|
Canopée a
choisi, dans cette édition, de se pencher sur les
interactions entre tourisme et conservation de la
biodiversité en Afrique centrale.
Le tourisme peut-il
être un support, financier et médiatique, pour
la conservation ? Pour répondre à cette
question, il est nécessaire de regarder ce qui a
été tenté ailleurs : tirer les
conclusions de ce qui a été fait en Afrique
australe, à l'est du continent, ou plus près
de nous au nord de la Centrafrique ne peut qu'être
positif.
Les
expériences en Afrique centrale restent
limitées, mais le tourisme de vision de gorilles dans
les pays de la région des Grands Lacs a fait la
démonstration d'une possibilité de
générer des fonds et de fédérer
décideurs et communauté internationale autour
d'une ressource naturelle : pas si mal comme
résultat, même si certains s'inquiètent
de débordements possibles. Car c'est bien ce
rôle là que l'on souhaiterait voir jouer au
tourisme dans le bassin du Congo : celui de pourvoyeur de
fonds pour le fonctionnement des aires
protégées, et celui de sensibilisateur et
d'agitateur de conscience quand il y a lieu pour la
protection d'une espèce ou d'un milieu.
Les initiatives de
valorisation par le tourisme de l'écosystème
forestier relèvent souvent du milieu de la
conservation qui recherche là une manière
innovante d'assurer la pérennité de son
activité. Les écueils sont nombreux : mise en
phase d'un produit avec l'attente d'une clientèle,
qualité des prestations, rentabilité
économique, maintien de la ressource,
élimination des effets pervers du tourisme etc. La
tâche n'est pas facile et loin d'être
gagnée, surtout si l'on y ajoute les contraintes
conjoncturelles et structurelles inhérentes à
l'Afrique centrale.
Destination inconnue
des voyagistes internationaux, l'Afrique centrale est
actuellement synonyme d'insécurité. Manquant
cruellement d'une image pour sa commercialisation, elle doit
cependant se positionner sur un marché en pleine
expansion, qui s'ouvre à l'Afrique australe et aux
nouveaux marchés en Afrique de l'est (Ouganda,
Tanzanie).
Il est temps de
créer, en Afrique centrale, des produits touristiques
qui répondent à la demande d'une
clientèle internationale et qui soient
spécifiques à la sous-région. Ces
produits, ce sont les grands singes,
plébiscités au point que les primatologues
à l'est de la République démocratique
du Congo s'inquiètent de la pression exercée
sur leurs populations et demandent l'habituation de familles
de gorilles de plaine pour détourner la demande
concentrée actuellement en Ouganda.
Bien sûr, il
faudra que cette activité se réalise avec un
maximum de garanties pour les ressources naturelles à
exploiter : absence de dégradation (une
filière très professionnelle du tourisme de
nature s'impose) et retombées pour des populations
qu'il ne faut pas négliger dans le partage des
revenus du tourisme.
Dans une
sous-région qui n'a ni l'expérience ni les
compétences en la matière, nous restons chez
ECOFAC persuadés que c'est la vocation d'un programme
de conservation comme le nôtre de chercher les
solutions adaptées et de tenter de faire la
démonstration que le tourisme, dans certaines
conditions, peut non seulement être rentable mais
financer partiellement la conservation de la
biodiversité.
|