Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale


Phaéton à bec jaune

Etude des oiseaux marins
de São Tomé e Príncipe

(Article paru dans Canopée n° 10 - Décembre 1997 )

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Sommaire S.Tomé et Ppe

 

Donnant suite aux travaux de R. de Naurois (1963) et de P. Christy (1993-1996), une équipe portugaise de l'université des Açores a démarré, en mars 1997, une étude sur la communauté des oiseaux marins de São Tomé e Príncipe.

Ce projet est cofinancé par BP Conservation Programme et par l'Institut de coopération portugaise, et bénéficie de l'appui d'ECOFAC et de la participation des membres d'organisations non gouvernementales locales.

Parmi ses objectifs, figurent l'approfondissement des connaissances sur le statut et la distribution des oiseaux marins du pays, l'évaluation des menaces actuelles et potentielles qui pèsent sur ceux-ci, et l'étude des paramètres biologiques de base de ces populations (ceci comprend le lancement d'un programme de baguage, en collaboration avec le centre d'étude des migrations et de protection des oiseaux - CEMPA - de l'Institut de la conservation de la nature du Portugal).

Les informations recueillies au cours de l'étude permettront d'élaborer un plan de conservation de cette communauté d'oiseaux, que le gouvernement de São Tomé e Príncipe envisage d'intégrer dans sa politique environnementale.

Les résultats jusqu'alors obtenus confirment l'importance de l'archipel pour les oiseaux marins. Des données sur le statut et la biologie de la reproduction de sept espèces - l'océanite de Castro, le phaéton à bec jaune, la sterne fuligineuse, la sterne bridée, le noddi brun, le noddi noir et le fou brun - ont été recueillies.

Bien que les recensements des effectifs de ces oiseaux ne soient pas achevés, les premiers résultats laissent penser que certains d'entre eux présentent une importance considérable dans le contexte des îles de l'Atlantique tropical.

Les îles Tinhosas, situées au sud de Príncipe, constituent sans doute le site le plus important de tout l'archipel. Probablement plus d'un million d'oiseaux de mer de cinq espèces différentes se reproduisent sur ces îles (la sterne bridée ne se rencontre que sur les îlots des Sete Pedras, au large de São Tomé).

Océanite de Castro

Les Tinhosas représentent le seul site de nidification de la sterne fuligineuse et du noddi noir, et la population de sternes fuligineuses pourrait être l'une des plus importantes de l'Atlantique tropical. Les autres îlots de Príncipe se sont révélés de moindre importance, n'abritant que quelques dizaines d'individus de phaéton à bec jaune et de fou brun.

À São Tomé, le seul site de reproduction des oiseaux marins est celui des Sete Pedras, au sud-est de l'île. Quatre espèces - le phaéton à bec jaune, le fou brun, le noddi brun et la sterne bridée - s'y rencontrent. La sterne bridée semble être l'espèce la moins commune de toutes, ce qui confère une importance particulière à ces îlots.

Au terme des trois mois d'étude, deux questions fondamentales attendent toujours une réponse. La première concerne la durée des cycles de reproduction des différentes espèces. Ceux-ci paraissent varier d'une reproduction continue tout au long de l'année et asynchrone entre les différents individus, à des cycles bien définis et synchrones, mais dont la périodicité reste mal connue.

Pour éclaircir cet aspect de la biologie des oiseaux marins de l'archipel, il est nécessaire d'effectuer des visites régulières dans les colonies de nidification sur une période minimum d'une année. La participation au projet de membres d'ONG locales est, en conséquence, d'une importance déterminante pour résoudre cette question, lorsque la périodicité adéquate des visites aura été établie.

La seconde question importante concerne l'océanite de Castro. Bien que des individus de ce pétrel-tempête se rencontrent toute l'année au large des îles de São Tomé et de Príncipe, on ignore où ils se reproduisent.

La découverte d'une population reproductrice de l'océanite de Castro à São Tomé et à Príncipe présenterait un grand intérêt, non seulement en elle-même, mais surtout par le fait que quatre spécimens collectés en 1928 par Correia et examinés par Harris en 1969 se sont révélés morphologiquement distincts des autres populations connues de cette espèce.

L'équipe a visité les sites potentiels de nidification de cet oiseau, mais sans obtenir de résultats. Cependant une tentative de capture en haute mer a été récompensée par la capture d'un seul - mais précieux - individu, à environ vingt kilomètres au sud-est de la ville de São Tomé.

Cet oiseau présentait une plaque incubatrice sans plumes, ce qui suggère qu'il était alors en pleine période de reproduction. Cette découverte, si elle n'a pas résolu nos interrogations, a au moins donné un nouvel élan pour en trouver les réponses.

Il n'y a aucun doute que la communauté des oiseaux marins de São Tomé et de Príncipe, et particulièrement celle des îles Tinhosas, par les effectifs des populations qui y vivent, par le caractère unique de celles-ci dans le contexte de l'Afrique occidentale, et par la multiplicité des questions scientifiques qu'elle soulève, mérite de se voir accorder une protection spéciale et de faire, en même temps, l'objet d'études scientifiques approfondies.

Rita Covas - R. Pedro Dias

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Luis Monteiro

Departemento de Oceanografia e Pescas Universidade dos Açores
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