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gorille de montagne
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Désastre
écologique pour les parcs nationaux
de l'est du Zaïre
A la suite des
événements du 6 avril 1994
au Rwanda, et de la guerre civile qu'ils
ont déclenchée, on estimait
qu'en quelques jours, en juillet 1994, 1,5
à 2 millions de Rwandais
s'étaient réfugiés au
Zaïre, fuyant les massacres
inter-ethniques. Des semaines durant, la
presse internationale a été
dominée par cette tragédie,
les organismes humanitaires et les
bailleurs de fonds essayant de faire face
à cette crise sans
précédent.
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Face à la
détresse humaine, certains ont trouvé
inconvenable que quelques voix
s'élèvent pour dénoncer le
désastre écologique qui se
déroulait parallèlement au drame
rwandais. Pourtant, quand on sait à quel
point les populations africaines sont
dépendantes de leur milieu dans
l'accomplissement de leur vie quotidienne
(notamment collecte de bois et d'eau, agriculture),
il apparaissait dès lors indispensable de se
préoccuper très rapidement de la
présence de centaines de milliers de
réfugiés dont l'impact sur
l'écosystème ne pouvait que
s'avérer irréversible, remettant en
cause le mode de vie des habitants de cette
région.
Dix huit mois plus
tard, la situation reste dramatique, les camps de
réfugiés abritent toujours des
milliers de Rwandais, dont le retour dans leur pays
semble bien hypothétique à court ou
moyen terme. Le bilan environnemental de cette
tragédie est désastreux : on constate
un déboisement massif, le bois de chauffe
étant indispensable aux populations de cette
région montagneuse. Autre fléau, la
recrudescence du braconnage pour approvisionner en
viande une population de plus d'un million de
personnes. L'impact de ces
prélèvements se révèle
catastrophique pour les deux parcs nationaux
zaïrois situés dans cette région
(PN de Kahuzi-Biega et PN des Virunga), dont des
pans entiers de forêts ont d'ores et
déjà disparu.
De ce
désastre écologique, découle
un problème économique : la
présence de milliers de
réfugiés dans cette zone provoque une
insécurité telle qu'elle remet
fortement en cause le tourisme dans cette
région, et par conséquent ses
retombées pour l'économie locale,
mais aussi pour l'Institut Zaïrois pour la
Conservation de la Nature (IZCN), chargé de
la gestion des aires protégées au
Zaïre. Le tourisme aux gorilles de montagne,
initié dès la fin des années
70 dans le Parc National de Kahuzi-Biega, et
à partir de 1985 dans le Parc National des
Virunga, rapportait chaque année à
l'IZCN plus d'un million de dollars (soit ±
550 millions de FCFA !), permettant à cette
administration de financer le fonctionnement de ses
aires protégées. Le tourisme aux
gorilles de montagne était la parfaite
démonstration de la rentabilité d'une
bonne gestion des ressources naturelles.
La
problématique de cette région et de
ses parcs n'est pas simple. Depuis toujours, cette
région très fertile, avec ses sols
d'origine volcanique, supporte une des plus fortes
densités démographiques d'Afrique
(jusqu'à 300 hab/km2), exerçant une
forte pression sur les limites des aires
protégées, contrainte que l'IZCN
devait prendre en considération dans la
gestion de ses parcs nationaux. Depuis
l'installation des camps de réfugiés
au Kivu, l'IZCN est accablé et impuissant
face à l'ampleur d'un problème qui le
dépasse.
Un rapport du PNUD
estime qu'entre 7.000 et 10.000 m3 de bois sortent
chaque jour du secteur sud du Parc National des
Virunga. Près de Bukavu, l'Institut National
d'Etudes et de Recherches Agronomiques (INERA) a
perdu des stocks précieux de germplasme
lorsqu'un camp s'est installé dans un champ
contenant des clones uniques de quinquina et de
café représentant le travail de 15
à 20 années d'expérimentation
!
Mais la
déforestation, et la destruction
d'écosystèmes qu'elle implique, n'est
qu'un des drames. La présence de milliers
d'armes de guerre amenées au Zaïre par
l'armée hutue et ses milices a
contribué de façon dramatique
à la détérioration de la
sécurité dans la région et
à une augmentation alarmante du
braconnage.
Il est probable que
des milliers d'hippopotames et de buffles de la
Rwindi ont d'ores et déjà disparu, la
viande étant vendue ouvertement sur les
marchés de Goma et dans les camps.
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Depuis 15
ans, aucun cas de braconnage de gorilles
n'avait été constaté
dans le Parc National des Virunga. Le
climat d'anarchie générale
prévalant actuellement a
brutalement changé cet état
de fait. Depuis deux mois, quatre gorilles
du PN des Virunga sont morts, dont trois
mâles à dos argenté
(mâles dominants),
dénommés Rugabo, Salama et
Luwawa, appartenant à des familles
exploitées pour le tourisme de
vision à Jomba et Bukima. Au moins
trois de ces quatre animaux ont
été abattus par une balle
tirée en plein coeur,
témoignant d'une vraisemblable
préméditation.
Les
gorilles de plaine de l'est de
Kahuzi-Biega n'ont pas été
épargnés. Le
célèbre Maheshe a
été abattu en août 95
par un braconnier qui a vendu son
crâne pour le montant
dérisoire de 20$ ! N'est-il pas
pathétique qu'un gorille rapportant
depuis 10 ans un montant annuel d'environ
200.000$ (plus de 100 millions de FCFA par
an !), soit abattu pour le prix d'un
casier de bière ?
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Les volcans Virunga,
l'habitat d'environ 300 gorilles de
montagne parmi les ± 600
recensés pour la
planète
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La mort d'un
mâle dominant peut avoir des
conséquences importantes sur la population
des gorilles. En l'absence d'un jeune mâle
capable de reprendre la famille et de la
préserver, celle-ci se disperse, les
femelles rejoignant d'autres familles. Dans ce cas,
les plus jeunes gorilles sont
généralement tués par le
nouveau mâle dominant, afin d'amener les
femelles en chaleur et assurer sa propre
descendance.
La raison de ces
tueries reste un mystère, les corps des
gorilles abattus dans le Parc National des Virunga
n'ayant pas été touchés. Mais
leur résultat se manifeste par l'arrêt
brutal du tourisme de vision et un manque à
gagner considérable pour cette
région.
Il est important
d'agir tant qu'il en est encore temps. Il n'y a
qu'un seul espoir pour la survie de ces parcs, et
d'une manière plus globale, pour la
région et sa population, c'est le retour des
réfugiés au Rwanda. Le Zaïre le
sait et a fixé un dead-line au 31
décembre prochain. Mais le Zaïre seul
semble impuissant. La communauté
internationale aura-t-elle le courage et la
volonté politique de l'aider à
atteindre cet objectif ? Maintenir des camps de
réfugiés au Kivu ne fait que
repousser un problème en en créant un
autre : si l'on attend trop longtemps, il faudra
admettre que l'on n'aura rien fait pour aider
l'Afrique à préserver deux de ses
plus beau trésors.
C.
Aveling - ECOFAC
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