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Spécial réserve du Dja
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Liens vers autres
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En 1994, dans le cadre de la collaboration entre le programme ECOFAC, l'Université libre de Bruxelles (ULB), et l'Université catholique de Louvain (KUL) en Belgique, un suivi d'une année des activités des essarteurs badjoué, dans la partie nord de la réserve de faune du Dja (en particulier dans le secteur d'Ekom) a été réalisé. Le défrichement annuel (à la hache et à la machette) pour le vivrier se répartit, dans cette zone, entre la jachère préforestière (4 années de jachère, 37% de la superficie défrichée chaque année), la jeune forêt secondaire (11 années de jachère et 27% de la superficie défrichée), la forêt secondaire adulte (25 années de jachère et 31% de la superficie défrichée) et la forêt "primaire", à laquelle nous donnons un âge indicatif de 100 ans, et qui représente 5% de la superficie défrichée. La durée moyenne d'une jachère est donc de 17 années. L'étude permet d'estimer à deux ans, la durée moyenne de la phase pendant laquelle une parcelle est cultivée, avec un cycle théorique "cultures-jachère" de 19 ans. La superficie défrichée est de 0,55 ha/an par femme cultivatrice (la plus petite unité économique possédant ses propres outils). Le besoin en terre agricole qui en résulte, basé sur un cycle de 19 ans, est de 10,5 ha par cultivatrice.
(*) facteur d'extrapolation de 8 par rapport à Ekom. Ekom contient un huitième de la population de la boucle du Dja (**) terre agricole=distance maximale de 5 km de la piste principale et un sol bien drainé
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Avec ces données, il devient possible de calculer la superficie de terre nécessaire à l'agriculture vivrière. La zone qui s'étend à 5 km de part et d'autre de la piste Somalomo-Ndengue, est recouverte, pour 33%, de végétation sur sols hydromorphes (forêt marécageuse 26% et raphiales 7%). La population résidente le long de la piste (excluant Somalomo qui est sur l'autre rive du Dja) était de plus ou moins 1.300 personnes, dont environ 25% de femmes cultivatrices. La densité de population de cette zone de 10 km de large et de 46 km de long, est de 2,8 hab./km2. En soustrayant la superficie de sols hydromorphes, on obtient une densité de 4,2 hab./km2 de terre à potentiel agricole (c'est-à-dire sur sol ferme, et à 5 km maximum de la piste Somalomo-Ndengue). Différents scenari ont été simulés tenant compte de l'accroissement de la population, de l'agriculture par les non-résidents autochtones, d'une augmentation du vivrier de rente.
(*) scénario retenu : la superficie des champs, uniquement composés de bananiers, triple (**) la densité agricole actuelle de la zone est 4,2 hab/km2 (***) avec un accroissement démographique de 3,5%/an (****) à ce stade, le paysage, à un maximum de 5 km de la piste, aura 50% de terres dans le cycle agricole, 17% de forêts primaires de terre ferme, 26% de forêt primaire sur sols hydromorphes, et 7% de raphiales
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Ce qui risque d'influencer le plus l'impact spatial, en dehors des facteurs de demande (ex., prix du régime de bananes), est l'introduction de nouvelles technologies. Par exemple, l'introduction de tronçonneuses pour créer des bananeraies commerciales modifie l'économie du travail : il devient possible d'abattre la forêt primaire avec un effort moindre. Mathématiquement, cela se traduit par un cycle cultures-jachère plus long, avec un effet considérable sur la superficie de terre consacrée à l'agriculture. Mais sans ce type de changement, l'agriculture actuelle badjoué est écologiquement durable. Le cacao et le café sont aussi intégrés à l'agriculture badjoué. Ces cultures de rente sont cultivées soit derrière les cases (café) soit dans les zones cacaoyères. Environ 360 ha de cacao et 51 ha de café sont à valoriser dans la boucle du Dja, soit 1,3 % de terres agricoles. Ceci ne représente en aucune sorte une menace pour la forêt. Evidemment, le développement des cultures de rente (café, cacao, maïs aussi palmier à huile, plantain, etc.) dépend très fortement des conditions du marché, et des subventions ou taxations. En dehors des plantations faciles à réhabiliter, il y a de vieilles plantations cacaoyères qui doivent leur origine à l'utilisation du cacao, autrefois, comme marqueur