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Les différents auteurs qui ont écrit sur les oiseaux de São-Tomé nous rapportent la prétendue habitude du pigeon de São-Tomé, espèce endémique, d'être attiré à l'aide de feux par les chasseurs locaux, pour "manger la fumée" (prendre un bain de fumée ?, s'interrogent-ils). Alors que nous campions, avec les guides ECOFAC, en mars 1993, à 1.820 m d'altitude, sous le Pico São-Tomé, nous avons pu vérifier ce phénomène. Le foyer, allumé tôt le matin, a effectivement attiré un pigeon qui est venu se percher à découvert sur des arbustes de la forêt naine, à hauteur d'homme, et à une dizaine de mètres d'un feu produisant beaucoup de fumée. L'oiseau s'est laissé approcher jusqu'à quelques mètres, ne s'envolant qu'avec réticence. L'un des guides a confirmé cette curieuse attitude qui est certainement plus l'expression de la familiarité de cette espèce, et une indication de son comportement territorial, qu'un attrait particulier, et difficile à expliquer, pour la fumée. Ceci n'est qu'une anecdote, mais elle correspond bien à ce que l'on constate, ici et là, parmi les faunes insulaires : les espèces y sont souvent peu farouches à l'égard de l'homme. Cette absence de méfiance a causé la disparition ou la raréfaction d'un certain nombre d'oiseaux insulaires. Un second
caractère de l'avifaune de São-Tomé et
Principe est partagé par la plupart des avifaunes
insulaires : un fort taux d'endémicité. Sur
les quelques 70 espèces se reproduisant sur les deux
îles, 26 espèces (ou 22, selon le statut
d'espèce ou de sous-espèce accordé
à certaines formes) sont endémiques aux deux
îles ou à l'une d'entre elles. | ||||||||||
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Ce taux d'endémicité classe São-Tomé et Principe en deuxième position des zones prioritaires pour la conservation de l'avifaune forestière tropicale, après Madagascar. Les deux îles, compte tenu de leur faible superficie, avaient été bien prospectées et étudiées par les ornithologues et les collecteurs de la fin du siècle dernier et du début de ce siècle. Ensuite, une longue période sans prospection étendue avait fait craindre que certaines espèces d'oiseaux de forêt primaire aient pu disparaître ou s'être considérablement raréfiées, ce qui valut à São-Tomé et Principe l'inscription de sept d'entre elles sur la liste rouge des oiseaux menacés en Afrique. La réalité est probablement autre : six de ces oiseaux ont plutôt une distribution locale et, contrairement aux autres espèces des deux îles, n'ont pas développé de facultés d'adaptation aux changements apportés par l'homme dans la forêt originelle, principalement l'établissement des plantations de cacao et de café. Il sera sans doute impossible de savoir si, à l'origine, la pie-grièche de São-Tomé, la nasique de Bocage et le néospize de São-Tomé, aujourd'hui confinés aux forêts de plaine du sud-ouest de l'île, occupaient toutes les forêts de plaine de l'île, avant leur défrichement pour l'implantation des cultures. Mais on sait
maintenant qu'elles survivent dans le sud-ouest et c'est
seulement parce qu'aucun ornithologue ne visitait ces zones
depuis les années 30, qu'on pouvait craindre la
disparition de ces oiseaux. |
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Il reste néanmoins vrai que leurs effectifs, y compris ceux de l'ibis de São-Tomé, ne dépassent pas quelques dizaines d'individus, compte tenu de l'exiguïté de leur habitat. La protection intégrale des forêts du sud-ouest est une condition essentielle pour la survie de ces espèces uniques au monde. Les autres espèces présumées menacées, dont le souimanga de São-Tomé, occupent également les forêts d'altitude ou submontagnardes, mieux protégées par leur inaccessibilité. Tous les autres oiseaux de l'île se sont remarquablement adaptés aux forêts d'ombrage des plantations de café et de cacao et y prospèrent, certains atteignant même la ville de São-Tomé. Les inquiétudes aujourd'hui concernent l'île de Príncipe. La collecte des perroquets gris pour l'exportation y continue, facilitée par les communications plus régulières, avec l'extérieur; l'ibis olive de Príncipe et le merle de São-Tomé, deux sous-espèces endémiques à Príncipe, restent les seuls oiseaux des deux îles à ne pas avoir été observés depuis le début du siècle (et, s'ils survivent, leur distribution serait limitée à quelques kilomètres carrés). Mais, et cela est la menace la plus sérieuse, les colonies florissantes d'oiseaux de mer des îles Tinhosas, les plus importantes du golfe de Guinée, évaluées à quelques dizaines de milliers d'individus il y a plusieurs décennies, semblent s'être considérablement réduites, par la prédation directe croissante sur les adultes, les jeunes ou les oeufs, ou par des dérangements trop fréquents.
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Patrice Christy ECOFAC |