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L'observation directe des mammifères terrestres en forêt tropicale se heurte souvent au manque de visibilité en sous-bois. La difficulté semble accrue par une grande méfiance de ces espèces terrestres face au prédateur que représente l'observateur, lui-même terrestre. Ainsi en est-il du singe à queue de soleil, Cercopithecus solatus, espèce endémique des moyens plateaux du Gabon central. |
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Liens vers autres
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Bien que vivant en bandes pouvant atteindre la vingtaine d'individus, ces singes se déplacent silencieusement au sol : ils présentent un vrai défi au chercheur. Dans le cadre d'un travail de recensement réalisé à la station de recherche de la Makandé et destiné à évaluer la densité des primates en forêt des Abeilles, j'ai parcouru, en dix mois, quelque 250 km : pendant cette période, j'ai eu vingt contacts avec des troupes de C. solatus. En dépit de ma progression discrète et lente, ce sont les singes qui, dans la majorité des cas, m'ont repéré avant que je ne me rende compte de leur présence. Dans trois cas cependant, j'ai observé une bande à son insu : le 20 mai 1995, à 10h25, l'observation fut inédite. Ayant terminé mon recensement, je m'octroie quelques instants de repos à flanc d'une petite vallée. Je remarque rapidement, en contre-bas, un gros tronc couché à une trentaine de mètres, sur lequel, grâce à une trouée dans la canopée, frappent les rayons du soleil, dégageant ainsi une plage de lumière vive contrastant avec la lumière ambiante. Derrière le tronc, quelques buissons s'agitent bientôt par intermittence, sans que l'on entende autre chose que le froissement des feuilles. Installé confortablement, les yeux rivés aux jumelles, quelques minutes s'écoulent quand, sur la base du tronc mort encore dans la pénombre, apparaît doucement et comme hésitant à se découvrir un superbe singe à queue de soleil de forte taille, un mâle adulte sans aucun doute. Avançant à pas lents, s'arrêtant un instant pour regarder derrière lui, il passe bientôt dans la plage de lumière qui, le dépouillant d'un habit aux couleurs uniformes, met aussitôt en relief son pelage lustré aux teintes subtiles. S'immobilisant quelques secondes, la queue à l'extrémité flamboyante ramenée au-dessus de son dos, l'animal semble poser pour le photographe. Puis, reprenant son avancée en douceur, il disparaît. Je reste néanmoins attentif, espérant une nouvelle apparition. Bientôt, en effet, je vois réapparaître le mâle qui, rebroussant chemin et déambulant sur le tronc, vient s'asseoir au soleil. Après avoir examiné les lieux avec attention, il se couche sur le flanc, laissant négligemment pendre sa tête et ses membres antérieurs d'un côté du tronc, et sa longue queue et ses pattes de l'autre. Soudain, un jeune singe saute avec vigueur sur le tronc, enjambe le mâle, se retourne puis le rejoint pour finalement s'allonger à ses côtés. Apparaît ensuite une femelle, accompagnée de son jeune, qui se dirige lentement vers ses deux congénères ; elle s'assied près d'eux, puis se couche sur le flanc tandis que le jeune s'étend entre ses pattes. Le défilé continue : un à un, arrivant par l'extrémité cachée du tronc, quatre autres singes viennent participer au bain de soleil en s'allongeant parallèlement aux premiers, tandis qu'un jeune, résolument allergique aux rayons du soleil, seule fausse note dans ce spectacle d'une quiétude contagieuse, passe son temps à sauter d'arbuste en arbuste. Après une dizaine de minutes pendant lesquelles, de temps à autre, le mâle lève la tête pour observer avec négligence l'agitation frénétique du jeune rebelle, les singes à queue de soleil quittent la scène, presque dans le même ordre qu'à l'arrivée, et tout aussi calmement. Le bain de soleil est terminé. Au total, le groupe était composé de trois adultes, de quatre sub-adultes et juvéniles et d'un jeune. Au mouvement des arbustes du sous-bois, je constatais que la troupe se dirigeait droit sur moi. Et je vis surgir, à une dizaine de mètres, un adulte qui, me remarquant aussitôt, poussa quatre cris d'alarme, fit volte-face et disparut. Quelques bruits de feuilles au sol et la troupe disparut, laissant dans ma mémoire les images éblouissantes d'une observation hors du commun.
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David Brugière Assistant-Ingénieur |