Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Spécial réserve du Dja

Gestion décentralisée :
un challenge pour le Dja

(Article paru dans Canopée n° 12 - Août 1998)

La composante Cameroun du programme ECOFAC opte pour des équipes polyvalentes dans la réserve.
Un choix controversé.
Mais existe-t-il d'autres alternatives ?

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Sommaire numéro

Sommaire Cameroun

 

Les objectifs de la composante ECOFAC-Dja :

  • conserver un noyau central de la réserve du Dja comme réservoir de biodiversité et espace de recherche

  • aménager en périphérie des zones d'exploitation villageoise, gérées durablement par les populations pour des activités de développement rural et de meilleure valorisation des produits forestiers secondaires

La première phase du programme ECOFAC (1992-1996) a surtout consisté en la mise en place des outils de travail (infrastructures de base, acquisition des équipements, recrutement et formation du personnel, etc.), l'approfondissement des connaissances sur les différents sites d'intervention et le lancement des premières initiatives concrètes sur le terrain (infrastructures communautaires, développement rural, écotourisme, etc.), très souvent en étroite collaboration avec les populations locales.

La seconde phase quant à elle s'oriente vers la valorisation d'acquis dans l'espoir de les inscrire dans la durabilité. Une attention particulière est portée à la consolidation des structures de gestion des aires protégées, au renforcement des compétences humaines, à la multiplication des échanges entre administrations régionales et à la correction des faiblesses constatées en première phase.

Sur le terrain, cela se traduit par la conservation des zones protégées et la valorisation par les communautés locales des ressources naturelles.

Stratégiquement, sont préconisés, comme facteurs de réussite, le partenariat actif avec les autres acteurs du milieu et la prise en compte des utilisations du terroir coutumier. Ceci suppose une approche participative renforcée, tant au stade de la conception que de l'exécution.

 

Lignes directrices des interventions de ECOFAC Cameroun

ECOFAC Cameroun inscrit son intervention dans la recherche de choix tactiques adaptés au contexte du Dja. Il s'agit d'imaginer comment conduire efficacement et simultanément conservation passive (protection du site) et conservation active (démonstration d'utilisation rationnelle des ressources naturelles).

Forte de ces options régionales, la composante poursuit sa démarche expérimentale basée sur les "équipes polyvalentes", initiée dès 1997. Elle repose sur un élargissement du champ d'intervention des agents de surveillance (écogardes) afin de parvenir à une complémentarité entre les missions de répression du braconnage et les missions de communication et d'encadrement.

Cette évolution suppose à la fois une redéfinition du rôle et des compétences des écogardes, et l'évaluation de la faisabilité d'une telle démarche dans le contexte d'une conservation intégrée à l'utilisation rationnelle des ressources.

Parallèlement, il va s'agir de rechercher et proposer des solutions à une série de problèmes pratiques (déprédation des cultures, relations et collaboration avec l'exploitation forestière en zone périphérique, amélioration des systèmes agraires et agroforestiers), constituant des freins au processus de conservation.

Les techniques d'agroforesterie (taille de régénération, pépinières villageoises), les technologies de base (techniques HIMO, BTS, pressoir à huile de moabi, etc.) et le développement des cadres de communication (points de rencontre, centre d'interprétation, etc.) qui ont fait leurs preuves par le passé, seront améliorés.

Le test de nouveaux outils de gestion (système de gestion de la chasse villageoise, essais de rationalisation de l'extraction et de valorisation des produits forestiers non ligneux, suivi phénologique des espèces de fruitiers sauvages, etc.) sera poursuivi.

 

Proposition de structure d'intervention

Sur le terrain, pour suivre ces nouvelles orientations, une structure d'intervention rénovée s'impose afin d'élargir le rayonnement de la composante. Selon l'expérience acquise en première phase et en relation avec le souci de prendre en compte les conditions spécifiques par zones géographiques, l'option d'une structure de type matriciel semble la plus indiquée.

Celle-ci fonctionne théoriquement sur la base d'un double niveau de coordination : celui de la conception technique (par un chef de volet) et celui de l'exécution (par un chef d'équipe géographique. Un tel dispositif s'appuie sur la notion de la décentralisation de la conservation.

Une telle approche vise non seulement un soutien au développement communautaire rural par la valorisation des produits de la forêt et l'amélioration des relations publiques, mais également la mise en place d'un système de monitoring reposant sur un système actualisé de patrouilles à partir d'un réseau d'équipes polyvalentes, et évaluant le niveau de conservation.

La réflexion sur les structures de dialogue (tant avec les villages qu'avec les autres administrations locales) a été engagée et permettra vraisemblablement une plus grande efficacité des interventions du projet, aussi bien à l'échelle de la réserve qu'au niveau national .

Dans le premier cas, la liaison et l'étroite collaboration avec les postes forestiers et de chasse périphériques est de nature à améliorer le suivi de la progression de l'exploitation forestière dans la zone périphérique de la réserve du Dja.

Dans le second cas, le renforcement de la coordination entre les services centraux chargés de la gestion de la faune et des aires protégées d'une part et les responsables des attributions des licences d'exploitation forestières d'autre part s'inscrit dans cette optique.

Fort du souci affirmé par les politiques de décentralisation de la gestion des ressources naturelles en général et des aires protégées en particulier, de trouver des solutions réalistes à la faiblesse (quantitative et qualitative) des ressources humaines, de développer des modèles novateurs de couverture des besoins croissants d'information et d'encadrement des organisations locales, l'idée de polyvalence semble un choix tactique prometteur qui mérite d'être testé.

 

P.M. Seme & J.P. Vautherin
ECOFAC Cameroun