Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Spécial réserve du Dja

Petit tour d'horizon de la biodiversité du Dja

(Article paru dans Canopée n° 12 - Août 1998)

 

Résumé des inventaires biologiques

Le calao est l'avenir de la forêt

Zoom sur l'inventaire grands mammifères IUCN/Dja

L'aire de distribution de la crossarque

 

Résumé des inventaires biologiques

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De par sa position géographique privilégiée, à cheval sur plusieurs influences géographiques et climatiques, la réserve de biosphère du Dja devrait présenter toutes les caractéristiques lui conférant un potentiel biologique riche et diversifié.

Malgré sa création ancienne (1950), les recherches dans la réserve du Dja avant 1992 se limitent à quelques rapports de voyages d'étude de l'école de faune de Garoua et à des mémoires d'étudiants, auxquels s'ajoutent quelques rapports d'experts sur base de missions de très courtes durées.

Les premiers inventaires systématiques de la faune du Dja n'ont véritablement démarré qu'avec le programme ECOFAC en 1993.

Ils indiquent la présence possible de 176 espèces de mammifères dans la réserve du Dja et ses environs. Au total, 109 espèces (regroupées en 10 ordres et 34 familles) ont déjà été confirmées à l'intérieur de la boucle du Dja.

Les résultats des premières études montrent qu'il n'existe, pour le moment, aucune espèce de mammifère endémique. Il convient également de noter qu'un stock important de matériel biologique est en cours de détermination en Europe.

Des inventaires réalisés en 1994 et 1995 donnent des indications sur les populations de gorilles, chimpanzés et éléphants (cf. encadré). Ces prospections révèlent également la présence de cinq espèces de petits primates dans le Dja. Les quatre espèces les plus communes sont trois cercopithèques (Cercopithecus nictitans, C. cephus et C. pogonias) et un cercocèbe (Cercocebus albigena).

Une étude sur les espèces de prosimiens présents dans le site du Dja, conduite par une étudiante de Oxford Brookes University, a mis en évidence, par la technique d'analyse vocale, cinq espèces (1).

L'inventaire systématique de l'avifaune du Dja a établi une liste de 349 espèces résidentes et quelque 80 migrateurs plus ou moins réguliers venant d'Europe ou d'Afrique tropicale. Trois espèces sont considérées comme menacées, le picatharte chauve du Cameroun (Picathartes oreas), la bouscarle géante, autrefois appelée fauvette du Dja (Bradypterus grandis) et le tisserin de Bates (Ploceus batesi).

Rarement observées, elle sont insuffisamment connues. Des observations du projet Calao tendent à montrer qu'une importante colonie de plus d'une cinquantaine de nids de picathartes existe dans la forêt du Dja. Cela conférerait à la réserve une des colonies les plus importantes au monde.

Les grands oiseaux ne semblent pas subir une pression de chasse inquiétante, à l'exception du perroquet gris à queue rouge (Psittacus erithacus). Celui-ci, intensivement recherché à des fins de commercialisation, mérite une étude approfondie (dynamique des populations et impact des prélèvements sur son potentiel).

Enfin, en même temps que le monitoring des migrateurs saisonniers, des études d'oiseaux bio-indicateurs écologiques dans la zone forestière sont à développer.

L'inventaire ichtyologique a permis de dresser une liste de 60 espèces. Une seule est considérée comme endémique (Synodontis pardalis); l'ichtyofaune du système du Dja regroupe des espèces types du bassin congolais et celles d'autres systèmes hydrographiques du sud Cameroun. Huit espèces ont été décrites pour la première fois.

Si le potentiel est relativement connu, l'impact socio-économique des ressources halieutiques dans la zone reste peu cerné. De même, les potentialités piscicoles offertes par le milieu n'ont fait l'objet d'aucune attention jusqu'ici.

