Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Spécial réserve du Dja

Le contexte humain

(Article paru dans Canopée n° 12 - Août 1998)

Dans les conditions de l'écosystème du Dja, compte tenu du statut de réserve de biosphère, la composante humaine revêt une dimension particulière dans les choix d'aménagement.

 

Bibliographie

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Sommaire numéro

Sommaire Cameroun

 

Méthodologie

Une enquête case par case a été organisée sur un échantillon de 105 villages localisés le long des pistes situées de part et d'autre des rives de la rivière Dja dans la zone d'intervention de la composante ECOFAC Cameroun.

Dans chaque case, l'entité de base retenue est le ménage. Il s'agit d'une unité familiale composée d'un chef de famille, son ou ses épouse(s) et leurs enfants respectifs.

Lorsque des personnes extérieures à ce noyau se trouvent associées à cette habitation, on les inventorie soit comme allogènes lorsqu'elles n'appartiennent pas au village, soit comme individus rattachés au ménage lorsqu'elles ont des relations rapprochées avec ce dernier.

Par ailleurs, une différenciation a été faite entre les résidents permanents et les résidents occasionnels définis comme des personnes originaires du village, vivant à l'extérieur pour des raisons diverses, mais susceptibles d'y revenir à tout moment.

 

Résultats

Au total six différentes ethnies se partagent l'espace attenant à la réserve du Dja. Il s'agit de quatre groupes sédentaires (Badjoué, Bulu, Fang et Nzimé) et deuxgroupes semi-nomades (Baka et Kaka). Géographiquement, tandis que les Badjoué et les Nzimé se répartissent dans le nord et l'est de la réserve, les Bulu et les Fang occupent les parties ouest et sud. Les groupes semi-nomades quant à eux sont présents presque partout et restent caractérisés par la mobilité des individus.

Tableau 1
description des principales caractéristiques des zones étudiées

zone

nombre de villages

ethnie

BNORD

18

Badjoué

BOUEST

14

Bulu

CENTRE

24

Badjoué

NORD

19

Badjoué

SUD

30

Bulu

TOTAL

105


La typologie des villages par classe d'effectifs montre des spécificités propres à chaque zone : alors que le nord et principalement la boucle nord se distinguent par des petits villages (< 113 habitants), la zone ouest montre un équilibre entre petits et très grands villages (>161). La zone sud quant à elle semble dominée par de très grands villages. En outre la taille du village moyen oscille entre 114 et 291 personnes ( tableau 2), soit une moyenne générale de l'ordre de 155 habitants.

Les 105 villages totalisent environ 22.500 habitants.

La population est jeune, environ 50 % ayant moins de 17 ans.

Une majorité de la population est sans formation ou avec un niveau d'instruction primaire.

Une frange importante (21 à 37 %) de cette population est généralement regroupée sous le vocable "résidents occasionnels". Dans cette catégorie et suivant les zones, on regroupe parmi les "élites extérieures", 5 à 11 % de la population installée à l'extérieur pour des raisons professionnelles ou académiques.

Fort de son pouvoir économique et intellectuel, ce dernier groupe occupe une position sociale et stratégique spéciale dans le village. Aucune décision sur l'avenir du village ne peut se prendre sans sa caution.

Sur l'ensemble de la zone d'étude, le taux d'accroissement (entre -1,96 et 1,79) de la population se montre extrêmement variable d'une zone à l'autre et même fortement déficitaire dans certains cas.

Tableau 2
synthèse des principales caractéristiques démographiques
des villages étudiés dans les 5 zones géographiques.

Zone

nombre de villages

nombre de ménages

population totale (hab)

taille moyenne des villages

sex-ratio

BNORD

18

244

2 061

115

1,03

BOUEST

14

241

2 040

146

1,15

CENTRE

24

404

4 006

167

0,85

NORD

19

217

2 168

114

0,97

SUD

30


12 232

291


TOTAL

105


22 507




Ce que l'on peut en dire


Partage d'un céphalophe
à dos jaune

Par rapport à l'objectif de conservation des ressources naturelles de l'écosytème forestier du Dja, les chiffres présentés ici donnent la mesure du poids démographique de sa périphérie sur la réserve.

En référence aux statistiques administratives (densité et taux de croissance) pour l'ensemble de la zone et avec une estimation de la moyenne dans la boucle nord (par exemple) ne dépassant guère 2,8 hab/km2 (de Wachter 1994), on est encore largement en dessous de la norme. Les travaux de ce dernier montrent que, pour des besoins agricoles, le potentiel du capital foncier se situe très loin (avec des cycles de rotation des jachères supérieurs à 15 ans) du niveau de saturation.

En outre, les résultats des études sur la chasse villageoise (Delvingt 1997) montrent des tendances comparables pour les prélèvements cynégétiques à but domestique.

En revanche, la couverture des besoins sociaux (infrastructures collectives) reste particulièrement faible et pose même des problèmes au regard des densités de populations.

En effet, à titre indicatif, il faut en moyenne (suivant la norme nationale) 300 personnes pour un point d'eau (Djoumessi 1995) alors que la taille moyenne des villages de la zone est largement en dessous de ce minima de référence.

Cette insuffisance est tout autant valable pour les infrastructures scolaires, sanitaires et routières (SNV, 1993).

Cependant, depuis 1988, forte de l'évolution progressive des facteurs institutionnels, socio-économiques et politiques, la couronne périphérique, constituée d'une ceinture de centres urbains en extension constante et d'exploitations forestières industrielles itinérantes, exerce une influence de plus en plus marquée sur le rythme de prélèvement des ressources dans et autour de la réserve.

Enfin, tant les Bulu que les Badjoué se caractérisent par une très faible capacité de mobilisation et surtout une forte tendance au conservatisme ou à l'individualisme.

 

En guise de conclusion

Ainsi en dépit d'une présence humaine permanente de part et d'autre de la rivière qui ceinture presque totalement la réserve du Dja, celle-ci garde un potentiel naturel qui justifie encore parfaitement son statut de réserve de biosphère et site du patrimoine mondial.

Cependant le gestionnaire ne peut se permettre de perdre le contrôle du suivi des pressions anthropiques qui s'exercent sur les ressources de la zone. Pour être efficace au regard des faibles moyens disponibles, la mise en place d'une politique de gestion décentralisée de la réserve est urgente.

 

P.M Seme

Directeur national ECOFAC Cameroun
B.P. 13844 - Yaoundé
tel.: (237) 214273
fax : (237) 209472

e-mail : ecofac@camnet.cm

 

Références bibliographiques

  • De Wachter, P., 1995 : Agriculture itinérante badjoué dans la réserve de faune du Dja (Est-Cameroun), Thèse de maîtrise, Katholieke Universiteit Lueven, 124 p.

  • Delvingt, W., 1997: La chasse villageoise, synthèse régionale des études réalisées durant la première phase du programme ECOFAC au Cameroun, au Congo et en République Centrafricaine, Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux, AGRECO-CTFT, 73 p.

  • Djoumessi, J.P., 1995 : La planification décentralisée au Cameroun, MINEF, Séminaire sur la politique de développement de la région écologique Forêt Tropicale, 18 au 20 décembre 1995, Ebolowa, 30 p.

  • Kleitz, G., 1995 : Le rôle possible des communautés locales pour relever le défi de la gestion des ressources naturelles, Le Flamboyant n° 36, pp 4- 6.

  • SNV, 1993 : Analyses régionales au Cameroun- Analyse régionale est, rapport, édition SNV n°1, 61 p.