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Spécial réserve du Dja
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Outre tester la faisabilité scientifique de la nouvelle loi sur les forêts communautaires (cf. Canopée n° 11), une des missions du programme "mise en place de forêts communautaires en périphérie nord du Dja" est la réalisation d'un plan d'aménagement de la périphérie nord du Dja. Ce plan, complémentaire au plan d'aménagement de la réserve actuellement en préparation (MINEF, ECOFAC, UICN), oeuvre à échelle plus réduite et s'inscrit dans un cadre législatif différent. En effet, en matière d'affectation des espaces en dehors des aires protégées, le Cameroun dispose depuis 1995 du plan de zonage du Cameroun forestier méridional (ONADEF, 1995), dont le rôle précis est de définir quelles surfaces sont affectées au domaine forestier permanent et quelles surfaces sont dévolues au domaine forestier non permanent. L'objectif du programme est de préciser à l'échelle locale ce plan de zonage en tenant compte de différentes contraintes (sociales et techniques) de gestion.
Analyse de l'occupation spatiale actuelle de l'espace forestierAfin de déterminer l'occupation spatiale actuelle de l'espace forestier par les populations, nous avons relevé pour treize villages badjoué les informations suivantes :
Une représentation cartographique de l'occupation spatiale de l'espace forestier par les villages de Ntsina, Etol et Maleu'leu. (Vermeulen, 1997; Fankap, 1997) permet de visualiser les interpénétrations existant dans l'exploitation coutumière des massifs, pour différents villages et lignages.
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Confrontation avec les limites du plan de zonageCette occupation spatiale est confrontée aux limites du plan de zonage du Cameroun forestier méridional (ONADEF, 1995). Comme il l'a été mentionné plus avant, celui-ci découpe le territoire en une zone agroforestière et d'habitation (zone Af) et en unités forestières d'aménagement (UFA) destinées à la production de matière ligneuse. L'analyse de ces cartes nous permet de montrer que les limites des UFA ayant été définies de manière à englober les massifs forestiers les plus intéressants à pérenniser, déterminés par photo-interprétation et interprétation d'images satellites (Cote, 1993), de nombreuses activités villageoises sont actuellement inscrites dans les UFA. Si certaines d'entre elles sont loin d'être incompatibles avec une exploitation forestière (pêche des femmes, piégeage, chasse au fusil) et peuvent faire l'objet dans le futur d'agréments avec le gestionnaire forestier (dans le cadre de processus de certification ou d'aménagements intégrés par exemple), ou poursuivies sans aucune mesure particulière, il n'en est pas de même avec le système cacaoculture-cultures vivrières dont l'existence même est théoriquement prohibée dans le domaine forestier permanent. Dans le même ordre d'idées, nombre d'anciennes jachères et anciens villages, zones d'exploitation préférentielles, sont situés en dehors de la zone Af réservée aux populations.
Vers une rediscussion des limites du plan de zonage ?Il se pose alors la question de la rediscussion des limites du plan de zonage, possible lors de la procédure de classement de chaque UFA. Force est de constater que les débats houleux portant sur le maintien des propositions du plan de l'ONADEF ou sur leurs modifications dans le sens d'un espace plus large réservé aux populations, portent en définitive bien plus sur le partage de la valeur économique de la forêt que sur un réel souci de gestion durable ou de reconnaissance de droits aux populations locales. En ce sens il s'agit d'un débat biaisé qu'il convient de condamner, car il occulte le problème crucial de la gestion intégrée des massifs forestiers et de sa mise en oeuvre qui reste complètement à inventer. Les lacunes profondes en matière de responsabilité et de gestion de la ressource faune (par exemple) des textes portant création des UFA sont là pour le démontrer. La rediscussion des limites du plan de zonage n'est donc justifiée que dans les situations les plus absurdes et n'est intéressante que dans le sens d'une reconnaissance systématique des droits, devoirs et bénéfices des populations vis-à-vis des autres acteurs, dans l'entièreté de l'espace forestier et non à l'intérieur de la seule zone Af.
