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Ecotourisme en Afrique
centrale
Tourisme aux gorilles
en Afrique centrale
Plaidoyer pour la réalité
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(Article
paru dans Canopée
n° 13
- Janvier 1999)
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Liens vers autres
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Le tourisme aux
gorilles se pratique dans une des zones les plus
densément peuplées d'Afrique, avec plus de 400
habitants au km2 (McNeilage 1996, Butynski 1996/97). Une
importante dégradation de l'environnement
entraîne la baisse du niveau socio-économique
d'une population rurale au taux d'accroissement annuel de
3%. La pression sur la zone forestière est
énorme.
Un tourisme aux
gorilles informel fut démarré en 1955 dans la
réserve de faune de Mgahinga en Ouganda (Butynski
& Kalina 1998). En République démocratique
du Congo, le tourisme aux gorilles, initié dans le
parc national de Kahuzi-Biega (gorille de plaine de l'est)
remonte à 1973, et à partir de 1979, au Rwanda
puis en République démocratique du Congo, dans
l'aire de conservation trinationale des Virunga (Parc
national des volcans, parc national des Virunga, et parc
national de Mgahinga).
En 1993, une autre
population de gorilles de montagne, dans le parc national de
la forêt de Bwindi, en Ouganda fut ouverte au
tourisme. Depuis lors, le tourisme aux gorilles a
amené dans cette zone des milliers de visiteurs, et
un revenu considérable pour les autorités de
ces trois pays.
Le débat
actuel sur le tourisme aux gorilles est essentiellement
axé sur le fait de savoir si l'activité
touristique est un moyen viable et adapté pour la
conservation de ces espèces en danger. L'augmentation
du nombre de gorilles et de la qualité de leur
habitat sont-elles une résultante du tourisme ou
celui-ci met-il en danger la survie d'une espèce
qu'il est supposé garantir ?
Cette question a
été examinée d'un point de vue
scientifique par Butynski & Kalina (1998) et McNeilage
(1996) ainsi que par d'autres. Bien que l'aspect
scientifique soit très important et indispensable, il
ne suffit pas à appréhender la totalité
de la question. Le tourisme aux gorilles doit
également être examiné d'un point de vue
politique et socio-économique, basé sur les
réalités de l'Afrique centrale
d'aujourd'hui.
Quels sont les
bénéfices du tourisme aux gorilles
?
Il est
généralement admis que le tourisme aux
gorilles génère d'importants revenus en
devises étrangères, et que ces fonds servent
à la fois à la conservation des parcs
nationaux des trois pays où s'exerce le tourisme aux
gorilles, et aux populations riveraines des aires
protégées (Butynski & Kalina, 1997). Le
tourisme aux gorilles fournit des arguments en faveur de la
conservation des habitats et des espèces, dans des
zones où de telles justifications sont indispensables
aux décideurs politiques. Le suivi des gorilles pour
le tourisme améliore la surveillance et la protection
du parc, ce qui ne bénéficie pas seulement aux
gorilles (McNeilage, 1996).
L'expérience
apportée par le tourisme aux gorilles a permis le
développement du secteur touristique au niveau
national.
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Quels risques
comporte le tourisme aux gorilles ?
Le risque le plus
important que comporte l'activité de tourisme aux
gorilles est la transmission de maladies. Bien qu'il n'y ait
jamais eu de réelle preuve de transmission de maladie
par des humains à des gorilles, il y a des cas
où cela a pu être une hypothèse. Le
tourisme aux gorilles doit être soigneusement
contrôlé, avec des règles très
strictes auxquelles les visiteurs doivent se plier :
distance d'approche des animaux, durée, nombre et
fréquence des visites. Cela ne signifie pas que ce
soit facile à faire appliquer. L'habitat des gorilles
est entouré par une zone densément
peuplée et cultivée. Les risques de
transmission de maladies sont donc élevés,
spécialement dans les zones où le contact
entre les hommes et les animaux ne peut être
contrôlé. Il a été établi
que le contrôle et la surveillance de l'habitat des
gorilles est plus facile dans les zones où touristes
et chercheurs approchent les gorilles. Quand des personnes
traversent illégalement le parc, il est peu probable
que leurs contacts seront aussi rapprochés que lors
de visites touristiques. Cependant celles-ci sont
contrôlées et suivies alors que les autres ne
le sont pas.
La modification du
comportement des gorilles est également
considérée comme un risque du tourisme aux
gorilles. La recherche a mis en évidence que la
capacité de reproduction des gorilles visités
régulièrement par des touristes ou des
chercheurs n'est pas affectée, et qu'à ce
jour, le risque de transmission de maladie n'est pas
clairement établi.
Utiliser le tourisme
comme argument pour la conservation d'une forêt ou
d'une espèce peut constituer un risque pour les pays
en voie de développement. Les revenus
générés par le tourisme, rapidement
affecté par les crises ou l'instabilité
politiques, sont en effet très volatiles. La guerre
civile en République démocratique du Congo et
au Rwanda a stoppé le tourisme dans cette zone,
augmentant fortement la demande sur les possibilités
limitées de vision existantes en Ouganda.
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Dans quel cadre
politique et socio-économique la conservation
doit-elle concentrer ses activités dans cette zone
?
