Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Moadji,
une saline à la une

(Article paru dans Canopée n° 9 - Avril 1997)

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Le parc national d'Odzala au Congo et la saline de Moadji en particulier ont fait couler beaucoup d'encre au cours des derniers mois et courir bien des équipes de télévision.

Située à 30 km au nord de la limite septentrionale du parc national d'Odzala, cette saline constitue, pour des raisons encore inexpliquées, une attraction hors du commun pour les populations d'éléphants qui la visitent.

Ce fait est malheureusement bien connu des populations villageoises de cette zone, Moadji constituant un lieu de braconnage de sinistre réputation.

Les restes d'ossements d'éléphants traduisent une activité de chasse déjà ancienne dans la saline. Les multiples communiqués des agences de presse relèvent de la désinformation dans la mesure où on a présenté ce fait comme un phénomène récent et massif par l'annonce de l'abattage de 300 éléphants entre août et novembre 96 dans le parc d'Odzala.

Les ossements sont nombreux certes, et la découverte de l'activité de chasse dans cette saline est inquiétante à plus d'un point; elle s'étale toutefois sur plusieurs années, ce qui modifie considérablement l'information fournie par les médias.

Ce qui est par contre remarquable est le fait que, braconnés depuis des années sur ce site, les pachydermes continuent d'y revenir, malgré le risque d'y être abattus. Il sera intéressant de connaître, au terme d'une étude, l'explication à cette obstination quasi suicidaire.

Carcasses d'éléphants braconnés dans la saline de Moadji (nord Congo)

 

 

La chasse à l'éléphant est une activité totalement illégale au Congo, l'espèce y étant intégralement protégée depuis 1991 sur l'ensemble du territoire. C'est pour cette raison que, bien que située à l'extérieur des limites du parc national d'Odzala, le programme ECOFAC, avec l'accord et l'appui du ministère des Eaux et Forêts a décidé d'intervenir pour stopper le braconnage dans cette zone.

Son intervention s'appuie sur trois actions : une première, d'urgence, qui consiste à implanter un poste de contrôle à proximité de la saline, avec un programme de surveillance encadré par ECOFAC et assuré par des écogardes recrutés sur l'axe Sembe-Ouesso.

Cette action est réalisée avec l'appui financier apporté, au travers de l'organisation non gouvernementaleWildlife Conservation Society (WCS), par International Foundation for Animal Welfare (IFAW).

La deuxième consiste en l'extension des limites du parc, notamment au nord, afin d'intégrer dans l'aire protégée les salines constituant des refuges pour les grands mammifères et dont l'existence détermine fortement le potentiel touristique du parc national d'Odzala.

Le ministère des Eaux et Forêts congolais adhère à cette initiative, et avec son soutien, on peut espérer une concrétisation officielle de l'extension des limites du parc avant la fin de l'année 97.

La troisième, qui sera de longue haleine, consistera à développer tout au long des axes Sembe-Ouesso et Ouesso-Liouesso des activités alternatives à la seule activité rémunératrice qui actuellement existe : la chasse.

Pas réellement préparé à ce redéploiement d'activité en dehors de sa zone d'intervention originelle, ECOFAC étudie à l'heure actuelle un appui au développement de la région et recherche les moyens financiers nécessaires à sa mise en oeuvre.