Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ivoire :
et pour quelques kilos de plus ...
(annexes)

(Article paru dans Canopée n° 9 - Avril 1997)

 

 

CITES : aide-mémoire

La convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (désignée sous le sigle anglais CITES), signée en 1973, impose une réglementation pour l'exportation et l'importation des espèces menacées dans le monde.

En Afrique centrale, la République de São Tomé e Príncipe est le seul État n'ayant pas ratifié cette convention.

Pour tous les autres, la réglementation CITES doit être d'application.

Elle classe les espèces de faune et de flore en 3 listes (appelées aussi annexes), selon la menace qui pèse sur elles.

Ainsi, sont classées en annexe 1 toutes les espèces dont le commerce pourrait mener à l'extinction, comme l'éléphant, le rhinocéros, le gorille, le chimpanzé, etc.

En
annexe 2, sont listées les espèces n'étant pas nécessairement menacées d'extinction actuellement, mais dont on cherche à éviter une exploitation incompatible avec leur survie. Ex. : le perroquet gris.

En
annexe 3 sont listées les espèces déclarées menacées par un pays sur son territoire. Ce pays peut demander l'aide des autres pays ayant ratifié la convention afin de l'aider à empêcher ou restreindre leur commerce. Ex. : l'hyène tachetée intégralement protégée au Congo.

Il résulte de ces dispositions qu'une personne ayant par exemple en sa possession un objet en ivoire (annexe 1) ou un perroquet gris (annexe 2) ne pourra franchir de frontière sans l'autorisation de l'organe de gestion CITES du pays sortant, autorisation elle-même délivrée sur base d'un permis accordé par l'administration du pays de destination.

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Le commerce de l'ivoire sculpté reste bien souvent sur les marchés d'Afrique centrale un fait courant.

Le marché de l'ivoire, toléré à Brazzaville, est approvisionné par le braconnage.

Selon le témoignage des commerçants, l'ivoire vendu à Brazzaville provient du Zaïre et de l'intérieur du Congo. L'argument d'anciens stocks en mévente est souvent fourni, «légalisant» à travers force documents administratifs qui n'abusent personne, la présence de cet ivoire.

Ivoire travaillé
en vente à Brazzaville

L'accès à Brazzaville est facilité par le fleuve Congo. Quelle que soit leur provenance, les approvisionnements répondent toujours à la demande du marché de Brazzaville. Aussi longtemps que sera autorisé le commerce de l'ivoire travaillé dans les villes africaines, le braconnage pour l'ivoire persistera.

Le projet Nouabale-Ndoki au Congo a cherché à comprendre comment s'organisait la vente de l'ivoire travaillé au Congo. Pour ce faire, un suivi a été réalisé auprès de quatre vendeurs d'ivoire, d'août 1994 à août 1995, sur un marché d'objets d'art de la capitale congolaise, afin d'obtenir les informations suivantes : la provenance de l'ivoire, la clientèle, le prix moyen du kilogramme d'ivoire sculpté, les quantités commercialisées.

Après un an d'observation, l'étude a révélé que les clients sont essentiellement des étrangers, les Congolais s'intéressant assez peu à l'ivoire du fait de son coût et de la diminution de leur pouvoir d'achat. Les acheteurs d'ivoire sont souvent des individus ayant l'assurance d'acheminer les objets sans contrôle douanier, notamment par le biais de valise diplomatique.

L'étude démontre qu'en une année, les quatre vendeurs ont écoulé 822 kg d'ivoire travaillé.

Données extraites du rapport de Madzou Yves Constant et Moukassa Antoine, WCS-Projet Nouabale Ndoki.

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La représentation symbolique de l'ivoire pourrait expliquer la difficulté d'une sensibilisation de la population expatriée, essentiel acheteur d'ivoire travaillé à Brazzaville. L'ivoire est considéré comme un matériau rare, semi-précieux, mythiquement rattaché à l'Afrique. Cette conception explique, à travers la nature humaine et la convoitise qui la caractérise pour tout ce qui a une certaine valeur, cette étrange satisfaction que certains ressentent à travers la possession d'ivoire.

Si l'on voulait être sévère, on pourrait ajouter au «plaisir» de posséder un objet en ivoire, celui de l'avoir acquis pour un prix bien modique par rapport à ce qu'il représente en termes de dégradation de l'environnement : l'extinction d'une espèce clé pour la régénération de la forêt tropicale.

Jusqu'à quand l'Afrique tolèrera-t-elle qu'on la pille de la sorte ?

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