Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ecotourisme en Afrique centrale

Réalisme et planification

(Article paru dans Canopée n° 13 - Janvier 1999)

Pour promouvoir un écotourisme de nature qui ne porte pas atteinte à la pérennité des ressources naturelles, le respect de plusieurs principes s'impose.

 

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Le tourisme est souvent perçu comme une menace dans le contexte de la conservation de l'environnement et des traditions culturelles. Il faut avouer que les exemples de tourisme destructeur des milieux naturels originaux sont nombreux, aussi bien en Europe qu'en Amérique du nord. Il suffit de se rendre sur la côte méditerranéenne en Espagne ou en France, ou sur la façade atlantique des Etats-Unis pour constater que le tourisme peut engendrer des dégradations environnementales graves.

Cependant, le tourisme est la première industrie du monde; il représente plus de 10% de la masse économique industrielle mondiale et peut, à ce titre, générer des fonds pour la conservation de l'environnement.

La politique de tourisme d'un pays ou d'une sous-région doit être basée sur les atouts de ce pays ou de cette sous-région (capital naturel, historique et climatique) et aussi prendre en considération les efforts économiques que nécessite la mise en oeuvre de cette politique. Le tourisme ne se limite pas à la construction d'hôtels, mais nécessite la mise en place de nombreuses infrastructures coûteuses, routières, aéroportuaires, de télécommunication, hospitalières, etc., qui ne figurent peut-être pas dans les priorités nationales.

La sous-région Afrique centrale a des atouts en matière de tourisme qu'il conviendrait d'exploiter. L'intérêt touristique réside principalement dans la valorisation de la nature et du contexte culturel. Or, comme nous venons de l'évoquer, l'exploitation touristique peut engendrer des dégradations environnementales, culturelles et sociales sérieuses et il conviendrait que les gouvernements avec les organisations non gouvernementales et les professionnels du tourisme se penchent sur une charte de l'écotourisme destinée non seulement à prévenir les erreurs constatées dans d'autres régions du globe, mais à contribuer positivement à la protection de la biodiversité et des richesses culturelles de l'Afrique centrale.

Le WWF a formulé une telle charte pour asseoir les bases du développement touristique dans les zones polaires. Les points principaux de cette charte peuvent être repris pour être appliqués à l'Afrique centrale.

Dix principes pour le tourisme en Afrique centrale

1. Compatibilité entre tourisme et conservation

Il est absolument nécessaire que la politique de tourisme définie au niveau national prenne en considération les plans de conservation formulés au niveau local, sous-régional ou régional.

2. Préservation de la biodiversité et des grands espaces naturels

La nature est certainement le plus grand capital touristique de l'Afrique centrale. La protection de la faune et de la flore, en particulier les espèces-phares comme les primates et autres grands mammifères, doit se poursuivre de même que la mise en défens de vastes espaces naturels représentatifs de la diversité des milieux naturels de la sous-région.

3. Utilisation durable des ressources naturelles

En complément de la politique de conservation de la nature de la sous-région, la promotion de l'utilisation durable des ressources naturelles, et plus particulièrement forestières, est essentielle. Celle-ci devrait permettre de laisser intactes de vastes zones naturelles tout en assurant un développement économique à travers l'exploitation durable de concessions forestières. Cette forme d'exploitation envisagée pour la forêt peut s'étendre également à d'autres biomes comme les zones humides ou les zones côtières et les océans qui constituent des atouts importants dans le développement écotouristique de l'Afrique centrale.

4. Minimiser la consommation, la production de déchets et la pollution

Au niveau des sites exploités pour leur valeur écotouristique il convient de limiter la consommation et de contrôler la production de déchets afin d'éviter toute forme de pollution excessive. Les exploitants touristiques devraient être encou ragés à utiliser des technologies appropriées pour le recyclage des déchets (déchets solides, eaux usées, etc.), pour le stockage des déchets non recyclables et à promouvoir l'utilisation de sources d'énergie non polluante comme l'énergie solaire ou éolienne. Ceci est d'autant plus important si les infrastructures se trouvent dans ou à proximité d'aires protégées.

5. Respect des communautés locales

Le développement du tourisme ne devrait pas induire de changements dans les traditions culturelles des communautés villageoises exposées au tourisme sauf si ces changements sont inhérents à une décision des communautés elles-mêmes. Les agissements des visiteurs doivent être contrôlés de manière à prévenir toute forme d'aliénation des communautés locales ou de pollution culturelle. Dans la sous-région, ceci est particulièrement important pour les peuples forestiers comme les Pygmées.

6. Respect des traditions culturelles et des sites historiques

Les sites archéologiques, préhistoriques et historiques constituent un héritage culturel et scientifique d'une importance extrême et ne doivent pas être dégradés ou dérangés. De même les tabous locaux ne doivent pas être transgressés et les coutumes locales doivent être respectées par les opérateurs écotouristiques et les visiteurs.

7. Bénéfices aux communautés locales

L'implication des communautés locales doit être de mise dans l'exploitation écotouristique afin que le tourisme contribue au développement économique de tous, dans le respect des traditions culturelles et du contexte environnemental. Les autorités traditionnelles devraient être consultées par les opérateurs touristiques avant le développement de tout projet; le recrutement, la formation et l'emploi de personnes des environs devraient être privilégiés. Les communautés locales vivant à la périphérie des aires protégées devraient également bénéficier d'une rétrocession partielle des droits d'entrée perçus par l'administration en charge de la gestion des aires protégées. Les droits d'usage traditionnels de pêche, de chasse et de collecte des produits naturels devraient être maintenus à l'intérieur des aires protégées et pourraient être promus comme un produit écotouristique de découverte des cultures.

8. Formation du personnel

L'écotourisme doit s'appuyer sur du personnel national bien formé et motivé, respectueux de la législation environnementale et des traditions locales.

9. Information précise

L'écotourisme en Afrique centrale doit être l'occasion pour les visiteurs d'acquérir des connaissances sur la nature, mais aussi sur les populations, leurs cultures et traditions. L'information, quelle que soit sa forme, doit être précise et juste, générer l'intérêt des visiteurs et engendrer leur respect pour le contexte environnemental, culturel et social dans lequel ils sont immergés.

10. Règles de sécurité

L'écotourisme est une activité économique et à ce titre est assujetti aux lois du marché. Une sécurité défaillante sur un site peut être préjudiciable à l'ensemble de la sous-région en jetant un discrédit global. Les visiteurs sont exposés à des situations parfois dangereuses, en particulier lors d'excursions pédestres au cours desquelles la rencontre avec des grands mammifères comme les éléphants, les buffles ou les gorilles est fréquente. Une telle situation nécessite que les visiteurs suivent scrupuleusement les directives du guide qui doit avoir reçu une formation solide pour assurer la sécurité de ses clients.

Enfin en guise de conclusion, le tourisme en Afrique centrale doit s'appuyer sur une politique définie avec la participation de tous les intervenants de la filière, représentants du gouvernement, des opérateurs économiques privés, des organisations non gouvernementales, et des communautés locales. La mise en oeuvre de cette politique doit être concertée et prendre en compte la politique de conservation de l'environnement, afin que le tourisme devienne un allié de la protection de la nature, car à terme, la viabilité de l'activité économique touristique est très clairement dépendante de l'importance et du respect qu'elle accorde au contexte environnemental, culturel et social.

Olivier Langrand

WWF - bureau régional pour l'Afrique
B.P. 9144 Libreville - Gabon
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