A la lumière du rôle fondamental de la faune dans la régénération de l'écosystème du Dja, au vu de l'augmentation de la pression cynégétique , beaucoup reste à faire en matière de recherche sur la faune.

Les efforts du projet UICN-Dja à travers la fondation Golden Ark sont par conséquent non seulement à encourager mais également à compléter dans une optique de gestion du milieu.

 

ECOFAC Cameroun

 

Le calao est l'avenir de la forêt !!

... ou résultats de l'étude réalisée par l'Université
de San Francisco dans le Dja

 

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Le processus de dispersion des graines est indispensable à la régénération de la forêt tropicale. A l'heure actuelle, les interactions entre les disséminateurs et leurs milieux restent mal connues.

Sur le site d'étude près de l'affleurement rocheux de Bouamir, au centre de la réserve de faune du Dja, une équipe de chercheurs de l'Université de San Francisco étudie le rôle de trois espèces de calaos - le calao à casque noir (Ceratogymna atrata), le calao à cuisses blanches (Bycanistes cylindricus albotibialis) et le calao siffleur (B. fistulator)-, dans la dispersion des graines. Les chercheurs ont étudié les espèces de fruits consommées, la distance de dispersion de graines, et le taux de germination des graines transportées par les calaos.

A eux trois, ces calaos consomment les fruits de 59 espèces d'arbres et de lianes, et dispersent probablement 56 d'entre elles. Les espèces d'arbres dispersées par les calaos représentent 22% de la flore connue du site.

Il semble que peu de graines sont déposées sous l'arbre d'origine, une analyse de cinq associations arbre-calaos indiquant que 69 à 100% des graines ingérées sont déposées loin de l'arbre-mère.

Les expérimentations de germination ont démontré qu'en général le passage des graines dans le système digestif des calaos a peu d'effets négatifs sur les taux de germination. De 24 espèces testées, 23 ont germé après ingestion.

De 17 espèces de graines plantées après ingestion, comparées à des graines prélevées directement des arbres, seulement quatre ont montré un taux de germination diminué, alors que sept ne voyaient pas leur taux de germination modifié, et que six avaient un taux de germination amélioré.

Les résultats suggèrent que les calaos figurent parmi les disséminateurs de graines les plus importants pour les forêts d'Afrique tropicale et nécessitent une attention particulière d'un point de vue de la conservation.

Les calaos sont appelés à devenir d'autant plus importants pour la régénération de la forêt, que les populations de grands mammifères disséminateurs (tels les éléphants et les primates) diminuent.

 

D'après K. D. Withney et al. - 1998
(in press) Journal of Tropical Ecology Center for population biology -
University of California Davis - California - 95616 8755 USA

ZOOM sur

La fondation Golden Ark réalise dans la réserve de faune du Dja, dans le cadre du programme IUCN/Dja, un inventaire des grands mammifères. Les premières données sont actuellement en cours d'analyse

 

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Des recensements de gorilles, chimpanzés, éléphants, et singes diurnes furent réalisés par la méthodologie de "line-transects" durant six mois, entre 1994 et 1995 dans la réserve de faune du Dja, au Cameroun.

17 layons totalisant 94,7 km ont été recensés deux fois, à intervalle de 5 à 7 mois, pour observation de crottes d'éléphants, de nids de gorilles et indices d'activités humaines.

Toutes les indications concernant les céphalophes, les potamochères, les buffles et autres grands mammifères furent notées. Le logiciel Distance fut utilisé pour calculer des estimations de densités de crottes d'éléphants et de nids de gorilles.

En ce qui concerne les éléphants, la densité des tas de crottes fut estimée à 705,9 par km2, avec une vitesse moyenne de décomposition, due aux pluies et à la température, de 0,0158.

Cela représente une densité d'éléphant de 0,56/km2 (0,33-0,96/km2). Deux concentrations d'éléphants furent trouvées : une dans le bassin de la rivière M'pep, où la végétation est dominée par des marécages à raphias, des ouvertures secondaires, et par de la vieille forêt secondaire avec des fourrés de Haumania et Ancistrophyllum.