Durant la guerre
entre le front patriotique rwandais et le gouvernement
rwandais (de 1990 à 1994), quand les combats
étaient localisés autour de l'aire de
conservation trinationale Virunga, les deux
belligérants avaient annoncé leur intention
d'épargner les gorilles de montagne. La valeur
potentielle des gorilles, tant nationale qu'internationale,
était conjointement reconnue.
En 1994, quand
750.000 réfugiés ont fui du Rwanda vers le
Zaïre, pour échapper à la guerre, des
centaines de milliers de personnes ont, chaque jour,
traversé le parc national des volcans au Rwanda et
celui des Virunga au Zaïre.
Les gens se sont
cachés dans le parc pendant des mois. L'impact d'une
telle pression humaine sur la forêt éclipse les
impacts potentiels du tourisme.
De 1994 à
1998, le gouvernement en République
démocratique du Congo fut confronté à
la présence des milices rebelles cachées dans
le parc d'où elles lançaient leurs raids sur
les villages et villes, déstabilisant ainsi les
gouvernements de RDC et du Rwanda. Les pressions pour mener
des opérations militaires de grande envergure dans le
parc furent très fortes. La communauté de la
conservation, tant au Rwanda qu'en RDC parvint à
persuader les autorités de la valeur du parc, de
l'importance d'associer les gardes aux patrouilles
militaires et de la nécessité d'assurer la
protection des gorilles. A nouveau, la conservation des
gorilles fut considérée comme une
priorité dans une perspective à la fois
économique et politique.
En 1996, après
la guerre et l'exode au Rwanda, des pressions furent
exercées pour que le parc national des volcans
(Rwanda) serve à la réintégration des
réfugiés. C'est uniquement grâce aux
justifications économiques et à l'attention de
la communauté de la conservation nationale et
internationale que le déclassement de certaines zones
du parc fut stoppé.
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Face à ces
réalités, comment mettre en adéquation
les évidentes menaces et les risques de
l'écotourisme pour la conservation ?
Le gorille de
montagne est une espèce menacée. Il constitue
une ressource très fragile sur laquelle est
basé l'écotourisme. Bien que l'on admette
qu'il n'est peut-être pas idéal d'utiliser les
gorilles comme argument financier pour inciter des actions
de conservation, de quelle autre alternative disposons-nous
?
Les forêts
disparaissent à une vitesse alarmante en Afrique,
avec l'exploitation forestière et l'agriculture sur
brûlis (Butynski, 1996/97). L'écotourisme
fournit non seulement une alternative non consommatrice de
ressources, mais également concentre l'attention de
la communauté internationale ou nationale d'une
manière bien plus efficace que les actions de
conservation pure. Il est fortement probable que le public
connaît et est plus attentif aux gorilles de montagne
qu'à n'importe quelle autre espèce en Afrique
uniquement parce qu'il a pu les voir, dans la
réalité ou dans des films. Pour cela, une
partie de la population de gorilles doit être
habituée pour que les visiteurs, les chercheurs ou
les cinéastes puissent les approcher. La question ne
consiste pas à savoir si le tourisme pour une si
fragile ressource doit être encouragé ou pas,
mais plutôt comment, à travers cette
activité, mettre en évidence les objectifs de
conservation au lieu des objectifs politiques et
économiques.
Pour répondre
à cette question, plus de recherches sont
nécessaires. Les règles actuelles
appliquées pour le tourisme ne suffisent
peut-être pas à minimiser les risques et
assurer la conservation de ces animaux. Les programmes de
développement du tourisme doivent laisser une place
plus importante à la redistribution des revenus en
faveur des populations vivant en périphérie du
parc, et faire en sorte que les autorités en charge
des aires protégées aient accès et
utilisent ces ressources pour le bénéfice du
parc, de la faune et de la conservation. C'est ce
défi que les scientifiques, les conservationnistes,
les gestionnaires et politiciens doivent très
rapidement relever. Des pays aussi démunis que ceux
d'Afrique centrale, avec comme contraintes un fort
accroissement de la population et une instabilité
politique souvent récurrente, ne peuvent pas se
permettre de rejeter les revenus que l'écotourisme
peut générer.
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Annette
Lanjouw
International
gorilla conservation programm (IGCP)
c/o AWF PoBox 48177 Nairobi - Kenya
fax : (254) 2710372
email : alanjouw@awfke.org
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Bibliographie
- Butynski, T.M.
(1996/97)
African Primate Conservation - The species and the
IUCN/SSC Primate specialist group network. In : Primate
conservation. (17) ; 87-100
- Butynski, T.M. et
Kalina, J. (1998)
Gorilla tourism : a critical look. In Conservation of
biological resources, Milner-Gulland E.J. and Mace R.
(eds), pp. 280-230. Blackwell scientific publications,
Oxford
- McNeilage, A.
(1996)
Ecotourism and mountain gorillas in the Virunga
volcanoes. In: the exploitation of mammals populations,
Taylor V.J. and Dunstone N.(eds), pp.334-344. Chapman and
Hall, London.
- Weber, W.
(1993)
Primate conservation and ecotourism in Africa. In :
Perspectives on biodiversity : Case studies of genetic
resource conservation and development (eds. C.S. Potter,
J.I. Cohen & D. Janczewski), pp.
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