(Article
paru dans Canopée
n° 13
- Janvier 1999) Parce
que le coût de la conservation de la
biodiversité n'est généralement pas
supportable par les Etats du bassin du Congo, il est
nécessaire que les aires protégées
génèrent les fonds indispensables à
leur maintien. Mais
est-ce possible ? Liens vers autres Les investissements
consentis actuellement par les gouvernements et les
bailleurs de fonds représentent moins de 30% des
montants estimés nécessaires pour la gestion
des aires protégées en Afrique centrale. Le
tourisme de nature pourrait être le moyen de combler
ce déficit. Les aires protégées du
bassin du Congo abritent des espèces à la fois
uniques et médiatiques (l'okapi, le gorille de
plaine, le mandrill, le bongo, etc.) pouvant probablement
attirer nombre de visiteurs. Plusieurs aires
protégées commencent à investir dans
des produits touristiques. Mais au regard des
contraintes qu'impose l'Afrique centrale, ce type de
tourisme, obligatoirement confidentiel, est-il viable
? Les aires
protégées dans les six pays que compte la
sous-région Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique,
Congo, République démocratique du Congo,
Guinée Equatoriale, et le Gabon) couvrent
approximativement 230.000 km2, soit environ 6% de la
superficie de ces territoires. Le coût global de leur
gestion est estimé à 32 millions de US $ par
an, montant que les Etats d'Afrique centrale ne peuvent, au
regard d'autres priorités, envisager d'investir dans
leurs aires protégées respectives. Si, en outre, on
considère que le maintien d'aires
protégées peut constituer un manque à
gagner sur des recettes par exemple forestières, il
devient alors vital, pour leur conservation, qu'elles soient
susceptibles de générer, elles aussi, des
recettes. Le tourisme, la plus
grosse industrie dans le monde (Wells, 1997), est en
constante progression (approximativement de 9% par an),
notamment en ce qui concerne le tourisme de nature.
Parallèlement, les pays en voie de
développement attirent de plus en plus de visiteurs,
à la recherche de sensations nouvelles,
d'authenticité, de cultures
différentes. A titre d'exemple, le
nombre de visiteurs au Zimbabwe a presque doublé en
quatre années (375.000 entrées en 1988 contre
658.000 en 1992 - Mac Ivor 1994) et le tourisme
représente au Kenya la plus grosse contribution au
PNB, avec environ 419 millions de US $ de revenus
(Norton-Griffiths & Southey 1995). Plusieurs aires
protégées en Afrique bénéficient
déjà de retombées touristiques : ainsi,
l'Afrique du sud couvre 70% de ses coûts de gestion
d'aires protégées avec les revenus
générés dans ses parcs et
réserves. En 1989, le parc national des volcans, au
Rwanda, a généré plus d'un million de
US $ en permis d'entrée de visite de gorilles, tandis
que de l'autre côté de la frontière, en
République démocratique du Congo, le tourisme
aux gorilles dans le parc du Kahuzi-Biega associé
à celui des Virunga rapportait approximativement
818.000 US $ en 1990 (Weber, 1998). Mais il est vrai qu'en
Afrique centrale forestière, les expériences
de développement touristique viables restent
rares. Toutefois, si dans
des pays largement "rodés" au tourisme comme
l'Afrique du sud, les revenus ne permettent pas de couvrir
la totalité des coûts de gestion des aires
protégées, qu'espérer de l'Afrique
centrale où, en la matière, beaucoup reste
à faire ? Il serait dommage de
ne pas envisager les investissements que bien souvent les
bailleurs de fonds sont prêts à
réaliser, pour ne financer, ne serait-ce qu'une
partie, des coûts de la conservation. En effet, l'Afrique
centrale, de par les trésors qu'elle recèle, a
un potentiel à exploiter et peut jouer, dans les
zones exceptionnelles, sur une demande inélastique
(ex : le tourisme au gorilles, voir article page
21) La cherté des
permis d'entrée dans certains parcs comme dans le
parc national des Virunga ou dans les îles Galapagos a
démontré la persistance de la demande du
tourisme international pour l'accès à des
aires protégées offrant des espèces
charismatiques comme le gorille ou des sites
exceptionnels. Des taux
