REBUBLIQUE CENTRAFRICAINE: Suivi de l'application d'un plan d'aménagement

Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale
   

Suivi de l'application d'un plan d'aménagement en Centrafrique
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Article paru dans Canopée n° 14 - Mai 1999)

Pour la première fois en Afrique centrale, un plan d'aménagement préparé en collaboration avec un programme de conservation est mis en oeuvre par une société d'exploitation forestière avec l'encadrement de ce programme. Première évaluation de l'expérience.

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Sommaire numéro

Sommaire Centrafrique

Depuis la première phase du projet ECOFAC (1992-1996), la société I.F.B. collabore avec la composante RCA pour l'obtention du premier permis d'exploitation et d'aménagement (PEA) doté d'un plan de gestion. Ce PEA n°169, d'une surface totale de 195 500 hectares, lui a été attribué le 7 mars 1996.

La forêt du PEA est en grande partie vierge de toute exploitation forestière. Sa structure diamétrique est équilibrée et la régénération des essences de valeur bien présente. C'est une forêt riche en bois rouges (Méliacées, Doussié) mais inégalement répartis.

Le suivi de la mise en place du plan d'aménagement a été effectué par ECOFAC dès la deuxième phase (1997-2000) du programme. Il s'agit de l'étude de l'applicabilité des règles édictées par le plan d'aménagement. En effet, il faut absolument vérifier la mise en œuvre de ces règles sur le terrain pour apprécier leur pertinence et leur applicabilité réelle. Dans le cas contraire, il peut être nécessaire d'édicter de nouvelles règles. Des études sont proposées pour valider ou compléter certaines hypothèses qui avaient servi de base au plan d'aménagement. C'est l'objet de cet article qui retrace brièvement les observations et les conclusions après deux années d'exploitation du PEA n°169.

Les grandes lignes directrices du plan d'aménagement

Le PEA est divisé en trente parcelles de taille variable, exploitables successivement à raison d'une par an, contenant un volume de bois commercialisable calculé à peu près fixe avant exploitation. Pour éviter de trop grands dégâts sur le peuplement, le nombre d'arbres maximum exploitable par hectare est de quatre, le volume maximum exploitable est de 50 m3. La distance minimale entre les pieds abattus est de trente mètres. L'exploitant doit obligatoirement laisser un semencier, choisi parmi les essences exploitables pour 10 hectares. Un diamètre minimum d'exploitation (D.M.E.) est calculé par essence.

Une mission de suivi réalisée de novembre 1998 à janvier 1999 a notamment consisté à suivre l'effet de ces règles en étudiant l'exploitation sur 75 hectares. Ont notamment été relevés les diamètres, l'état, les distances entre les arbres exploitables ainsi que les trouées créées par l'abattage.


Abattage d'un Entandrophragma

Résultats de l'analyse par règle

NOMBRE D'ARBRES MAXIMUM EXPLOITABLES PAR HECTARE.

Aujourd'hui, l'exploitation prélève 1,8 arbre par hectare, dont 90 % de Sapelli de diamètre largement supérieur au D.M.E fixé à 80 cm. Si tous les arbres étaient exploités à partir du D.M.E., le prélèvement serait de 3,3 tiges par hectare, avec des pointes, en fonction de la richesse du peuplement jusqu'à 4,1 tiges par hectare. Les dégâts deviendraient alors importants sur le peuplement résiduel. La mise en place de placeaux d'étude de la régénération et des tiges de 20 cm de diamètre au D.M.E. a été proposée (20 x 1 hectare) pour étudier ces dégâts et essayer de mieux préciser, dans les conditions de la forêt de Ngotto, le seuil limite de dégâts pour assurer une exploitation durable.

PRELEVEMENT DE 50 M3

Cette exploitation prélève un volume de 20 m3 par hectare, donc de loin inférieur au seuil maximum imposé de 50 m3.

DISTANCE MINIMALE DE 30 M ENTRE DEUX PIEDS ABATTUS

C'est la règle qui pose le plus de problèmes à l'exploitant forestier. En effet cette règle rend inexploitables les arbres trop proches les uns des autres. Elle est destinée à limiter le nombre de trouées jointives créées par l'abattage de deux arbres. On espère ainsi ne créer que des trouées de taille réduite, ne permettant pas l'installation massive d'essences pionnières qui gêneraient la régénération des essences de valeur. Les risques de feu sont également diminués par cette méthode.

Le suivi effectué montre que cette règle ne joue pas son rôle : des arbres situés à plus de 30 mètres l'un de l'autre peuvent créer des trouées jointives et inversement des arbres proches, s'ils tombent dans des directions opposées, ne créent pas de trouées jointives.

D'autre part, on peut imaginer que deux arbres proches abattus ne nécessiteront l'ouverture que d'une seule piste de débardage pour leur évacuation, tandis que deux arbres éloignés nécessiteront l'ouverture d'une plus grande longueur de piste, d'où plus de dégâts sur le peuplement. Une cartographie des pistes de débardage et des places d'abattage est donc en cours dans les parcelles étudiées.


Marquage de la souche.

En outre, cette règle rend inexploitables 25 % des tiges supérieures au D.M.E dans les parcelles actuelles, particulièrement riches. En effet, plus la densité de tiges est forte, plus la probabilité que deux tiges soient à moins de 30 m augmente significativement. Ceci est parfaitement incompatible avec la définition de 30 parcelles d'exploitation annuelle, avec un volume constant. Une dérogation sur 100 ha a donc été obtenue auprès du ministère, autorisant la société à exploiter sans tenir compte de cette règle pour mesurer et comparer l'étendue réelle des dégâts et conclure sur les effets de l'abattage d'arbres très proches.

Le diamètre des semenciers n'est pas établi dans le plan d'aménagement, car c'est une donnée qui n'est pas connue. Une étude sur 60 Sapelli, de 60 à 150 cm de diamètre, a donc été proposée pour clarifier ce point.

Le respect des D.M.E. est assuré étant donné qu'I.F.B. ne s'intéresse que rarement aux tiges de moins de un mètre de diamètre. Cette raison est justifiée par des critères économiques industriels (moins de tiges à manipuler par hectare, moins de perte en bois en scierie sur les gros diamètres).

Les parcelles d'exploitation annuelles sont respectées : I.F.B dispose donc d'une planification à long terme de son approvisionnement et s'assure la régénération du peuplement restant pour la prochaine exploitation dans 30 ans.

Conclusion

C'est un des premiers cas, à notre connaissance, de plan d'aménagement mis en place et respecté par le concessionnaire. Ce suivi du plan d'aménagement a permis de faire des réglages sur les prescriptions d'exploitation et a proposé des études complémentaires.

Analyser ainsi les problèmes qui se posent, avant qu'ils ne provoquent des ruptures entre l'exploitant et l'administration forestière amènera, espérons-le, un respect à long terme de ce plan et ainsi une exploitation durable de ce massif.

Luc Durrieu de Madron

ECOFAC RCA - CIRAD-Forêts