Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Spécial réserve du Dja

La sensibilisation ou comment
sur le métier remettre son ouvrage

(Article paru dans Canopée n° 12 - Août 1998)

Le passage par des actions de sensibilisation-information reste obligé pour toute politique de conservation. Difficultés rencontrées.

 

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La levée des incompréhensions liées à la gestion des ressources naturelles tient en grande partie à la régularité et à l'efficacité d'une activité de sensibilisation. Celle-ci se heurte souvent à de nombreuses difficultés, liées non seulement à la superficie de la réserve (> 5000 km2), mais aussi à la divergence des enjeux et des intérêts, au niveau d'information et de compétence des personnels opérationnels impliqués, à la qualité des relations entres acteurs en présence, au faible niveau d'instruction des populations locales, etc.

Bien que de création ancienne, la réserve a vécu, jusqu'en 1992, dans une situation d'isolement relatif, totalement enclavée et pratiquement en marge des bénéfices des infrastructures collectives de développement socio-économique. Au sentiment d'abandon ressenti par les populations, s'est ajoutée la rumeur d'une expropriation des propriétaires liée à la création de l'aire protégée.

Les relations entre acteurs locaux (services forestier/autres services et public, villages et ethnies autochtones, administrations et élites des provinces de l'Est et celles du sud, etc) se présentaient, dans la plupart des cas, sous un angle essentiellement conflictuel. Les raisons de ces différends étaient multiples et très souvent historiques. Au sujet de la réserve, ils portaient surtout sur l'utilisation des ressources naturelles et sur l'installation du quartier général de l'aire protégée. Au niveau des villages, des conflits séculaires jusque là étouffés par le contexte politique de parti unique, ont recommencé à faire surface à la faveur de la démocratisation, dès 1990. C'est dans cette ambiance particulière qu'il convient d'inscrire le déplacement du quartier général de Lomié à Messamena à la suite d'une altercation entre le conservateur de l'époque et le député à la fin des années 80.

Le passage du directeur géneral de l'UNESCO, à Mekas, en 1991, a suscité beaucoup d'espoirs et d'attentes sans que les discours de circonstance ne se transforment véritablement en actions concrètes sur le terrain.

Durant cette période, les interventions de la réserve se limitaient à quelques opérations, du reste souvent très ponctuelles, de répression et occasionnellement, au cours des tournées de l'autorité locale, d'explications de quelques articles de la loi forestière.

A la faveur d'une tendance à la démocratisation, un lien entre "environnement" et "développement" est recherché par les Etats, à travers des approches dites intégrées et participatives. Mais en dépit de ces bonnes intentions, et de la volonté affirmée de décentraliser les modalités de gestion des ressources naturelles, les approches conventionnelles restent de règle sur le terrain.

La notion de "responsabilisation" des populations à la gestion des ressources naturelles reste à clarifier. En outre, l'accès à ces ressources s'inscrit de partout en bonne place parmi les conflits sociaux de l'heure. Dans le contexte du Dja, les modalités d'insertion des principaux groupes d'acteurs dans le processus d'aménagement forestier durable de la réserve demeurent assez imprécises.

Sur le plan technique, la connaissance du milieu humain (mentalités, rapports de forces en présence, composition, etc.) et biologique (potentialités naturelles, distribution et impacts anthropiques sur des ressources génétiques, etc.) reste insuffisante et à compléter.

Dans la pratique, la sensibilisation se heurte à une double contrainte : d'une part, les difficultés de communication et incompréhensions et, d'autre part, la faiblesse de la conception du système de gestion en partenariat. Ces points sont essentiellement liés à des facteurs humains, juridiques et techniques.

Sur le terrain, le pragmatisme prime. La meilleure sensibilisation reste le dialogue et la capacité à appréhender les problèmes quotidiens des riverains.

Autant que possible, il importe de privilégier les messages personnalisés par rapport aux messages généraux, qui reposent souvent sur des concepts sans relations évidentes avec les réalités locales.

La sensibilisation réalisée dans la réserve de faune du Dja s'est jusqu'ici développée en tablant essentiellement sur des outils modernes de communication. On citera des productions comme la publication "Moabi", les bandes dessinées, les affiches, le bulletin Canopée, des documents didactiques pour les écoles, etc.

Des événements spéciaux (anniversaire de la réserve, fêtes officielles ou congrès d'associations locales) ont donné lieu à des campagnes d'information publiques.

Mais comment toucher au mieux les populations locales ? Les messages diffusés sont-ils perçus ? La meilleure des sensibilisations n'est-elle pas une réponse concrète aux problèmes quotidiens que rencontrent les populations de la réserve ?

Afin de mieux appréhender ceux-ci, la méthode accélérée de recherche participative (MARP) a été adoptée. Même confrontée à un faible niveau de scolarisation, elle permet une compréhension relativement rapide et rigoureuse du contexte local.

Elle facilite également la structuration du dialogue entre le personnel du projet et les partenaires locaux (utilisateurs des ressources naturelles), en vue de lever certaines équivoques. C'est aussi une opportunité pour influencer les attitudes vis-à-vis de la conservation.

Cependant, en dépit de ces points prometteurs, il reste encore à régler un certain nombre de questions délicates. Comment par exemple s'assurer de la fidélité des traductions français-langues locales? A quel moment et comment prendre en compte les avis des personnes-relais (élites, autorités locales, etc.) ?

Comment valoriser le potentiel culturel traditionnel dans la démarche ? Au terme des MARP comment combiner efficacement à la fois offre des bénéfices sociaux, promotion des pratiques viables pour l'environnement et repositionnement de l'organe de gestion de l'aire protégée dans l'animation de la vie locale ?

Tant de questions semble-t-il auxquelles seul le travail de terrain peut apporter des éléments de réponse.

 

P.M. Seme & R. Ngoufo

Rédaction du journal Moabi