(Article
paru dans Canopée
n° 13
- Janvier 1999) L'expérience
de Lossi innove par son approche participative Liens vers autres Le succès du
tourisme aux gorilles en Afrique de l'est, et les revenus
substantiels qu'il a rapportés ou rapporte aux
gouvernements de RDC, du Rwanda et d'Ouganda font des
émules en Afrique centrale. Parmi les premiers,
le programme ECOFAC, à Lossi (Congo), a voulu
valoriser le travail d'habituation réalisé par
les primatologues Magdalena Bermejo et German Illera dans le
cadre de leurs travaux scientifiques sur les grands singes.
Depuis 1998, la RCA, avec le projet géré par
le WWF à Dzangha-Sangha (cf - l'article de C.
Cipolletta, page 26) et le Gabon, à la Lopé,
toujours avec ECOFAC, ont entrepris des études de
faisabilité pour envisager un tourisme de vision de
gorilles. L'expérience
de Lossi est intéressante : elle est la
démonstration parfaite de la synergie pouvant exister
entre la recherche et la conservation, dans le sens d'une
valorisation et utilisation rationnelle des ressources
naturelles. Elle
appréhende en outre l'aspect humain avec l'aide du
programme Avenir des peuples des forêts tropicales
(APFT), financé par l'Union
européenne. L'intervention
à Lossi a commencé en 1992 avec le
démarrage du programme de recherche, de
sensibilisation environnementale et de conservation,
financé par l'Union européenne, et
dirigé par Magdalena Bermejo. Après six mois
de prospection, et encouragé par l'enthousiasme de la
population, c'est le site de Lossi qui est choisi. Magdalena
Bermejo note que "dès le début, la population
avait une extraordinaire confiance et fierté de son
ancien village". Lossi est en effet situé à 12
km de Lengui-Lengui, à l'ouest du parc national
d'Odzala et est l'ancien site du village, avant que n'ait
lieu le regroupement des villages au cours des années
50. La sociabilité
du groupe de gorilles, mené par le mâle
dominant surnommé Apollo, surprend
immédiatement les primatologues : ils vont effectuer
des observations pendant plusieurs mois sans jamais essuyer
une charge de la part d'Apollo. Assez rapidement,
grâce à un suivi quotidien, ils pourront
être acceptés par le groupe et l'observer
à quelques mètres. ECOFAC propose alors
d'initier un véritable projet d'habituation, dans une
optique de développement écotouristique. Si
les gorilles de montagne ont pu rapporter autant d'argent
aux administrations de leur pays respectif, alors pourquoi
ne pas essayer au Congo, où des besoins en fonds pour
la conservation, mais aussi le développement, se font
cruellement sentir ? Depuis lors,
grâce au travail réalisé par Magdalena
Bermejo, German Illera et leur équipe de pisteurs,
deux groupes ont été habitués : la
famille d'Apollo, 22 individus plus un bébé
né après juin 1997, et la famille d'Ares.
Actuellement, les chercheurs tentent d'habituer un
troisième groupe : celui d'Hermès. L'innovation porte
sur l'association des populations à cette action de
conservation et de développement : le site de Lossi
est en dehors du parc : il s'agissait dès lors de
protéger le site d'habituation. Après que les
populations aient refusé de chasser sur leurs terres
pour ne pas déranger le processus d'habituation,
elles ont sollicité auprès du conservateur du
parc national d'Odzala le classement en sanctuaire de leur
zone. Le programme Avenir
des peuples des forêts tropicales (APFT) intervint
afin qu'il n'y ait pas de litige, pas
d'ambiguïté sur la démarche, et pour
l'identification des ayants droit
bénéficiaires des retombées du projet,
notamment sous la forme du versement d'une partie des permis
de visite. L'anthropologue Norbert Gami fut chargé de
ce travail. Pour la première fois, au Congo, les
sciences humaines étaient associées,
dès le début, à un processus de
classement, de délimitation et d'élaboration
de statuts pour une aire protégée. Une zone
d'environ 320 km2 fut identifiée par les ayants
droit, compte tenu de leurs besoins en ressources naturelles
exploitables dans la zone. Beaucoup de temps a
été investi pour décrire les avantages
et inconvénients du sanctuaire, et expliquer la
