Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Ecotourisme en Afrique centrale

La mise en place d'un monitoring écologique en Afrique centrale

(Article paru dans Canopée n° 14 - Mai 1999)


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Sommaire numéro

La réserve de faune du Dja se situe à 243 km au sud-est de Yaoundé, et 5 km à l'ouest de Lomié. Elle couvre une superficie de 5 260 km2 et se classe parmi les plus grandes aires protégées de la forêt ombrophile guinéo-congolaise (4) . La réserve est située dans la boucle du Dja, fleuve qui l'enserre presque complètement et qui constitue sa limite naturelle excepté au sud-est. Les ethnies principales appartiennent aux groupes bantous et pygmées Baka, vivant essentiellement de la chasse et basées dans l'ensemble de la réserve et sa périphérie. Zone de jonction entre le domaine bas-guinéen et congolais, cette forêt se caractérise par sa diversité.

Depuis une dizaine d'années, des actions de conservation plus ou moins bien coordonnées ont été développées dans le Dja, sans réels résultats en ce qui concerne l'enraiement du braconnage.

La périphérie de la réserve se caractérise par un fort déploiement de l'exploitation forestière et de ses effets pervers. L'installation progressive de paysans dans des sites initialement intacts, tend à isoler biologiquement (5) l'aire protégée.

Le braconnage et la déforestation sont reconnus aujourd'hui comme les deux causes majeures de la dégradation de la biodiversité au Cameroun (1). Certaines actions conduites de façon très sectorielle se sont avérées inefficaces, quand elles ne favorisent pas carrément la déforestation.

Il y a donc urgence à mettre au point un système de suivi et d'évaluation continue de l'état de la biodiversité du Dja en relation avec les activités menées dans la région : braconnage, exploitation forestière, activités conduitespar différents projets et ONG.

Le monitoring, une idée qui fait son chemin

L'idée de mettre au point un programme de suivi continu ou de monitoring dans le Dja est évoquée par différents auteurs. Dans leur projet de plan d'aménagement de la réserve du Dja, Van der Zon et al. (10) voyaient déjà le danger imminent de l'augmentation du trafic des produits forestiers, et notamment du gibier, avec l'ouverture progressive de la réserve au réseau routier national ; ils déplorent le manque de structures de surveillance et suggèrent pour cela de prendre les dispositions nécessaires.

Pour leur part, Gartlan et Agland (3) ont relevé le danger que constituerait la sédentarisation progressive des pygmées qui abandonnent leurs techniques traditionnelles de chasse au profit du fusil. Ceci présenterait une menace pour la réserve. Ils proposent de mettre en place, un système de monitoring rigoureux qui contrôlera ce phénomène.

Bedel et al. (2), influencés déjà par le statut de réserve de biosphère, reconnaissent l'importance des produits de chasse pour les populations locales. La réserve représente pour elles un cadre de vie culturel et un "stock" de ressources pour la satisfaction de leurs besoins (7, 8). Elles voient les interdictions qui frappent ce territoire comme totalement contraires à leurs intérêts. Ce genre de situation ne peut se contenir qu'avec des coûts de contrôle prohibitifs (11). Pour éviter cela, Bedel et al. (opcit) proposent dans le cadre d'une gestion participative d'organiser les villageois en associations ou comités locaux pour suivre de façon continue l'évolution de la pression de la chasse sur le gibier et apporter au fur et à mesure des corrections.

Enfin lors du séminaire de l'UNESCO (9) tenu en mars 1998 à Sangmélima , l'importance d'un monitoring pour la conservation de la biodiversité dans le Dja a été largement évoquée.

ECOFAC Cameroun

La composante Cameroun du programme ECOFAC a pour mission principale la conservation de la forêt du Dja en encadrant des modes d'exploitation durable des ressources naturelles.

Elle développe cinq types d'activités complémentaires : la conservation, l'agroforesterie, l'infrastructure, la sensibilisation et la recherche. Le projet a installé dans le pourtour de l'aire protégée des postes fixes de contrôle auxquels est affecté un personnel polyvalent. Les activités menées par chaque volet sont coordonnées à partir du quartier général à Somalomo et réalisées dans chaque poste fixe. Ceux-ci sont dotés d'un équipement adéquat (radio , motos, …) pour des interventions rapides. Une équipe mobile de contrôle ou de patrouille basée à Somalomo intervient dans les différentes parties de la réserve selon les sollicitations des postes.

Objectifs du système

L'unité de sylviculture de la faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux a été chargée d'élaborer en collaboration avec toute l'équipe d'ECOFAC Cameroun, un système de suivi, de synthèse et d'analyse des interventions du programme en vue d'une évaluation continue de ses interventions par rapport aux objectifs fixés.

Le système de suivi est basé sur l'évaluation des actions de surveillance et de développement menées avec les populations, ainsi que des signes de perturbation rencontrés dans l'aire protégée et sa périphérie. Il permettra d'obtenir rapidement un état des lieux du niveau réel de conservation et de le corréler avec l'impact des programmes de développement impliquant les populations riveraines. Simultanément, la rencontre d'une faune sauvage peu farouche sur de vastes étendues ainsi que la localisation précise de toutes les particularités de la forêt, permettront d'envisager une meilleure exploitation du potentiel touristique de la réserve. Le programme est associé à une base de données, dénommée " système d'information sur le fonctionnement et la dynamique de la réserve du Dja ".

