Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ecotourisme en Afrique centrale

CAMPFIRE ou l'option du tourisme communautaire

(Article paru dans Canopée n° 13 - Janvier 1999)

Pourra-t-on développer le tourisme en Afrique centrale sans des ajustements de la législation ? L'exemple du Zimbabwe.

Annexes

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Sommaire numéro

Faire du rafting dans les rapides du Zambèze déchaîné, admirer les chutes Victoria, faire de la randonnée dans des endroits vierges, escalader les mystérieuses montagnes de Chimanimani, parcourir un parc à dos d'éléphant : voilà quelques-unes des attractions proposées aux touristes qui visitent le Zimbabwe. Le pays constitue sans aucun doute un paradis pour les naturalistes; 95% de l'industrie du tourisme sont basés sur la nature.

Des efforts sont en cours pour lier le tourisme aux projets de développement rural et de conservation à travers CAMPFIRE (Communal Areas Management Programm For Indigenous REsources), de manière à ce que les populations locales bénéficient de retombées financières du tourisme, quand les visiteurs s'enrichirissent eux de l'environnement et de la culture locale.

Bien géré, le tourisme peut :

  • être à l'origine de création d'emplois, à la fois comme guides ou gardes, mais aussi grâce aux revenus dérivés procurés par l'hébergement (hôtels et restauration), l'artisanat, etc.;
  • stimuler l'économie locale, améliorer le niveau de vie, favoriser l'installation d'infrastructures servant tant aux touristes qu'aux populations locales;
  • servir de motivation pour la conservation.

Cependant, beaucoup de terres communales sont reculées et inaccessibles et les communautés rurales manquent souvent de fonds pour la mise en place de l'infrastructure que le secteur du tourisme de luxe exige. De plus certaines zones ne sont pas adaptées à l'observation de la faune.

Malgré les défis que cela représente, le tourisme se développe dans les terres communales et les communautés rurales commencent à tirer profit des visiteurs qui séjournent dans leur région grâce à la location de concessions touristiques à des tour-opérateurs professionnels.

Une bonne partie des développements touristiques actuels se trouve dans les zones communales mais utilise les zones protégées adjacentes pour la plupart des activités d'observation de la faune. Par exemple, le conseil du district de Hurungwe a signé un contrat de location avec un tour-opérateur local qui organise des safaris photographiques à pied dans la région. La société propose aussi des visites culturelles dans les villages, où sont vendus des produits de l'artisanat local.

A l'extrême nord du pays, le parc naturel de Mavuradona couvrant 450 km2 de paysages exceptionnels a été créé par le conseil du district de Mazurabani avec CAMPFIRE. La faible densité humaine et animale en fait le lieu idéal pour des activités de plein-air comme l'escalade, l'observation ornithologique ou le camping. Une société organise des safaris à cheval de trois à six jours pour que les touristes puissent profiter du paysage montagneux.

Une autre option pour les populations locales de profiter des revenus du tourisme est l'hébergement des visiteurs, bien plus difficile à organiser toutefois que de laisser un opérateur s'installer dans la région. Cela implique en effet que les habitants sont responsables de l'ensemble de la chaîne, depuis la commercialisation jusqu'à la qualité de l'accueil, parfois dans leurs propres villages. De manière générale, le tourisme communautaire reste à un stade expérimental : chaque cas doit être adapté aux ressources et priorités locales, et divers systèmes sont à l'essai. Un de ces projets innovateurs est Sunungukai camp (voir encadré) entièrement géré par des populations rurales, encadrées par CAMPFIRE.

La chasse aux trophées est considérée comme la forme idéale d'écotourisme en Afrique australe. Elle est particulièrement importante pour les communautés rurales au Zimbabwe car les chasseurs étrangers rapportent des montants importants. Ils voyagent en petits groupes et se contentent généralement d'un équipement de base à la différence des autres visiteurs. Ils ont un impact bien plus faible sur l'environnement tout en payant plus. Les chasseurs doivent respecter les quotas approuvés par le gouvernement. Les chasseurs de trophées sont accompagnés de chasseurs

D'après un article rédigé par

CAMPFIRE et Africa Resources Trust (ART)

Contact en France :

Marianne Courouble
1, villa Chanez - 75016 Paris
email :
couroubl@worldnet.fr

ANNEXES

La loi de 1975 et l'amendement de 1982 ont permis :

  • aux villageois de gérer leurs ressources naturelles
  • le développement de l'élevage de gibier en ranch
  • d'innover en Afrique : le Zimbabwe fut le premier pays à mettre
  • en place un système de gestion locale de la faune soutenu par la loi.

Historique de l'évolution de la législation au Zimbabwe

Introduites au siècle dernier, les politiques coloniales de conservation au Zimbabwe visaient à préserver la flore et la faune en les séparant des populations locales.Ceci eut pour effet de retirer aux communautés rurales l'accès à leurs terres et à la faune sauvage, sans offrir aucune compensation, les plaçant de facto en situation d'illégalité pour continuer de prélever des produits naturels.

La situation commença à changer au milieu des années 70 quand le gouvernement adopta une nouvelle loi sur la gestion de l'environnement. Ce fut le premier pas permettant aux populations rurales de gérer légalement et de récolter de façon durable leurs ressources naturelles comme elles l'avaient fait pendant des siècles auparavant.

La loi sur les parcs et la faune sauvage de 1975 fut particulièrement importante. Elle mit en place une commission des parcs et de la faune sauvage chargée de veiller à leur protection, utilisation et conservation.

Mais un des aspects les plus importants de cette loi concerne les droits des propriétaires fonciers à utiliser, sur leurs terres, la faune sauvage pour leur propre bénéfice. Cette loi fut particulièrement importante pour les éleveurs de bétail en ranchs dans les régions à faibles précipitations. La faune sauvage commença très vite à générer des revenus considérables pour ces propriétaires qui, au lieu de la considérer comme une concurrence pour leur bétail, en firent une ressource supplémentaire, voire une alternative. En dix ans, la population de faune sauvage augmenta dans des proportions exceptionnelles.

La situation pour les terres communales restait plus compliquée puisque la seule autorité pouvant revendiquer la gestion de la faune était l'agence gouvernementale. Ce n'est qu'en 1982 que la loi fut amendée pour désigner les conseils de districts ruraux comme autorités qualifiées pour gérer la faune sauvage. Levant la discrimination entre fermiers possédant des terres privées et ceux des terres communales, l'amendement apportait aux populations rurales des avantages sur un plan environnemental mais aussi économique. CAMPFIRE apporta le cadre conceptuel afin que les conseils de district puissent concrétiser leur nouvelle autorité.

Bienvenue à Sunungukai Camp

Situé sur les rives du fleuve Mazoe, Sunungukai camp est le premier programme touristique géré par les communautés locales dans CAMPFIRE. Les visiteurs y viennent pour profiter des plaisirs des excursions en montagne, tenter leur chance à la pêche, admirer le paysage, observer les oiseaux, les hippopotames, les crocodiles et le petit gibier. Les guides amènent les visiteurs voir les peintures des Boschimans, ou le guérisseur traditionnel. Les visiteurs campent ou logent dans des cases, et peuvent, s'ils le souhaitent, partager des repas traditionnels avec les habitants.

Ouvert en 1993, le camp est géré par un comité élu localement dans le cadre de CAMPFIRE. En plus des revenus que génèrent le camp, l'activité touristique a permis la création d'emplois de guides, ainsi qu'une production artisanale