Sommaire du n°10
n° 6 - octobre 95

BULLETIN SUR L'ENVIRONNEMENT
EN AFRIQUE CENTRALE

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Focus sur ... le projet Mont Cameroun

Le Mont Cameroun se trouve sur la faille géologique sur laquelle les continents d'Amérique du sud et d'Afrique se sont séparés il y a des millions d'années. Plusieurs montagnes volcaniques se sont formées le long de cette faille, notamment les îles atlantiques de Annobon, São Tomé, Príncipe et Bioko, et sur le continent les monts Cameroun, Manenguba et Oku. Le Mont Cameroun (4.095 m) est la plus haute montagne d'Afrique de l'ouest et est toujours en activité, la dernière éruption datant de 1982.

Le Mont Cameroun est un site écologiquement remarquable. La pluviométrie très élevée (plus de 15 m à Cap Debunscha sur la côte !) a mitigé les effets des périodes sèches durant les dernières glaciations, permettant une couverture forestière continue durant des dizaines, voire centaines, de milliers d'années. L'ancienneté de ces forêts, ainsi que leur isolement et leur gamme de formations végétales entre 200 et 2.500 m d'altitude, a permis une spéciation étonnante de plantes. A ce jour, 23 espèces de plantes endémiques ont été enregistrées dans la zone forestière, de nouvelles espèces étant découvertes chaque année. 19 autres espèces endémiques de plantes ont été identifiées dans les prairies ventées au-dessus de la zone forestière, au-delà de 2.500 m d'altitude.

Une dizaine d'espèces d'oiseaux sont endémiques et parmi les moyens et grands mammifères, on peut citer quatre espèces rares de primates (Cercopithecus lhoesti, C. erythrotis, Mandrillus leucophaeus, Pan troglodytes), 2 antilopes (Cephalophus sylvicultor, C. ogilbyi) et l'éléphant de forêt (très peu nombreux du fait d'un braconnage intense). Peu d'amphibiens sont connus, à cause des sols très poreux ne retenant presque pas d'eau au dessus de 1.000 m, malgré la pluviométrie élevée. Pratiquement aucun travail n'a été réalisé sur les insectes, qui peuvent représenter plus de 80% des espèces des forêts tropicales.

Dans les années 80, il avait été proposé d'établir une aire protégée sur le flanc sud de la montagne, afin d'augmenter la superficie de forêt protégée par la Réserve de la forêt de Bambuko sur le flanc nord-ouest, et la Réserve de la forêt de Mokoko, à basse altitude à l'ouest (voir carte). Ce projet ne s'est jamais concrétisé.

En 1986, un programme d'appui au Jardin Botanique de Limbé, au pied du Mont Cameroun, a été initié avec un financement de Overseas Development Agency (ODA - Grande-Bretagne). Le Jardin Botanique a été réhabilité et est redevenu le lieu attractif et fonctionnel que l'on voit aujourd'hui. Parallèlement des inventaires ont été réalisés, et le programme réintroduit l'idée de la mise en place de deux nouvelles aires protégées par un processus de concertation avec les communautés locales.

Les créations proposées concernent Etinde, du nom du sommet du Petit Mont Cameroun (1.713 m), et Mabeta-Moliwe à côté de la ville de Limbe. Mais fin1993, le processus législatif de création des réserves a été interrompu. L'année suivante un atelier de planification a été organisé, auquel ont participé le gouvernement, les ONG, les chefs coutumiers et les communautés locales, afin de discuter de l'avenir du projet. Les conclusions recommandant le développement du volet conservation, le gouvernement du Cameroun a lancé un programme de conservation de trois années en collaboration avec l'ODA, la GTZ et le GEF-Cameroun. La zone d'intervention du projet couvre environ 2.500 km2, dont 750 km2 de forêt.

Comme la plupart des projets de conservation, le Projet Mont Cameroun met l'accent sur la prise en compte des besoins et intérêts des communautés locales dans la planification et l'exécution d'activités de gestion forestière. Cette nouvelle approche demande une démarche prudente car des intérêts divers sont en jeu. Par ailleurs, la relation entre les activités de développement des communautés locales, d'une part, et l'amélioration de la protection de l'environnement, d'autre part, n'est pas bien connue. Les premières étapes nécessitent un climat de confiance mutuelle, le développement d'une capacité «d'écouter» et la mobilisation des communautés pour prendre des initiatives d'aménagement dans le cadre de la nouvelle législation forestière.

Des informations sur les ressources animales et végétales des zones peu connues doivent également être collectées, cette information biologique venant complémenter des données provenant des foyers, exploitations agricoles et marchés pour permettre une évaluation des produits forestiers nécessaires pour les activités de subsistance et commerciales. Ces études, combinant une approche scientifique classique d'inventaire avec une cartographie et évaluation de ressources villageoises, devraient aboutir à des propositions de développement communautaire évitant la surexploitation des ressources forestières précieuses.

Les interventions au niveau des exploitations villageoises prévoient la culture d'espèces appréciées par la population, telles que le manguier sauvage (Irvingia gabonensis) et l'arbre médicinal Prunus. A travers son programme «Conservation par la culture» le Jardin Botanique de Limbe a développé des techniques de multiplication rapide afin de répondre à la demande des villageois et citadins pour ces produits fortement appréciés. Par ailleurs l'expertise et les infrastructures existantes sont autant de ressources nationales et régionales de formation.

Des stages sont actuellement proposés sur les thèmes de technique de multiplication végétale, taxonomie botanique, gestion d'herbiers, et ethno-botanique.

De plus, Limbe est l'endroit idéal pour des ateliers régionaux ou des petites conférences grâce à son accès facile, l'hôtel sur la côte et la disponibilité de bureaux au sein du Jardin Botanique.

Contact: Le Directeur, Mount Cameroun Projet, P.O. Box 437, Limbe, SW Cameroun. Fax: 00 237 33 24 93, Tel: 33 26 20

 


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