Sommaire du n°10
n° 6 - octobre 95

BULLETIN SUR L'ENVIRONNEMENT
EN AFRIQUE CENTRALE

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Céphalophe bleu(C. monticola) avec collier émetteur

 RFO : ces céphalophes au collier .........

La pose du premier collier au cou d'un céphalophe rouge (Cephalophus weynsi) dans la forêt de l'Ituri en janvier 1991, marque le début du «Projet Céphalophes», une étude d'un remarquable groupe de mammifères, parmi les plus importants éléments de la faune forestière africaine, tant sur le plan économique qu'écologique.

Limitées dans leur distribution au continent africain, à peu près 16 espèces (le statut systématique de certaines expèces n'est pas encore réellement tranché) de céphalophes sont connues aujourd'hui. A l'exception du céphalophe de Grimm (Sylvicapra grimmia) qui occupe la savane, toutes les espèces de cette famille sont associées aux habitats boisés, la majorité d'entre elles étant limitées à la zone forestière. Et dans la plupart des pays d'Afrique centrale, on peut dénombrer jusqu'à six espèces de céphalophes cohabitant dans une même forêt.

Adaptées par excellence aux habitats forestiers, ces antilopes présentent le même museau large, avec des glandes préorbitales, un dos bas et arrondi, des cornes courtes, étroites et orientées vers l'arrière. Le poids, suivant l'espèce, varie entre 5 et 60 kg. Aucun autre ongulé forestier n'a connu un tel niveau de spéciation sur le même plan morphologique. La similarité remarquable d'apparence de plusieurs espèces crée des difficultés de détermination, surtout sur le terrain où l'observation est souvent limitée à un bref contact avec un animal rouge, de la taille d'une chèvre, qui croise votre chemin et se jette dans les fourrés du sous-bois, disparaissant instantanément de la vue !

Les céphalophes suivent un régime alimentaire adapté à une vie forestière. Ce régime est dominé par les graines, les fruits et les champignons. Les feuilles, base de la nourriture de la plupart des ongulés domestiques, comme les chèvres et les vaches, ne constituent qu'une infime partie du fourrage consommé par la plupart des espèces de céphalophes. Ces derniers ne broutent pas : ils ramassent les fruits et les graines tombés à terre. Et comme frugivores, les céphalophes présentent des comportements spéciaux comme l'habitude de suivre les troupeaux de singes afin de recueillir les restes de fruits et graines jetés par les primates. Les graines de certains fruits avalés, résistantes à la mastication et à la rumination, sont ainsi ingurgitées et dispersées. Parmi les principales essences répandues par les céphalophes dans l'Ituri, on distingue le Ricinodendron heudelotti, l'Irvingia grandifolia, et le Donella pruniformis.


C. leucogaster: étude d'alimentation en captivité

Les six espèces rencontrées dans la forêt d'Ituri montrent une variabilité assez frappante dans leur comportement et vie sociale.
Les céphalophes à dos noir (
C. dorsalis) et les céphalophes à dos jaune (C. sylvicultor) sont nocturnes et solitaires.
Les céphalophes bleus (
C. monticola) et les céphalophes rouges (C. weynsi) sont, en revanche, diurnes et nettement sociaux.
Ces derniers se présentent souvent en groupes de 3 à 5 individus et occupent des aires de 30 à 50 ha. Deux autres céphalophes diurnes sont connus pour leur occupation d'habitats particuliers. Il s'agit du céphalophe à front noir (
C. nigrifrons) vivant dans les endroits marécageux, tandis que le céphalophe à ventre blanc (C. leucogaster) occupe des domaines vitaux très vastes avec des déplacements nomadiques.
Dans certaines parties de la forêt de l'Ituri où abonde la nourriture, les densités de céphalophes peuvent atteindre 45-50 individus par km2. Elles sont réduites dans les forêts monodominantes à
Gilbertiodendron dewevrei. Certaines espèces, comme le petit céphalophe bleu, peuvent persister dans une situation de chasse intensive, mais ce même niveau de chasse peut menacer d'autres espèces plus vulnérables comme le céphalophe à dos jaune.

Chassés de partout dans la zone forestière, les céphalophes constituent la plus importante source de gibier actuellement exploitée en Afrique centrale. Des centaines, voire des milliers de tonnes de viande de gibier arrivent chaque année sur les marchés de la plupart des villes des pays de cette région. La commercialisation de la chasse a pris des allures gigantesques. L'impact de cette chasse sur les populations de céphalophes n'est pas encore connu scientifiquement, mais tout laisse croire que celles-ci, bien que pas encore menacées, ne tarderont pas à le devenir si on ne tente pas de contrôler les activités de la prédation... humaine.

Les données accumulées pendant plus de trois ans dans la RFO permettront de dégager des informations qui aideront certainement les gestionnaires à mieux assurer la protection ou maintenir un niveau soutenable d'exploitation de ces ressources en faune. Des études doivent être effectuées par des équipes de socio-économistes afin de disposer d'une vision globale de l'impact des prélèvements sur les populations existantes.

Taille

Espèce

Poids (kg) adulte

Activité

Habitat forestier

Vie sociale

petite

C. monticola

4,5

diurne

terre ferme

couple avec jeune

 

moyenne

C. nigrifrons

13

diurne

marécage

femelles : territoriales, mâles : hiérarchie de dominance

C. leucogaster

16,5

diurne

terre ferme

solitaire ou couple

C. weynsi

17,5

diurne

terre ferme

groupe de 4/5

C. dorsalis

22,5

nocturne

terre ferme

solitaire

grande

C. sylvicultor

55,5

nocturne

terre ferme

solitaire

John Hart & Robert Mwinyihali Kalebo
CEFRECOF,
RFO Epulu via Bunia Zaïre.
P.o. BOx 21285
Nairobi - Kenya

 



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