Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Congo : discours de politique générale du ministre de l'économie forestière

(Article paru dans Canopée n° 10 - Décembre 1997)

Le 6 décembre 1997, le ministre de l'économie forestière, Henri Ndjombo, convoquait à Pointe-Noire les opérateurs du milieu forestier afin d'envisager une relance des activités de ce secteur.
Au cours d'une réunion à laquelle exploitants forestiers et projets de conservation étaient ensemble conviés, son discours de politique générale fut prononcé. Son contenu, reprenant les critères de gestion durable et de conservation de la biodiversité, est suffisamment novateur pour que nous ayons décidé d'en diffuser le contenu

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Dans un contexte mondial marqué par la montée du mouvement écologiste, et tirant la leçon des expériences passées, nous pouvons affirmer que les pratiques peu rationnelles d'utilisation des ressources forestières, qui entraînent la dégradation des écosystèmes forestiers, sont considérées comme anachroniques et facteur d'appauvrissement de notre environnement économique et social. C'est pourquoi, conformément aux prescriptions du Programme d'action forestier national (PAFN), la politique du ministère de l'économie forestière va viser principalement une utilisation durable des ressources forestières. C'est le prix à payer pour assurer la protection et la conservation des écosystèmes naturels et de la biodiversité.

Il s'agit de promouvoir une politique forestière au service du développement économique du pays, donc d'assurer une contribution plus grande de la forêt au PIB et de favoriser l'essor socio-économique des régions par :

  • le désenclavement des zones forestières ; l'amélioration de la connaissance des ressources forestières pour une meilleure gestion basée sur un aménagement durable du domaine; - la gestion intégrée et participative des ressources, impliquant à la fois l'Etat, les communautés de base, les opérateurs économiques, les ONG et les associations;

  • la transformation locale du bois récolté, conformément aux dispositions du code forestier (qui exige un taux de transformation d'au moins 60%), ainsi que la valorisation des produits forestiers non ligneux ;

  • la création d'emplois et la modernisation du milieu rural ;

  • la pérennité de l'activité économique;

  • la conservation et la protection de la biodiversité par l'aménagement et l'extension du réseau national des aires protégées;

  • le reboisement des zones dégradées;

  • enfin, la promotion et le développement de la foresterie communautaire en milieu paysan et péri urbain.

Ces orientations sont conformes aux prescriptions du chapitre 11 de l'Agenda 21 de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement et visent la lutte contre la déforestation; leur stricte observation nous conduit à terme au respect du príncipe du label - vert qui veut qu'à l'an 2000, tous les produits forestiers faisant l'objet de transactions commerciales proviennent de forêts durablement aménagées.

En exportant les grumes, l'économie forestière congolaise transfère d'importantes plus-values et un nombre considérable d'emplois vers l'extérieur. La mondialisation de l'économie nous impose d'opérer des adaptations nécessaires pour rendre compétitifs nos bois sur le marché international. Il s'agit donc de sortir des sentiers battus, pour promouvoir et développer cette compétitivité.

C'est pourquoi les unités forestières d'aménagement ne peuvent être octroyées qu'aux opérateurs économiques capables d'utiliser de manière responsable le patrimoine naturel, aux entreprises respectueuses de la loi congolaise et soucieuses de l'éternité de la ressource.

 

Ainsi le secteur devra:

  • augmenter le taux de transformation du bois qui, aujourd'hui, ne représente que 38% en moyenne pour l'ensemble de l'industrie forestière, contre un minimum de 60% prévu par la loi ;

  • Diversifier la gamme de produits transformés dans une industrie de bois verticalement intégrée, créatrice d'emplois et de valeur ajoutée et génératrice de devises ;

  • Approvisionner en produits ligneux le marché local, en particulier celui de Brazzaville en reconstruction, à des prix raisonnables ;

  • Réorganiser la production afin de réduire, de façon significative, les pertes et le gaspillage de la matière première.

...

Par ailleurs, il me paraît opportun de saluer les progrès réalisés par certains opérateurs titulaires de contrats de transformation, qui ont une vision prospective, et oeuvrent dans le sens de l'intégration plus poussée de leurs activités.

De même, nos encouragements s'adressent à ceux des titulaires de contrats d'exploitation qui se préoccupent d'approvisionner en priorité les industries locales.

A cet égard, une attention particulière devra être portée sur la nécessité de satisfaire prioritairement les besoins des industries locales, afin de n'exporter que les excédents de grumes dans le respect du plafond légal de 40%. C'est ainsi que les essences comme le limba, l'okoumé, le longhi, le niové, etc., seront désormais destinées avant tout aux usines locales pour leur plein rendement.

C'est ici l'occasion d'inviter les opérateurs économiques titulaires de contrat de transformation, et qui ne disposent pas encore d'unités industrielles, à s'équiper sans délai, faute de quoi, des mesures conservatoires seront prises à leur rencontre.

 


Le niveau d'endettement des opérateurs du secteurs vis-à-vis de l'Etat est très élevé: 3 milliards de FCFA environ au titre de la seule taxe forestière. Cette situation anormale prive naturellement l'administration forestière des moyens de sa politique. Il s'agira d'y remédier rapidement. Ainsi, l'attribution de nouvelles autorisations de coupe annuelle sera assujettie à l'actualisation ou à la signature de moratoires réalistes pour ce qui concerne les arriérés, et au paiement courant des taxes et redevances de l'année en cours, à compter du 1er janvier 1998.

En outre, ces derniers temps, on constate la prolifération des autorisations provisoires de coupe en lieu et place de contrats négociés et dûment signés. Cette pratique, non conforme aux dispositions légales, sera prohibée. Les entreprises concernées sont appelées à régulariser, sans délai, leurs situations auprès des services techniques compétents...