de propriété de la terre. Le paysage qui résulte de l'agriculture (essartage et culture cacaoyère) dans les parties habitées de la réserve de faune du Dja, sont des îlots anthropogènes (jachères jusqu'au stade de la forêt secondaire adulte et cacaoyères) dans une matrice de végétation peu influencée par l'homme (vieilles forêts de terre ferme et sur sols hydromorphes). Selon des études réalisées en République démocratique du Congo (RDC) et au Gabon, cette mosaïque peut contenir une biomasse élevée en petits et moyens mammifères, même avec une forte pression de chasse. La présence de forêt primaire a son importance dans la mosaïque car elle apporte, entre autres, pour la faune, en saison de fructification, une nourriture riche susceptible d'accroître le succès reproductif. Dans le cas de la
réserve de faune du Dja, l'objectif est une
diminution de la chasse à l'intérieur de la
réserve. Le terroir agricole s'accommode d'une
pression de chasse relativement élevée (chasse
de subsistance indispensable). L'écosystème
résultant de l'essartage badjoué, autour de la
piste, est adapté à une telle situation. |
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En effet, une faune composée de rongeurs (aulacode, athérure, rat d'Émin) mais également de singes (cercocèbe agile et moustac), et que l'on pourrait qualifier issue d'un élevage extensif dans la mesure où elle évolue dans un milieu aménagé par l'homme, manifeste sa présence par les déprédations dans les cultures. La présence des singes s'explique par le faible taux de chasse au fusil dans la zone (où les pièges dominent) et par la concentration de l'effort de chasse dans la forêt, loin du village (15 à 25 km pour Ekom). Il s'agit dans ce cas d'activités de chasse commerciale qui concerne en premier lieu les céphalophes de taille moyenne, dont la viande boucanée apporte des revenus réguliers. La conservation de l'ensemble de la faune et de la flore se fera en dehors du terroir agricole. Indépendamment du système agraire, on constate, comme partout, l'extinction écologique des grands mammifères à proximité des villages. Le terroir agricole se révèle être un agro-écosystème à relativement haute biodiversité capable de s'accommoder de pressions de plus en plus élevées. Autour des villages, l'agro-écosystème est favorable à une chasse de subsistance pouvant concerner une large variété d'animaux. Au-delà de ce terroir agricole, on peut éventuellement envisager un terroir de chasse commerciale limité, le gibier constituant un revenu qu'il est difficile d'ignorer dans les conditions économiques actuelles. Au-delà de ce
terroir de chasse, il importe de maintenir une zone de
conservation intégrale, afin de maintenir des
populations animales saines qui "approvisionnent" les
terroirs de chasse. |
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Au terme de l'étude, il apparaît que la pratique d'une agriculture itinérante dans la forêt ne menace, ni aujourd'hui ni dans les prochaines décennies, les vieilles forêts de l'intérieur de la réserve. Ceci est lié à la faible densité de la population, au caractère cyclique de l'agriculture itinérante, et au travail humain comme intrant dominant. Ces conditions sont encore valables pour la majorité de l'Afrique centrale (sud-est Cameroun, Gabon, nord-Congo, certaines régions de la RDC). En effet, mettre en culture une forêt primaire plutôt qu'une forêt secondaire adulte n'offre guère d'avantages agricoles, et exige un surplus de travail (lourd !) d'abattage. Le terroir agricole est capable d'absorber une exploitation croissante sans que ses paramètres écologiques de base (maintenance de la mosaïque) ne subissent de changement fondamental.
Il importe donc de trouver des modèles de gestion d'aires protégées qui prennent en compte les aspirations des essarteurs traditionnels résidents, qui motivent la conservation de la biodiversité (gestion de la chasse) et anticipent l'impact futur de l'accroissement de la population.
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Pauwel De Wachter / WWF - CARPO pour
plus d'information, consulter De Wachter, P. (1997) Economie
et impact spatial de l'agriculture itinérante
Badjoué (sud-Cameroun), in Joiris, D.V. & de
Laveleye, D (Eds), Les peuples des forêts tropicales :
systèmes traditionnels et développement rural
en Afrique équatoriale, grande Amazonie, et Asie du
sud-est, n° spécial de la revue "Civilisations",
Université Libre de Bruxelles. |