Son premier objectif consiste à rassembler les données concernant les signes de non-perturbation (abondance de la faune) ou de perturbation (activités humaines et exploitation forestière) rencontrés dans l'ensemble de la réserve et sa périphérie, en relation avec les activités de développement durable menées par le projet ECOFAC. Les données collectées doivent permettre d'orienter les actions de la composante (sensibilisation, surveillance, etc.).

L'élaboration progressive d'un monitoring régional

Cette base de données doit s'intégrer dans un réseau centralisé auprès de la cellule de coordination à Libreville. Elle réunit les informations lui parvenant des différents sites, notamment à partir des rapports de patrouilles dont l'uniformisation est en cours au niveau de la sous-région, après une formation dispensée au premier trimestre 1999 à Somalomo.

Dans le parc national d'Odzala au nord Congo, une innovation très intéressante a été ajoutée au système. Il s'agit de l'utilisation du cybertracker, développé en Afrique du sud par Louis Liebenberg pour valoriser et pérenniser l'extraordinaire capacité des bushmen du Kalahari. Le cybertracker est en effet une sorte de carnet de note électronique relié à un module GPS. L'innovation réside dans le fait qu'il est conçu pour être utilisé par des personnes ne sachant ni lire ni écrire, les observations étant notées par un choix d'images (ou icônes) présentées sur l'écran du module. Les observations peuvent être extrêmement détaillées permettant, par exemple, de noter l'espèce animale mais aussi le nombre d'individus, leur sexe, plusieurs aspects de leur comportement, le type d'habitat et connectée à un module GPS, chaque observation est géo-référencée. L'intérêt de cet équipement est l'intégration directe des données dans un système d'information géographique (SIG) supprimant ainsi l'étape laborieuse (et source d'erreurs) de transcription de données à l'ordinateur. Enfin ce système permet une visualisation cartographique rapide des données, opération très simple et réalisable par les agents sur le terrain.

La convivialité de ce système solutionne de nombreux problèmes auxquels était confronté le rapport de patrouille et ouvre également de nouvelles perspectives pour la planification et le suivi de l'utilisation des forêts en Afrique centrale.

Le cybertracker a été adapté par Louis Liebenberg au contexte de la forêt dense humide d'Afrique centrale (icônes pour espèces et habitats spécifique à la forêt, etc.) et il sera testé par les équipes de terrain dès juin 1999 à Odzala en vue d'une utilisation éventuelle sur les autres sites ECOFAC.

d'après un article de

J.L. Betti et W. Delvingt

Unité de sylviculture, Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux, 2, Passage des Déportés, B-5030 , Tel/Fax: 081/622298.

Bibliographie

1. Alpert, P. (1993).

Conserving biodiversity in Cameroon. Ambio 12 (1): 44-49

2. Bedel, J., Bousquet, B., Gourlet, S. (1987).

Réserve de biosphère du Dja. Report of the Government of Cameroon and UNESCO/MAB, Ecole nationale du génie rural des eaux et des forêts, Montpellier, France, 96 pp.

3. Gartlan, J.S. and Agland, P.C. (1980).

A proposal for a program of rainforest conservation and national park development in Cameroon ; West central Africa. Report presented to the Gulf Oil Corporation and Société Nationale Elf Aquitaine.

4. Gartlan, S. and Leakey, R. (1988).

Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers en Afrique centrale (doc. de travail) - Dossier d'exécution - annexe 1 - Cameroun.

5. IUCN (1997).

State of conservation of natural World Heritage properties. Report prepared for the World Heritage Bureau, 21st session, UNESCO, Paris, 23-28th June. 7p.

6. Jeanmart, P. (1998).

Tentative d'élaboration d'un plan de gestion de la chasse villageoise dans la réserve de faune du Dja. Rapport Ecofac - Cameroun (Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers en Afrique centrale), AGRECO, Bruxelles, 28p.

7. Mandjo, A. (1996).

La forêt et ses gendres : témoignage d'un habitant de la Réserve de faune du Dja (Est-Cameroun) In Anonyme (1996). Les peuples des forêts tropicales, systèmes traditionnels et développement rural en Afrique équatoriale, grande Amazonie et Asie du Sud-Est. Civilisations, XLIV (1-2) : 104-107

8. MINEF - UICN (1993).

Réserve de Faune du Dja (Région de Lomié) : Conservation et utilisation durable de la diversité biologique - Proposition de projet.

9. MINEF - UNESCO (1998).

Actes du séminaire atelier international de formation des gestionnaires des Réserves de biosphères et des sites du patrimoine mondial, Sangmélima, Cameroun, 23-27 mars, 1998.

10. Vautherin, J-P. (1998).

Compte rendu semestriel d'activités du projet ECOFAC (Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale). 8 p

11. WWF

project 1613. International - Primate Action Fund.