Nous avons conscience que certaines contraintes exogènes tendent à obérer les trésoreries des sociétés exportatrices de bois. En effet, nous nous doutons que la désintégration du tissu économique national, consécutive à la situation de guerre, crée des facteurs de surcoûts à tous les niveaux. La chaîne de transport du bois étant en état de dysfonctionnement avancé, ne permet plus l'évacuation des bois du nord Congo. Pour survivre, les sociétés de cette zone ont eu recours à des voies d'évacuation à travers les pays voisins (RCA, Cameroun, RDC). Ces voies, pourtant plus coûteuses, représentent un détournement du trafic pour les transporteurs congolais. Nous souhaitons et espérons que la chaîne du transport national sera rendue fonctionnelle dans les meilleurs délais, ce qui aura pour conséquence la réduction des coûts de transport, ainsi que les tracasseries de tout ordre auxquelles sont exposées les entreprises exportatrices de la filière bois...

 

En ce qui concerne la reconstitution de la ressource forestière, il faut noter que l'agriculture itinérante et l'exploitation des bois pour les besoins énergétiques constituent les principales causes d'une déforestation d'environ 30 000 ha par an, en particulier dans les zones à forte concentration démographique. Si l'on n'y prend garde, cette tendance va s'amplifier et exposera notre pays à la savanisation aux conséquences souvent irréversibles. Il est donc urgent de mettre en oeuvre et de développer des programmes cohérents en matière de reboisement sous diverses formes:

  • agroforesterie et foresterie communautaire avec l'implication des populations rurales. Le service national de reboisement devra ici jouer un rôle déterminant dans l'encadrement méthodique et la vulgarisation des techniques et du matériel végétal approprié.

  • Reboisement industriel en privilégiant l'initiative privée. C'est ici que la filière eucalyptus prend toute son importance avec comme objectif principal l'installation à terme d'une industrie de trituration. Malgré les difficultés enregistrées ces dernières années, l'espoir est aujourd'hui permis pour le développement de cette filière avec le redéploiement des activités de ECO/SA.

Il est incontestable que des progrès significatifs ont été enregistrés dans le domaine de la recherche et de la maîtrise des techniques sylvicoles sur les essences exotiques à croissance rapide (eucalyptus, pin). Cependant, pour ce qui concerne la forêt dense, des efforts méritent d'être poursuivis aussi bien dans la connaissance des essences, la mise au point de matériel végétal performant que dans la conduite des peuplements. Une attention particulière sera accordée à la mise en oeuvre des projets d'aménagement pilote intégré initiés avec l'aide de la communauté internationale dont nous apprécions hautement l'assistance.

Le Congo dispose d'une faune abondante et variée, mais l'absence d'une tradition pastorale, d'une part, et le commerce lucratif d'autre part, condamnent la quasi-totalité des régions à une exploitation inconsidérée de la faune sauvage, notamment le braconnage intense . Ici, nos actions visent à améliorer la connaissance et le fonctionnement des écosystèmes afin de mieux les conserver sur la base d'une gestion durable, en privilégiant principalement les nouvelles aires protégées à travers les différentes zones écogéographiques du pays, et en impliquant largement les populations, les ONG et les associations dans la gestion des écosystèmes. Il s'agit donc de favoriser leur essor, dans la mesure où elles représentent le meilleur relais entre les pouvoirs publics et les populations, d'une part, et les ONG internationales, d'autre part. Leur participation sera largement encouragée dans la réalisation des programmes et projets forestiers.

 

Bien que notre réseau national des aires protégées n'ait pas encore atteint la norme internationalement admise , soit un dixième du territoire national, on peut noter cependant que le Congo a développé une politique très active en matière de création d'aires protégées sur environ deux millions d'hectares, avec l'appui de la communauté internationale, des donateurs et des bailleurs de fonds.

Il s'agit donc de consolider, de promouvoir et de développer les actions de protection de la faune sauvage et de la biodiversité, initiées dans le cadre des projets actuels de la conservation ainsi que celles relatives à la participation de la population à la gestion. A cet effet, nous veillerons à atténuer les nombreuses entraves et les difficultés rencontrées dans le cadre de la mise en oeuvre des projets, et notamment en ce qui concerne le respect des engagements pris par le Congo. Aussi, invitons nous les responsables des différents projets actuellement hors du territoire national à bien vouloir regagner le Congo, afin d'examiner avec nous les modalités de la relance effective de leurs activités. Le gouvernement de la République veillera à assurer leur sécurité ainsi que celle de leurs biens.

Il est évident que la mise en oeuvre de ces options stratégiques ne peut être effective que si elle est sous-tendue par une administration responsable , intègre et performante, dotée de moyens de travail adéquats. Cette administration sera restructurée en vue de la rendre opérationnelle et plus efficace, tout en assurant une évaluation permanente et un contrôle rigoureux de l'application des politiques menées, des lois et règlements régissant l'activité forestière en République du Congo.

Cette nouvelle vision devra permettre un fonctionnement plus harmonieux de l'ensemble des structures sous tutelle. L'administration centrale et les directions régionales devront ainsi améliorer leur présence sur le terrain, veiller à la lutte contre le braconnage, à la bonne exécution des cahiers de charges, au recouvrement des taxes et redevances.

Pour conclure, je vous invite à redoubler d'ardeur dans votre travail, dans un esprit de concertation et de transparence, pour que nous imprimions ensemble un nouveau type de rapports et une nouvelle dynamique pour le plus grand bien de la forêt congolaise.

Discours prononcé par M. Henri Ndjombo,
ministre de l'économie forestière,
le 6 décembre 1997 à Pointe-Noire