystrocomorphes, comme l'athérure ("porc-épic") ou le cobaye, ce rongeur est représenté dans toute l'Afrique subsaharienne depuis le Sénégal jusqu'en Afrique Australe.

C'est un animal trapu de 40 à 60 cm de longueur, hormis une queue de 20 à 25 cm, et d'un poids entre 2 et 4 kg chez les femelles, et entre 3 et 6 kg chez les mâles.

Après 5 mois de gestation, une femelle sexuellement mature à l'âge de 6 mois, peut facilement donner une moyenne de 4 petits par portée. La femelle peut être accouplée une semaine après avoir mis bas, et le sevrage peut se faire un mois après la naissance des petits.

La gestation, assez longue pour un rongeur, permet que l'essentiel du développement foetal se fasse dans le ventre de la mère. Ainsi les petits naissent avec les yeux ouverts, des poils et 4 incisives qui poussent continuellement pendant le reste de leur vie.

Présente surtout dans les régions de savanes, mais aussi dans les galeries forestières et dans les zones déboisées pour l'agriculture, la population d'aulacodes est plutôt en expansion, étant donnée la déforestation croissante en Afrique.

Pourquoi alors élever l'aulacode, une espèce abondante, et à gestation plutôt tardive ?
Plusieurs arguments plaident en sa faveur.

Sa viande, très prisée dans toute l'Afrique de l'ouest et centrale, se vend à un prix très élevé. A Libreville, elle peut dépasser les 3.000 FCFA/kg de poids vif. Un mâle adulte atteint les 4 kilos à l'âge de 10-12 mois.

Distibution de l'aulacode en Afrique

Distribution de l'aulacode en afrique

 

 

Il est peu exigeant en ce qui concerne son alimentation. Essentiellement herbivore, sa ration journalière consiste en 80 % de fourrage (Penicetum purpureum, Panicum maximum, Brachiaria spp, Paspalum spp.) complété par un supplément d'engraissage constitué par des sous-produits agricoles dont le maïs (épis, spathes, rafles et graines), des tubercules (igname, patate douce, manioc), coeur de palmier, noix de palme feuilles d'ananas et canne à sucre.

Les aulacodes étant des animaux indigènes, ils sont parfaitement acclimatés à l'environnement africain et sont donc beaucoup plus résistants à la plupart des maladies que beaucoup d'animaux domestiques (ex. lapin).

Leur élevage peut se faire au sol, en construisant leurs enclos avec des matériaux traditionnels tels que le bois, le bambou, la paille et la terre rouge (argile). L'élevage peut aussi se faire dans des enclos de 1m x 2m x 1m de hauteur pouvant loger un groupe polygame de 1 mâle avec 6 à 8 femelles. Les enclos doivent être protégés du soleil par une toiture en paille ou en tôle, et bien ventilés.

Il est vrai que les aulacodes sont de véritables dévastateurs des cultures de maïs, canne à sucre ou arachide.

Cependant, s'ils peuvent être capturés jeunes, ils s'adaptent bien à l'élevage et peuvent constituer un apport régulier de viande très riche en protéines et une source de revenu complémentaire non négligeable pour les paysans qui veulent les élever.

Le fumier compost issu de l'élevage d'aulacodes peut être recyclé comme engrais organique pour les cultures ou comme source nutritive pour la pisciculture.

D'un point de vue alimentaire, l'élevage d'aulacodes peut être une source de protéines considérable, la teneur en protéines de sa viande étant plus importante que celle du poulet, du lapin ou du mouton.

L'aulacodiculture pourrait devenir une possible source d'emploi pour les jeunes gabonais au chômage vivant en milieu périurbain.

L'élevage d'aulacodes étant une activité profiteuse, elle pourrait être utile pour réduire les effets de pression de la chasse, en fournissant aux populations de la "viande de brousse" issue de l'élevage.

Cet aspect est d'autant plus intéressant dans certaines zones tampons autour d'aires protégées où la population est abondante et la chasse interdite. Cette activité pourrait constituer un atout très utile pour les initiatives de conservation en Afrique centrale.

C'est dans le but de valoriser cette importante ressource de la faune africaine au profit des populations rurales ou périurbaines que le projet "Élevage de Petit Gibier", financé par la Coopération Française, a débuté au Gabon il y a maintenant un an, mis en oeuvre par Vétérinaires Sans Frontières (V.S.F), une ONG française possédant plus de dix ans d'expérience en développement rural en Afrique .

Grâce à l'installation d'un centre d'élevage pilote dans la zone périurbaine de Libreville, à Owendo, constitué par un noyau de 100 aulacodes d'origine ouest-africaine (Togo et Bénin), on compte aujourd'hui déjà plus de 200 animaux élevés en cage ou en enclos au sol. La faisabilité technique de l'élevage d'aulacodes est prouvée au Gabon.

 

 

Aulacodes
Un couple d'aulacodes dans un enclos au centre d'élevage d'Owendo (Gabon)

Schéma d'une cage pour aulacodes

 

 

Cette activité suscite un intérêt croissant chez les gabonais : plusieurs éleveurs désirant s'initier à cette nouvelle activité commencent à s'installer dans la zone périurbaine de Libreville avec l'appui technique du projet.

Les gabonais intéressés, après avoir démontré leur motivation en construisant l'enclos, reçoivent une formation au centre, où ils achètent quelques animaux afin de tester leur nouvelle technique d'éleveur.

S'ils réussissent, le projet leur fournit, à crédit, un groupe de reproducteurs qu'ils devront rembourser en animaux au cours des 3 premières mises bas.

Afin de développer l'intérêt environnemental de l'élevage d'aulacodes, des collaborations ont été initiées entre le Projet "Élevage de Petit Gibier" et les composantes ECOFAC au Gabon et au Congo, dans le but de mettre en place des programmes de vulgarisation d'aulocodiculture parmi les populations périphériques du parc national d'Odzala et de la réserve de la Lopé.

Un candidat choisi par chacune des composantes a été formé au sein du Projet "Élevage de Petit Gibier" pour s'investir prochainement dans ce genre d'élevage. Nous espérons que cette collaboration avec ECOFAC pourra continuer, et que l'élevage d'aulacodes sera un jour une réalité tant au Gabon, que dans les autres pays d'Afrique centrale.

 

 

Dr. Ferran Jori

Chef du Projet "Élevage de Petit Gibier"
VSF Gabon