notion de gestion participative, perçue en
général comme la énième
invention du blanc pour mieux exploiter les ressources des
forêts tropicales !... Puis un comité restreint
a été constitué pour rédiger les
statuts et le règlement intérieur du
sanctuaire de gorilles de Lossi. Les membres de ce
comité restreint ont été
désignés au cours d'une assemblée
générale par les ayants droit, eux-mêmes
regroupés au sein d'une association à but non
lucratif. En mai 1998, statuts
et règlement intérieur du sanctuaire et de
l'association ont été amendés par les
différentes parties prenantes au cours de
réunions à Lengui-Lengui et Mbomo : chaque
article a été traduit en lingala (une des
langues vernaculaires au Congo) pour une meilleure
compréhension par les
intéressés. Ce fut l'occasion
pour les primatologues d'expliquer la restriction de
certaines activités dans le sanctuaire. En effet,
quelques ayants droit souhaitaient, pour des raisons
socio-culturelles, que la chasse soit permise sous certaines
conditions. Une fois par an, ils doivent traverser la Lossi
pour se rendre à Kellé afin d'assister aux
cérémonies de circoncision (l'ikinda en
mboko). Avant la création du sanctuaire, Lossi
était l'endroit idéal pour chasser afin
d'amener du gibier à Kellé. Les ayants droit
ont été convaincus par les explications
techniques des primatologues et cet article a
été supprimé. La population a
maintenu dans le sanctuaire la pratique de certaines
activités saisonnières telles que la
pêche à la corbeille. Celle-ci fait partie des
stratégies alimentaires des populations
forestières en saison sèche, période
durant laquelle la chasse est moins fructueuse. La
pêche est aussi un moment de réjouissance, de
vacances familiales: on quitte le village pour le
campement. La diversification
des activités touristiques : un moyen de valoriser
les cultures locales Les paysans se sont
plaints du fait que les touristes partent en forêt et
ne restent pas au village. Ils ne s'arrêtent à
Lengui-Lengui que le temps de trouver des porteurs avant de
continuer sur Lossi. Il a d'abord fallu
expliquer aux populations qu'un touriste ne va pas dormir au
village s'il n'a pas une bonne raison pour le faire : il
faut donc trouver des activités qui le retiennent et
éviter qu'il ne devienne lui-même l'attraction
! Dans ce cadre
précis, le programme ECOFAC, par
l'intermédiaire du chef de composante Congo,
encourage les ayants droit à la fabrication de filets
de chasse en fournissant à la population des bobines
de fil. En outre, le travail de l'anthropologue a
consisté à aider les populations à
identifier des activités susceptibles
d'intéresser des visiteurs étran gers, outre
la chasse au filet, telles que les spectacles de danses
traditionnelles, la visite de lieux d'activités
villageoises comme le rouissage du manioc, la fabrication
d'alcool local, la pêche à la corbeille,
etc. Les revenus du
tourisme reviennent directement à chaque villageois
en fonction de son activité. Ils permettent ainsi
à ceux qui ne sont pas ayants droit de
bénéficier d'un petit revenu. Cette
expérience pilote est encore à ses
débuts, malheureusement fortement
pénalisée par la guerre civile qui secoue le
Congo. Il est donc difficile d'en tirer des conclusions.
Cependant, tout a été mis en oeuvre pour la
plus grande concertation et la retombée de
bénéfices directs en faveur des populations,
afin d'inciter celles-ci à la gestion durable de leur
patrimoine naturel. Que faire ensuite de
plus que de rester optimistes en poursuivant l'encadrement
du processus et en espérant qu'un jour les efforts et
espoirs des uns et des autres seront
récompensés ! Norbert
Gami ECOFAC/APFT

Ecotourisme en Afrique
centrale
Les gorilles de
plaine
pourquoi pas eux ?
articles corrélatifs :
![]()
![]()
![]()
Lossi : ou la
synergie entre la recherche et la conservation

Cérémonie
de l'Ikinda
dans le nord Congo
Le postulat de
départ : on protège ce que l'on comprend et ce
qui rapporte

Que faire alors pour
retenir les touristes au village ?
anthropologue
B.P. 15115 Libreville
Email : ecofac.coord@internetgabon.com