élevés pour les permis d'entrée ont
l'avantage, en cas de forte demande, de réduire une
pression sur le milieu naturel et de garantir ainsi sa
viabilité. Malgré les
efforts de plusieurs aires protégées pour
s'équiper en infrastructures d'accueil et proposer de
véritables produits, de nombreuses contraintes
subsistent : les carences en matière de transport,
d'hébergement, ainsi que l'éloignement des
sites touristiques, constituent autant de freins au
développement du secteur touristique. Autres contraintes
non négligeables pour le développement du
tourisme en Afrique centrale : l'instabilité
politique, les guerres, les problèmes
économiques, ou les épidémies donnent
de cette partie du continent africain une image
malheureusement négative. La sécurité
est clairement énoncée comme la
première condition à remplir pour attirer un
tourisme international. Les montants
générés par les permis de visite dans
les aires protégées constituent ce que l'on
qualifie de revenus directs pour la conservation. Ils sont
en général versés au Trésor
public, et reviennent rarement aux aires
protégées. Il convient d'ajouter les revenus
indirects résultant de l'hébergement, des
divers services proposés aux visiteurs par le secteur
privé, ainsi que de l'apport de devises
étrangères. Ils sont en général
supérieurs aux revenus directs. Il faut être
conscient qu'une grande partie de ces revenus ne
bénéficie pas aux pays hôtes : les
visiteurs étrangers paient souvent avant le
départ auprès de tour-opérateurs
internationaux. De même, le
coût du transport, par des compagnies aériennes
internationales, est un revenu qui échappe aux pays
d'accueil. Il avait été estimé en 1992
que les permis d'entrée dans les aires
protégées et l'accompagnement par des guides
locaux ne représentaient que 2,5% du montant moyen
dépensé par le visiteur européen pour
son séjour en Afrique (IRG, 1992). Pour une Afrique
centrale pas encore prête ni équipée
pour le développement du tourisme, quelles options
proposer pour exploiter un potentiel existant ? La privatisation des
aires protégées, où la
propriété de la ressource ainsi que sa gestion
sont confiées à un opérateur
privé devient une pratique de plus en plus courante
en Afrique de l'est et Afrique du sud. Une étude a
mis en évidence que les réserves appartenant
à des opérateurs privés étaient
majoritairement rentables. Si le tourisme n'a
pas comblé nos attentes, c'est principalement parce
que les montants des permis d'entrée sont trop bas,
mais aussi parce que la volatilité du marché
touristique est très grande, notamment en Afrique
centrale. Si le tourisme reste
marginal dans les sites les plus accessibles et le mieux
équipés, dotés d'une faune abondante,
que penser de son potentiel pour des sites isolés
? Le tourisme peut
probablement être une source de revenus importante
pour une aire protégée quand : D'après
l'article de D. Wilkie et J.F. Carpenter : "Can tourism help
finance D.S.
Wilkie Bibliographie
: 

Ecotourisme en Afrique
centrale
Tourisme et
conservation ou le mariage de la carpe et du lapin
?
articles corrélatifs :
Un
réseau routier
plein d'imprévu
Quelles perspectives
pour l'avenir ?
protected areas in the Congo Basin ?"
Submitted for publication in Oryx août 1998
18, Clarke Lane - Waltham, MA 02451-1823
Fax : (1) 617-552-0523 - Email : dwilkie@msn.com
Ecotourism : a viable alternative for
sustainable management of natural resources in
Africa. International resources group.
Washington, D.C.
Management of wildlife, tourism and local
communities in Zimbabwe : discussion paper.
United Nations Research Institute for social
development, Geneva.
Guidelines : development of national parks and
protected areas for tourism.
World Tourism Organization and United Nations
Environnment Programm, Madrid.
The opportunity costs of biodiversity
conservation in Kenya.
Ecological economics. 12, 125-139
Conservation des primates et écotourisme
en Afrique. Wildlife Conservation Society,
Bronx
Economic perspectives on nature tourism,
conservation and development
The World bank, Washington, D.C.