Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

L'aménagement durable,
c'est aussi l'approche terroir

(Article paru dans Canopée n° 11 - Mars 1998)

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Cameroun

Depuis 1994, à travers son nouveau régime forestier, le Cameroun dispose d'un outil novateur visant une plus grande implication des populations locales à la gestion des ressources naturelles : les forêts communautaires.

Celles-ci se traduisent par la reconnaissance d'un droit d'usufruit sur une partie des terres occupées traditionnellement, à condition que des préceptes communautaires soient respectés. Chaque communauté pourrait gérer 5.000 ha de forêt maximum, selon un lien contractuel passé avec l'administration de l'Environnement et des Forêts.

Pour diverses raisons, principalement économiques et politiques, cette nouvelle loi n'a pas encore été mise en application au Cameroun malgré l'intérêt évident exprimé par divers bailleurs de fonds, ONG et projets. Ces institutions, préoccupées essentiellement de stratégies de conservation, voient en effet dans les forêts communautaires un outil potentiel d'intégration des populations à leurs objectifs.

Après l'expérience partielle du projet API-Dimako (Cirad), c'est maintenant sous l'impulsion institutionnelle du CFU (Community Forestry Unit) implanté à la Direction des forêts du MINEF que différents projets se penchent sur les modalités d'application de cette loi.

Oeuvrant dans cette optique, le programme «Mise en place de forêts communautaires en périphérie nord de la Réserve de Faune du Dja» travaille, entre autres, depuis une année, à la réalisation d'un plan d'aménagement de la forêt communautaire de Kompia (est-Cameroun), au sein de l'ethnie badjoué.

Le choix du site d'étude n'est pas innocent en soi. Les études de la composante ECOFAC Cameroun avaient soulevé la nécessité de la gestion de la périphérie de la réserve. Dans une approche plus globale, le programme "forêts communautaires" vise donc la production d'un plan d'aménagement de cette périphérie nord incluant, selon les dispositions du plan de zonage du Cameroun, d'une part de la foresterie communautaire dans les zones à vocation agroforestière, et d'autre part la gestion par l'exploitant forestier de son unité forestière d'aménagement (UFA ).

A ce dernier niveau, le rôle du programme s'oriente vers les modalités pratiques de cogestion de l'espace forestier par les communautés, l'exploitant forestier et l'administration.

Fort de l'approche «terroir» entamée à Ekom au sein de cette ethnie par le programme ECOFAC (étude du milieu humain, de la chasse et de l'agriculture itinérante badjoué), le programme «forêts communautaires» s'est attaché à la compléter.

Le plan d'aménagement de la forêt communautaire de Kompia est vu comme la superposition de couches d'information, vers un aménagement le plus intégré possible, incluant particulièrement les réalités de terrain et les modalités coutumières d'exploitation de la ressource.

Ces couches d'information sont les suivantes :

  • recensement et répartition lignagère;
  • occupation spatiale coutumière de l'espace forestier;
  • limites imposées par le plan de zonage;
  • éléments porteurs de droits et maîtrises coutumières liés aux unités culturelles;
  • système agraire;
  • inventaire des produits forestiers ligneux et non-ligneux;
  • chasse coutumière.

Les différentes couches d'information successivement superposées, par juxtaposition cartographique, permettent de produire un aménagement par parcelle de la forêt communautaire de Kompia, tel que proposé par le manuel des procédures (MINEF, 1997). Pour chaque parcelle, un plan des opérations, modulé en fonction de la ressource visée, du mode et de l'échelon d'appropriation coutumier, est produit.

Chaque action proposée est soumise à l'assemblée villageoise et débattue. Les modalités pratiques de partage des bénéfices dégagés sont actuellement à l'étude. Ils n'excluent pas a priori les solutions mixtes combinant l'exploitation, par la communauté, de surfaces pourtant appropriées individuellement, avec compensation proportionnelle.

Le programme travaille en outre sur les filières de commercialisation du bois exploité artisanalement, sur les potentialités réelles des produits secondaires comme alternatives à la chasse commerciale, et sur l'anthropologie générale des Badjoué appliquée à la structuration des comités villageois (notamment la possibilité de s'appuyer sur les structures de régulation coutumières).

Le village de Kompia apparaît donc comme une première tentative dans la gestion à l'échelle du terroir et de la communauté villageoise, des ressources naturelles.

W.Delvingt, C. Vermeulen, M. Dethier

(Programme «Mise en place de forêts communautaires en périphérie nord de la Réserve de faune du Dja », DGVIII) 

 

 

 Pour en savoir plus:

ABEELE, M. P. (1 998). La pêche chez les Badjoué. Etude de cas du village de Doumo, périphérie nord de la Réserve de faune du Dja, Est-Cameroun. Rapport préliminaire interne, Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, projet « mise en place de forêts communautaires en périphérie nord de la Réserve de faune du Dja », Commission Européenne, DG VIIII, 20 p.

DETHIER. M. (1997). Analyse de la chasse villageoise en accord avec les superficies accordées par la législation sur les forêts communautaires : cas du village de Kompia (périphérie nord de la réserve de Faune du Dja). Avenir des peuples des forêts tropicales, Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, rapport semestriel juin-novembre 1997, 13p.

DOUCET, J-L. & KOUFANI, A. (1997). Etude des produits secondaires végétaux de la forêt de Kompia (Cameroun). Utilisation, inventaires, régénération, commercialisation et gestion durable. Projet « mise en place de forêts communautaires en périphérie de la Réserve de faune du Dja, Cameroun », Faculté des sciences agronomiques de Gembloux-Herbier national du Cameroun, 71 p.

ETIENNE, M. (1998, à paraître). Cartographie du système agraire du village de Kompia (Est-Cameroun). Faculté des sciences agronomiques de Gembloux , Projet « mise en place de forêts communautaires en périphérie de la Réserve de faune du Dja » , Commission Européenne, DG VIII.

FANKAP, R. (1997). Occupation spatiale et gestion traditionnelle des terroirs dans les villages Etol, Ntsina et Maleu'leu (périphérie nord de la Réserve de faune du Dja). Une contribution à l'analyse des contraintes humaines et législatives à l'application du concept de forêt communautaire en forêt dense humide du sud-est Cameroun. Mémoire de DES, Université de Liège, Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, 72 p.

JEANMAR, P. (1997). Etude de la chasse villageoise dans la forêt de Kompia. Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, projet «mise en place de forêts communautaires en périphérie nord de la Réserve de faune du Dja », Commission Européenne, DG VIII, 32 p.

TCHATCHOU, T. (1997). Gestion participative des ressources naturelles dans le village de Kompia périphérie nord de la Réserve de faune du Dja. Mémoire de fin d'étude. Université de Liège, Belgique.

VERMEULEN, C. (1997) Problématique de la délimitation des forêts communautaires en forêt dense humide, Est-Cameroun. Application à l'occupation spatiale coutumière de l'espace forestier par l'ethnie Badjoué. Avenir des Peuples des Forêts Tropicales-Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux, 84 p.