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L'occupation spatiale : un outil comparatifPour comparer les villages, nous pourrions définir un simple indice de densité (nombre habitants/km2 de superficie exploitée). Mais celui-ci est peu sensible aux structures parfois artificielles de la pyramide des âges de certains villages (concentrations d'enfants dans certaines familles dues à la présence d'infrastructures scolaires). Si nous définissons l'indice suivant : indice d'occupation spatiale (IO) = nombre de km2 de surface exploitée/unité familiale, nous pouvons comparer aisément les villages étudiés. Le tableau 1 présente les indices pour six villages badjoué (en deux groupes de trois villages) étendus sur respectivement 211 et 160 km2. Chaque village exploite une superficie donnée, plus ou moins superposée à celle de ses voisins (et avec des tolérances variables en fonction de l'activité). A partir de ces données, il est possible de calculer un indice d'occupation spatiale moyen pour la zone : celui-ci vaut 3.47 km2/U.F., si l'on ne tient pas compte des superpositions entre finages, et 2.65 km2/U.F. si ces dernières sont prises en considération. Notons que la superposition des finages semble représenter actuellement une tendance générale dans la zone badjoué. L'indice d'occupation spatiale d'Ekom, village de la réserve (Joiris, 1995 - Dethier, 1995) vaut, selon cette méthode, 16.9 km2/U.F. Cela démontre que ce village pratique sur l'espace forestier qui l'entoure une emprise supérieure à la "norme" badjoué. Cette situation est vraisemblablement due au fait que ce village ne présente pas, au sud, de barrière sociale, et que son finage étendu est lié à une chasse de type commercial.
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Tableau 1
: Les indices
d'occupation spatiale par village
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L'occupation spatiale : outil d'aide à la décisionLa réserve de faune du Dja au Cameroun comprend à l'intérieur de ses limites nord une population résidente permanente d'environ 1300 personnes, ressortissants de l'ethnie badjoué, répartie en 17 villages le long d'une piste est-ouest (ECOFAC, 1993). Les zones au sud de la partie badjoué sont inhabitées. La densité linéaire de population le long de cette route est de 28 habitants/km2. Dans le cadre de la rédaction du plan d'aménagement de la réserve, la question de la superficie à accorder à chaque village (les zones d'exploitation villageoise) se pose. La zone forestière sous les villages est inhabitée, ne faisant pas l'objet d'appropriation coutumière. Il en résulte que les populations badjoué de la réserve ne rencontrent aucune barrière sociale à l'expansion de leurs finages. Ceux-ci présentent donc des superficies considérables, principalement modelées par l'activité de chasse commerciale. Entériner les limites actuelles d'exploitation ne constitue donc pas une solution scientifiquement satisfaisante. La méthode des indices d'occupation spatiale permet d'apporter un élément de solution à cette problématique. Les villages extérieurs à la réserve présentent en effet des profils de finages contraints par des populations avoisinantes. On peut supposer que l'étude de plusieurs finages villageois nous permettra de dégager une tendance en matière de superficies optimales. L'indice moyen calculé pourrait être employé pour définir à l'intérieur de la réserve la superficie de la zone d'exploitation par village, sur simple base du nombre d'unités familiales. Une estimation grossière de la superficie nécessaire est alors obtenue, que l'on calerait à l'optima sur la superficie actuellement exploitée par chaque village. Un principe de précaution pourrait même être appliqué en augmentant artificiellement d'une unité l'indice moyen dans le calcul des superficies par village. Cette application n'est qu'un cas particulier, appliqué à la conservation, de la possible utilisation de cette approche "occupation spatiale" de l'espace forestier. Celle-ci représente avant tout un outil de questionnement général, la cartographie de chaque indicateur (ancien village, cacaoyère, zone de pêche....) débouchant sur un ensemble de problématiques (fertilité des sols, connaissance du milieu par les populations, droit dit coutumier, maîtrises halieutiques....) spécifiques qui peuvent de la sorte être abordées de façon fractionnée tout en se maintenant dans un cadre d'analyse global. L'espace devient alors à la fois facteur d'intégration et de spécification.
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C. Vermeulen Equipe Forêts Communautaires,
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Bibliographie
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