L'autre, à proximité de Ndengué, coïncide avec un marécage étendu à Cyperus-Pandanus. La densité moyenne, à l'exclusion de M'pep et Ndengué, était de 0,22/km2. Il est apparu clairement que la distribution des éléphants n'était pas homogène.

Bien qu'aucune relation n'ait été établie entre densité d'éléphants et activités humaines, les densités les plus élevées furent enregistrées à des distances de plus de 25 km des villages les plus proches.

Il n'était pas possible de mesurer des effets saisonniers à partir de cette étude de courte durée, mais nous avons obtenu des preuves que ces effets existent.

Une extrapolation à partir de la strate de la densité la plus faible suggère une population potentielle de 1157 (789-1736) éléphants pour la réserve du Dja, mais il n'est pas permis de considérer les éléphants présents partout dans la réserve sans un complément d'étude.

La taille des groupes de chimpanzés était de 2,2 (±1,9) individus sevrés. La densité des sites de nids était de 41,63/km2, soit une population de 0,79 chimpanzé sevré par km2 (0,6-1,04/km2). Leur distribution semblait être relativement homogène.

La taille moyenne des familles de gorilles était de 3,7 (± 3,1) individus sevrés, et la densité globale des nids de 36,37/km2. Cela correspond à 1,71 gorille sevré par km2 (1,02-2,86/km2). La densité moyenne, à l'exception de M'pep et Ndengué, était de 0,47/km2, mais même cette limite inférieure n'est pas à appliquer à toute la réserve.

La dispersion des gorilles n'était pas homogène, et beaucoup de transects furent trouvés sans nid. Un modèle de distribution similaire à celui des éléphants fut constaté, avec des concentrations sur les transects à distance de 15 et 25 km des villages autour de la rivière M'pep et à l'est de Ndengué.

Les densités localement élevées sont généralement associées aux forêts marécageuses; des marécages à raphias, et des forêts de Uapaca saisonnièrement inondées, couvrent de larges zones des secteurs recensés.

La plupart des nids furent trouvés près de Ndengué, et la moitié d'entre eux étaient dans les marécages à raphias.

Marais, marécages et forêts inondées fournissent, selon Lahm, un refuge aux grands mammifères contre les chasseurs dans le nord-est du Gabon, et Blake, au Congo, expliquait l'utilisation des marécages de la Likouala par les gorilles comme une adaptation de leur comportement afin d'éviter les zones où l'impact de l'activité humaine est important.

 

Liz Williamson et Léonard Usongo

 

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Les aires de distribution géographique de nombreuses espèces animales restent imprécises. Les inventaires de mammifères dans la réserve de faune du Dja ont notamment permis de vérifier que la distribution d'une espèce de mangouste, la crossarque (Crossarchus platycephalus), n'était pas strictement liée, comme on le croyait jusqu'alors, aux bassins côtiers atlantiques.

La découverte de cette espèce dans la réserve de faune du Dja confirme sa présence dans le bassin du Congo. Peu abondante dans la réserve, inconnue dans les régions situées plus à l'est (RCA, Congo) et au sud (Gabon), il semblerait que C. platycephalus, dont l'aire de répartition est principalement liée aux bassins côtiers camerounais, soit en phase de dispersion vers la région faunique centrale ouest.

Ce phénomène de colonisation depuis les bassins côtiers atlantiques a également été observée pour d'autres groupes taxinomiques, spécialement les Cercopithecidae.

Ce type d'observation ajoute à une compréhension progressive des mécanismes biogéographiques historiques et actuels, qui sont à l'origine de la faune d'aujourd'hui.

 

M. Colyn, O. Perpète
extrait du rapport de mission d'expertise zoologique,
réserve de faune du Dja (1995), réalisée pour ECOFAC.