Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

 

 

Une méthode d'évaluation rapide de l'état de conservation des blocs forestiers au nord Congo : le cas des éléphants de forêt

(Article paru dans Canopée n° 8 - Juin 1996)

Nous présentons ici le résumé d'une méthodologie utilisée par l'équipe du Parc National de Nouabalé-Ndoki (PNNN) pour la collecte de données biologiques de base dans les unités forestières d'aménagement (UFA) Mokabi et Loundougou, zones périphériques au PNNN.

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Une version simplifiée de la méthode de recensements d'éléphants de forêt développée par Richard Barnes et Karen Jensen (1987) est utilisée, ayant été démontré que la collecte systématisée de données sur une espèce animale cible, telle que l'éléphant de forêt, peut fournir simultanément des données importantes sur d'autres espèces de grands mammifères, y compris l'homme, et sur la diversité écologique de la forêt en général.

Ainsi, la première prospection sur les éléphants du Congo, réalisée par M. Fay et M. Agnagna en 1989, a permis la publication des premières données sur les populations de gorilles de plaine au Congo, et, indirectement, la création du PNN.

La méthode de Barnes a été simplifiée afin de la rendre plus rapide, plus simple, et moins coûteuse, tout en fournissant des données suffisamment précises pour permettre une évaluation fiable de l'état de conservation de la zone.

 

Méthodologie

Prenant une direction prédéterminée à l'aide d'une boussole, les prospections se déroulent en suivant la «route de moindre résistance», y compris des sentiers d'éléphants ou ceux ouverts par l'homme, à condition que ceux-ci ne dévient pas trop de l'orientation prédéterminée de la prospection.

Un effort est fait pour échantillonner tous les habitats et, autant que faire se peut, dans une direction perpendiculaire aux systèmes hydrographiques. Quand c'est possible, des points GPS sont enregistrés, et un relevé continu des formations végétales est également noté, les distances parcourues étant mesurées à l'aide d'un topofil.

Pour chaque sentier d'éléphant, la localisation, taille, direction et indices de fréquentation sont notés. Des données sur la faune sont collectées par un observateur 1 à 2 km avant un deuxième observateur chargé de la collecte des données sur la flore.

Le premier observateur est aussi le «navigateur», indiquant la route prise chaque 200 mètres avec un marqueur plastique sur lequel la distance est notée. Ces unités de 200 m sont les unités d'échantillonnage de base pour les données sur la flore. De cette façon, les données sur la faune et la flore sont référencées avec précision sur l'ensemble de la prospection.

Pour les descriptions des formations végétales, une douzaine de catégories de forêts ont été retenues (forêt ouverte mixte, forêt fermée mixte, forêt à Gilbertiodendron, forêt inondée, clairières etc.).

Tout au long du sentier, tous les arbres dont le dbh est supérieur à 20 cm sur une bande de 25 m (12,5 m de part et d'autre du transect) ont été identifiés et numérotés. Chaque unité d'échantillonnage a ainsi une superficie de 0,5 ha.

L'équipe a été assistée par un pygmée qui fournit un nom local pour chaque arbre, permettant ainsi la constitution d'un lexique.

Tous signes d'éléphants sont enregistrés, avec une attention particulière portée sur les crottes. Celles-ci sont répertoriées selon leur ancienneté (fraîche, récente, vieilles, très vieilles, etc.) afin d'obtenir une idée de la distribution récente des éléphants.

Chaque observation de présence humaine est notée, avec estimation de son ancienneté, (camps, coups de machette, sentiers, pièges, etc.) et sa distance sur le transect.

Quand c'est possible, des discussions informelles ont lieu avec les chasseurs locaux pour obtenir des informations complémentaires sur les activités humaines actuelles et passées.

 

Premiers résultats

Les résultats des prospections, couvrant au total 410 km, ont mis clairement en évidence une corrélation négative très marquée entre les répartitions d'éléphants et d'hommes.

Les éléphants n'ont été trouvés en forte abondance qu'à proximité du PNNN, ou à des distances très éloignées des habitations humaines permanentes. La partie sud de l'UFA Mokabi semble moins intensivement utilisée par l'homme que sa partie nord; en conséquence l'abondance d'éléphants y est plus élevée.

Les mêmes tendances sont constatées dans l'UFA Loundougou où l'impact humain s'avère particulièrement élevé; ceci se traduit par la très faible abondance de crottes d'éléphants même à 50-60km des villages (maximum 1 crotte/km à Loundougou comparé à 25 crottes/km à Mokabi).

L'objectif des prospections utilisant cette méthodologie n'est pas d'obtenir des chiffres empiriques de densité d'éléphants, mais plutôt de fournir les informations nécessaires au gestionnaire pour l'aménagement de l'aire protégée et notamment une vision globale de la répartition géographique des éléphants, leurs indices d'abondance et les évolutions dans le temps (par des prospections répétées).

Cette méthodologie simple et pouvant être répétée, fournit ce type d'information à un coût moindre car ne nécessite pas l'ouverture à la machette d'un layon classique. De plus, elle limite le risque qu'un transect ouvert à la machette ne devienne par la suite une piste d'accès à des lieux de piégeage pour les chasseurs.

Les données présentées ici ne concernent que l'éléphant et les activités humaines. Toutefois les prospections ont généré une base de données très importante sur beaucoup d'autres aspects de la zone périphérique du parc (végétation, autres grands mammifères, etc.) actuellement en cours d'analyse.

Toutes ces informations intéressent à plus d'un titre les gestionnaires du PNNN et sont collectées à un coût bien moindre que celui d'un inventaire biologique conventionnel.

 

Steve Blake,WCS, Congo
Djoni Bourges et Mpati Basile, Min. Eaux et Forêt

Référence :
Barnes, R.F.W. et Jensen, K.L. (1987). How to count elephants in forests. In. IUCN African Elephant Specialist Group Technical Bulletin. 1: 1-16