Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ecotourisme en Afrique centrale

Les cas de développement de produits touristiques en Afrique centrale sont rares. Dzanga-Sangha en fait partie.

(Article paru dans Canopée n° 13 - Janvier 1999)

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Etat des lieux et perspectives

Dzanga-Sangha, au sud-ouest de la forêt dense de Centrafrique dispose de bonnes infrastructures touristiques et les visiteurs peuvent être pratiquement assurés d'observer des gorilles de plaine sur les sentiers forestiers, ainsi que des éléphants et bongos à partir d'une plate-forme de bois installée à 10 m de hauteur, sur le bord d'une clairière.

Depuis que les données existent, les permis d'entrée, la location d'équipement, les services offerts aux touristes, ainsi que la vente de souvenirs ont généré 12.493 US$ par an. 40% des revenus des permis de visite sont reversés à une ONG locale gérant les activités de développement communautaire, et 10% au fonds forestier national pour les coûts de conservation des autres aires protégées. Le reste des revenus touristiques est alloué à la gestion du parc. Ces chiffres n'incluent pas les revenus correspondant à ce qui est dépensé par les touristes pour leur hébergement dans l'hôtel de 15 chambres (60 lits) de Doli lodge qui a été récemment construit à Bayanga.

Les revenus touristiques couvrent maintenant, pour la première fois, les coûts des services offerts (Blom 1998) à Dzanga-Sangha. Cependant, il est peu probable que ces revenus permettent d'intégrer l'investissement consenti pour la mise en place des infrastructures, à moins que le niveau des visites et des prix n'augmente de façon substantielle. Le coût de réalisation du mirador d'observation, excluant la valeur du bois qui fut donné par l'exploitant forestier Slovenia Bois, fut de 400.000 FCFA ($ 1.600) et celui de Doli lodge, approximativement de 700.000 DM ($ 391.000). Partant de l'hypothèse que le tourisme reste à son niveau de 1995 (environ 1000 personnes), et continue à générer $ 20.512 jusqu'à l'année 2000, le taux interne de rentabilité de l'activité touristique est -22% (ou 0% après 20 ans). Le revenu net du tourisme à Dzanga-Sangha, basé sur les chiffres de 1993 jusqu'à la fin de 1999, avec 10% de taux d'escompte, est -223.505 US$. Les revenus du tourisme doivent s'accroître jusqu'à plus de 155.000 US$ par an jusqu'en 2000, ou dépasser 61.000 US$ par an pendant 20 ans, pour générer un bénéfice net : comme le montrent les chiffres de cet exemple, le tourisme à Dzanga-Sangha est loin d'être une activité viable.

Par la mise en place d'un tourisme aux gorilles, et en supposant que les visiteurs soient prêts à payer le même prix qu'au Rwanda, en RDC ou en Ouganda (entre 150 et 200 US$), le tourisme dans le parc génèrera un revenu net positif, à condition que le nombre de visiteurs ne descende pas en dessous des 1090 visites atteintes en 1994.

Le nombre de visites doit être multiplié entre trois à six, et le montant du permis porté entre 180 à 240 US$ par visiteur pour couvrir les coûts actuels de gestion de l'aire protégée, et permettre l'allocation d'une partie des permis d'entrée à l'ONG locale et au fonds forestier.

Les coûts de voyage élevés vers la destination Afrique, l'impossibilité de visiter plusieurs aires protégées au cours d'un même voyage, douze heures de véhicule (en saison sèche) à être secoué comme un prunier depuis l'aéroport international le plus proche, et une mutinerie rendent hautement improbable la multiplication par deux ou trois des visiteurs, laissant de côté l'hypothèse que ceux-ci sont prêts à payer plus de 100 US$ par jour de visite.

Il apparaît alors tout à fait irréaliste de penser que les revenus du tourisme peuvent couvrir l'investissement nécessaire, en dehors de toute contribution significative aux coûts de gestion du parc.

extrait de l'article de David Wilkie
"Can tourism help finance protected areas in the Congo Basin ?" Submitted for publication in Oryx août 1998

D.S. Wilkie
18 Clarke Lane - Waltham, MA 02451-1823
fax : (1) 617-552-0523
email : dwilkie@msn.com

Bibliographie

Blom, A. (1998)

The impact of tourism on protected area management and the local economy