Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ecologie des salines

(Article paru dans Canopée n° 9 - Avril 1997)

Parallèlement au travail réalisé à Mbeli bai, depuis 1995, dans le parc national de Nouabale-Ndoki par Claudia Olejniczak, un programme de monitoring des salines du parc national d'Odzala est démarré dans le cadre d'un protocole de recherche entre ECOFAC et le CNRS de Rennes.

Grâce au travail de terrain réalisée par deux étudiantes de l''Université de Rennes, en étroite collaborationavec le personnel de la composante Congo, les salines d'Odzala devraient peu à peu livrer leurs secrets. Tous premiers résultats...

Liens vers autres
articles corrélatifs :

Sommaire numéro

Sommaire primates

Le travail de recherche qui se déroule depuis octobre 1996, sur la saline de Maya Nord dans le parc national d'Odzala, au Congo, a pour objectif d'étudier le fonctionnement d'un "écosystème saline" et d'apprécier son importance pour le peuplement de grands mammifères.

Les espèces présentes sur la saline sont les éléphants de forêt (Loxodonta africana cyclotis), les gorilles de plaine (Gorilla g. gorilla), les buffles (Syncerus caffer nanus), les sitatungas (Tragelaphus s. spekei), les hylochères (Hylochoerus meinertzhageni rimator) et les potamochères (Potamochoerus porcus).

Une étude détaillée de la population de gorilles basée sur l'identification et la méthode des scans prend en compte des données de fréquentation de la saline, ainsi que les activités qui y sont poursuivies.

Un suivi phénologique mensuel et une analyse biochimique des plantes de la saline, consommées ou non par les gorilles, sont également menés.

Au cours de 46 jours, totalisant 420 heures d'observation, répartis sur les mois de novembre et décembre 96, janvier et février 97, les gorilles furent présents 21 jours, permettant 65 heures d'observation directe.

Une chute de la fréquentation fut observée entre fin janvier et début février, correspondant à la présence de nombreux fruits en forêt.

Au cours de la journée, le taux de fréquentation maximum est obtenu entre 11 et 16 heures, l'activité principale étant l'alimentation.

Jusqu'alors, 147 individus ont été identifiés : 123 répartis en 13 groupes, 22 mâles solitaires et 2 femelles solitaires. Il semble qu'une quarantaine d'animaux non identifiés, dont 7 mâles solitaires, fréquentent également la saline.

Les groupes, comprenant le plus souvent un seul mâle à dos argenté et parfois un dos noir, comportent en moyenne 9.5 individus (2 à 17) dont 4.3 femelles adultes (1 à 8). La structure de population déterminée à ce jour sur les animaux identifiés est la suivante :

Mâles adultes hors groupe

0.10

Mâles adultes dans groupe

0.09

Femelles adultes

0.38

Subadultes

0.05

Juvéniles

0.16

Enfants

0.16

 

 

Il est possible d'observer plusieurs groupes et mâles solitaires ensemble sur la saline.

Nous avons assisté à plusieurs reprises au mélange de deux groupes, parfois importants (15 et 16 individus), sans pour autant constater de comportements agonistiques, ce qui révèle une grande tolérance en ce lieu.

Ces premières données renforcent l'idée d'une très forte densité de gorilles dans cette région du parc, d'autant que seulement quatre groupes et deux mâles solitaires ont été revus.

De nouveaux groupes et mâles solitaires continuent d'être recensés. Ces résultats soulèvent des questions intéressantes sur l'étendue et la flexibilité du domaine vital des gorilles de plaine.

 

Florence Magliocca

Sophie Querouil
CNRS UMR 6552 - Université de Rennes 1 France
en collaboration avec ECOFAC