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En attendant le Who's Who
de la forêt tropicale !
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Les
forêts tropicales humides sont connues pour
abriter le plus grand nombre d'espèces au
monde, la plupart d'entre elles demeurant
inconnues. Au delà de simplement nommer ces
espèces, il est aussi important, dans un
écosystème complexe, de
connaître les relations entre individus et
entre espèces, afin de comprendre pleinement
leurs modes de vie.
Chaque
espèce possède un modèle
génétique qui lui est propre, et qui
l'identifie par rapport à sa famille, sa
population et sa sous-espèce. Nous
l'appelons «empreinte
génétique», et les techniques
modernes nous permettent d'identifier un individu
de la même façon qu'une empreinte
digitale pour le travail d'un
détective.
Des individus de
proche parenté, tels que des frères,
auront des empreintes génétiques
similaires (des vrais jumeaux ou des clones de
plantes auront même des empreintes
identiques), la différence d'empreinte entre
individus augmentant lorsque l'on passe de familles
à populations, à sous-espèces,
et à espèces.
Les
différences actuelles entre matériel
génétique des différentes
espèces, composé de gènes
liés sur des chromosomes, sont apparues
après des millions d'années
d'évolution. Ces différences,
appelées «marqueurs
génétiques», peuvent être
analysées en détail en isolant les
parties constituant les chromosomes.
Un laboratoire
spécialisé équipé pour
entreprendre ce type de recherche existe au CIRMF
à Franceville (Gabon), établi
initialement pour la recherche sur les
comportements de primates, mais les techniques
peuvent être exploitées pour de
nombreux autres aspects de l'écologie
tropicale en Afrique centrale.
Pistage des individus et sagas
familiales
De nombreuses
espèces de la forêt tropicale sont
difficiles à étudier parce que la
végétation dense empêche les
observations directes. Mais, parce que chaque
animal laisse des traces derrière lui,
celles-ci peuvent être exploitées. Les
excréments, ainsi que les poils, contiennent
suffisamment de tissus cellulaires pour
réaliser une empreinte
génétique, et cette «carte
d'identité» peut être
retrouvée régulièrement
à travers les traces laissées par
l'animal dans son domaine vital.
A la Station
d'Etudes des Gorilles et Chimpanzés à
la Lopé (Gabon), où les chercheurs
n'ont pas pu habituer les gorilles à leur
présence, on essaie de remplacer
l'identification visuelle d'un animal par une
identification génétique.
Des
échantillons de poils,
récoltés depuis cinq ans dans les
nids de gorilles, sont utilisés pour
déterminer le rapport mâle/femelle,
leur généalogie intergroupes, le
déplacement des individus et des groupes.
Cette information contribue de façon
significative à une compréhension du
comportement des gorilles et des relations entre
les familles.
Des empreintes
génétiques pourraient
également être utilisées pour
détecter des cas de braconnage et de trafic
d'animaux. Puisque certains «marqueurs
génétiques» sont
déterminés géographiquement,
les origines d'animaux, peaux, défenses,
etc., peuvent être contrôlées
génétiquement. Cette technique a
été utilisée récemment
en Afrique de l'est pour confondre des trafiquants
d'ivoire.
Populations et
espèces
La
spéciation se produit lorsque des
populations d'une espèce deviennent
isolées (barrière physique,
changement d'habitat ...), l'échange de
matériel génétique par
reproduction étant interrompu.
Lorsque l'isolement
perdure, des marqueurs génétiques
différents prévalent dans les
différentes populations par un processus de
sélection naturelle et changement
génétique aléatoire (genetic
drift).
C'est lorsque ces
différences deviennent si importantes qu'en
cas de remise en contact des populations, aucune
reproduction entre elles ne peut plus avoir lieu,
que l'on considère que la spéciation
s'est opérée.
En identifiant la
fréquence de marqueurs
génétiques dans différentes
populations, sous-espèces et espèces,
nous pouvons reconstituer la façon dont les
populations se sont séparées
géographiquement, et ont
évolué dans le temps
La
spéciation des singes cercopithèques
à travers l'Afrique sub-saharienne est un
parfait exemple du processus de divergence
génétique à partir d'un
ancêtre commun.
Au CIRMF, nous
collaborons avec des groupes internationaux pour la
collecte d'échantillons de poils des
différentes populations de gorilles à
travers l'Afrique. C'est ainsi que nous avons des
échantillons de plusieurs populations des
deux sous-espèces de gorilles de plaine
(Gorilla gorilla gorilla et G. g. graueri ), ainsi
que du gorille de montagne (G.g.beringei).
A partir de ces
échantillons, nous espérons pouvoir
déterminer le moment où l'homme et le
gorille ont divergé d'un ancêtre
commun, évaluer les différences entre
les trois sous-espèces de gorilles, et
éventuellement, démontrer que le
gorille de montagne est, comme certains le
prétendent, une espèce
distincte.
Adaptation et sélection
changement dans l'espèce
Les changements de
la composition génétique des
individus, ou des groupes d'individus, à
l'intérieur d'une espèce, qui
influencent favorablement le «succès de
reproduction» se répandront dans une
population, du fait d'une progéniture plus
nombreuse portant ces caractéristiques.
C'est le principe de sélection naturelle et
sexuelle.
Un taux de
mortalité élevé et soudain,
tel qu'une épidémie, peut être
un facteur de sélection naturelle important,
modifiant très rapidement les
caractéristiques génétiques
d'une génération à une
autre.
De nos jours, de
nombreuses espèces d'arbres sont victimes de
tels facteurs de sélection dus à
l'augmentation rapide de l'exploitation
forestière. Ceux qui subsistent après
exploitation sont souvent les individus petits et
tordus, et cela peut donner lieu à des
générations futures d'arbres d'aspect
très différent pour des
espèces, telles l'okoumé,
intensément exploitées.
La
compréhension des effets de l'exploitation
forestière sur la composition
génétique des populations d'arbres
pourrait nous aider à mieux évaluer
les dégâts de l'exploitation
forestière en Afrique centrale.
Le laboratoire du
CIRMF, en collaboration avec la composante Gabon du
programme ECOFAC, mène actuellement un
projet pilote d'étude
génétique de plusieurs espèces
d'arbres de forêt tropicale, notamment
l'okoumé.
La
révolution dans les techniques
génétiques a ouvert des perspectives
énormes pour l'étude de la biologie
tropicale. Nous souhaitons que cet article stimule
des idées pour d'éventuels projets de
recherche écologique en Afrique
centrale.
Pour plus d'informations, contactez
:
E. Jean Wicking
Département de Primatologie
CIRMF
BP 769, Franceville Gabon
Kate A. Abernethy
CIRMF
station d'étude des Gorilles et
Chimpanzés,
BP 7847, Libreville, Gabon.
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