Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Initiation à la biogéographie

La République centrafricaine, carrefour biogéographique

(Article paru dans Canopée n° 14 - Mai 1999)


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Sommaire Centrafrique

La République Centrafricaine mérite bien son nom en termes de biogéographie. Elle constitue un carrefour où se rencontrent les grands domaines biogéographiques de l'Afrique centrale.

Les oiseaux représentent sans doute la classe animale la plus facile à appréhender dans le cadre d'études biogéographiques. Les petits mammifères, particulièrement les rongeurs et les insectivores, sont également des témoins intéressants pour l'analyse biogéographique, mais leur étude, à cause, d'une part, des difficultés d'observation dans le milieu naturel et, d'autre part, des délicates énigmes d'identification, reste réservée à des spécialistes.

Grâce aux inventaires ornithologiques effectués à Ngotto, en forêt semi-décidue et en savane périforestière, puis dans l'immense zone couverte par le programme de développement de la région nord (PDRN), se dessine progressivement un atlas de l'avifaune de la République Centrafricaine.

Pour résumer cette avifaune riche de près de 700 espèces, on se bornera à dire que se rencontrent, sur le territoire centrafricain :

  • des oiseaux propres aux savanes et aux galeries de l'Afrique occidentale (le noircap loriot Hypergerus atriceps trouve sa limite orientale dans les galeries forestières des affluents du Chari, la Manovo et la Bamingui),
  • des espèces venues de l'est (la distribution du touraco de Lady Ross Musophaga rossae s'arrête, vers l'ouest, au Cameroun),
  • des oiseaux appartenant à un petit centre d'endémisme central-africain (dont le perroquet des Niam-Niam Poicephalus crassus, le francolin de Schlegel Francolinus schlegelii et le barbican à poitrine noire Lybius rolleti sont de bons représentants),
  • la grande majorité des oiseaux des forêts guinéo-congolaises d'Afrique centrale auxquels s'ajoutent quelques éléments spécifiquement congolais comme le barbican de Sladen Gymnobucco sladeni et le sénégali Spermophaga poliogenys, récemment trouvé à Ngotto,
  • et les influences sahéliennes dans l'extrême nord du pays (avec l'outarde arabe Ardeotis arabs).

Ce qu'il est convenu d'appeler la région nord est un remarquable condensé de ce carrefour. La grande faune des savanes tropicales comprend les espèces largement répandues en Afrique comme la girafe, le lion, le lycaon, les grandes antilopes (hippotrague, damalisque et bubale), le phacochère, mais également des grands mammifères moins répandus comme le magnifique éland de Derby et, presque relictuelle, une petite population de grands koudous, dans les massifs montagneux de l'extrême nord.

Plus inattendue est la rencontre de mammifères typiquement forestiers dans les galeries et les quelques îlots forestiers près de la latitude 9°N. Dans la forêt de Gbatou, îlot forestier situé au sud du parc national de Manovo-Gounda-Saint-Floris, on observe l'hylochère, le bongo, le sitatunga, le céphalophe à dos jaune et le céphalophe bleu. À l'ouest, dans les galeries de la Manovo, se rencontre le cercopithèque de Brazza, espèce typiquement central-africaine, qui y côtoie le colobe guéréza.

Non moins étonnante a été l'observation récente du cercopithèque à diadème Cercopithecus mitis, la contrepartie est-africaine et sud-africaine du cercopithèque hocheur Cercopithecus nictitans, espèce des forêts guinéo-congolaises. Cette observation, qui demande confirmation, concernerait des populations relictuelles dont la présence n'est pas facile à expliquer biogéographiquement. La forêt de Gbatou appartient, en effet, au bassin du Chari et non au bassin du Congo. On observe le même phénomène chez les oiseaux forestiers : certaines espèces sont représentées par la sous-espèce vivant dans l'est du bassin congolais (Ouganda et est de la République démocratique du Congo) et non par celle venue de l'Afrique centrale (Gabon, Cameroun et Congo).

La clé de ce labyrinthe biogéographique se situe à quelques kilomètres au nord de Sangba où les sources de trois rivières convergent, presqu'à se rencontrer : la Bamingui et la Koumbala, affluents du bassin du Chari, et la Bohou, affluent du bassin de l'Oubangui et du Congo. La pénétration vers le nord et l'ouest de ces éléments faunistiques orientaux s'est probablement faite par une dispersion le long des forêts et des galeries forestières de l'Oubangui et de ses affluents, peut-être à une période plus humide où les galeries s'étendaient plus largement au détriment des savanes boisées que nous connaissons aujourd'hui.


P. Christy

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