Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

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Les orchidées de São Tomé et Príncipe

(Article paru dans Canopée n° 15 - Octobre 1999)

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Sommaire numéro

 

 

Durant l’été 1997 démarrait une étude sur les orchidées de São Tomé et de Príncipe. Son objectif initial était scientifique. Il s’agissait d’établir la liste exacte des orchidées présentes dans l’archipel et de rassembler un grand nombre d’informations concernant leur écologie, leur distribution et leur fréquence. Il apparut rapidement que cette famille avait été sous-étudiée et qu’elle méritait un examen plus approfondi.

Des prospections riches en découvertes

En 1997, seules une liste des orchidées présentes dans l’archipel et quelques informations sur leur distribution étaient disponibles. La première étape de l’étude consista donc en la récolte de nombreux échantillons et en leur mise en culture à Bom Sucesso, centre de recherche du programme ECOFAC et embryon d’un jardin botanique. Cette manière de procéder était inévitable, la majorité des orchidées ne pouvant être déterminée qu’en présence de leurs fleurs. Une fois récoltées, les orchidées furent cultivées selon leur mode de vie : les orchidées terrestres furent mises en culture dans des pots. Les orchidées épiphytes, récoltées soit sur le sol après les orages, soit directement sur les arbres, le plus souvent à l’aide d’un grimpeur, furent mises en culture sur des planches, des branches d’arbre ou des caissettes en bois. Ces différents supports furent suspendus sous une ombrière ou sous les arbres du centre. De plus, afin d’illustrer leur mode de vie en milieu naturel, de nombreux échantillons furent ancrés directement sur l’écorce de certains arbres.
Ces récoltes permirent d’adapter, au climat particulier de São Tomé, les techniques de récolte et de culture enseignées à Libreville par Monsieur J.P. Biteau. Elles mirent en évidence une connaissance erronée ou incomplète de différents sites de l’archipel, dont l’île de Príncipe constitue le plus bel exemple. Leur étude fut donc privilégiée avec des expéditions plus ciblées dans des endroits toujours plus reculés. L’exploration du sud-ouest de Príncipe eut ainsi pour résultat de découvrir un grand nombre de taxons inconnus sur cette île, ou de redécouvrir certaines orchidées endémiques que l’on croyait disparues. C’est d’ailleurs au cours d’une de ces expéditions que fut aperçu, et photographié pour la première fois, le merle de Príncipe (Turdus olivaceofuscus xanthorhynchus), sous-espèce endémique que l’on croyait disparue.
Au cours de deux années de recherches, nos investigations ont permis de dénombrer 44 orchidées qui n’étaient pas mentionnées dans les travaux botaniques concernant l’archipel. Parmi celles-ci, huit espèces sont nouvelles pour la science. Par ailleurs, 17 taxons déjà signalés sur une des deux îles ont été trouvés sur l’autre. Au total, ces dernières comptent 129 taxons, dont 101 présents à São Tomé et 64 à Príncipe. Les orchidées de l’archipel présentent un taux d’endémisme avoisinant les 18%. Parallèlement à ce travail de récolte et de détermination, une étude de la phénologie des orchidées fut menée. Pendant quatorze mois, la présence d’inflorescences, de fleurs et de fruits fut observée pour l’ensemble des orchidées mises en culture, et ce, chaque semaine.

 

 

La sensibilisation du grand public

L’un des objectifs de la composante ECOFAC à São Tomé est le développement touristique. De nombreux visiteurs empruntent en effet chaque année les différents itinéraires proposés par le projet, plus intéressés par la beauté des paysages et la richesse ornithologique de l’île, que par son patrimoine botanique. Or, les études scientifiques ont montré la richesse de ce patrimoine. En effet, le taux d’endémisme y est très important, et de nombreuses plantes possèdent des qualités esthétiques et pharmaceutiques non négligeables. La pérennité de ce patrimoine passe par une information et sensibilisation du grand public, et les orchidées apparaissent le meilleur groupe d'espèces-phares pour ce faire. Cette famille est en effet, parmi les plantes spontanées de l’archipel, la plus importante tant en nombre d’espèces que par sa fréquence, et jouit d’une réputation de beauté inégalée dans le règne végétal.
Deux actions furent entreprises. Le centre de Bom Sucesso, où l’on avait procédé à des mises en culture pour les besoins de l’étude scientifique, a été développé et aménagé pour présenter des orchidées au public. Au total, 1440 échantillons sont réunis sous deux ombrières, et on peut à ce jour admirer en culture 99 orchidées différentes, dont 24 endémiques à l’archipel. Parallèlement, commença la préparation d‘un guide pour la détermination des orchidées de l’archipel. Rassemblant les nombreuses données scientifiques réunies au cours de l’étude (description, écologie, phénologie, distribution altitudinale et locale), il présente les illustrations de plus de 93 espèces d’orchidées et met en évidence les itinéraires les plus intéressants pour leur observation.

Parmi les différents itinéraires touristiques proposés à São Tomé, la visite de Lagoa Amélia est sans conteste l’excursion la plus prisée. Cette promenade qui débute à Bom Sucesso nécessite généralement une matinée. Elle commence par la traversée de cultures maraîchères. On pénètre ensuite dans les forêts submontagnardes. Ces forêts comptent un grand nombre d’épiphytes, mais leur observation n’est pas aisée car elles résident le plus souvent dans la canopée des grands arbres. Trois orchidées terrestres sont par contre très fréquentes et occupent une part importante des sous-bois de ces forêts ; il s’agit de Orestias stelidostachya, endémique à l’archipel, de Habenaria thomana et de Manniella gustavi. Après une longue montée, laissant la bifurcation vers le Pico de São Tomé sur la gauche, on parvient à un mirador qui offre une superbe vue sur Lagoa Amélia. Ce site constitue un endroit idéal pour observer les orchidées ; son exploration est néanmoins souvent ardue en raison de l’eau stagnante. Les orchidées les plus caractéristiques de ce milieu sont Dinklageela liberica, Diaphananthe brevifolia (endémique à São Tomé) et Solenangis clavata. Ces trois espèces sont très faciles à observer car leurs longues tiges munies de grandes racines aériennes s'échappent distinctement de la strate herbacée. Elles sont par contre difficiles à différencier en raison de leur port végétatif similaire, mais peuvent être observées en fleurs durant le mois d’octobre. On pourra aussi apercevoir, sur les buissons qui recouvrent les tourradons, une orchidée très discrète : Bulbophyllum cochleatum var. tenuicaule. Cette espèce se reconnaît aisément à ses petites tiges enflées et à ses magnifiques inflorescences rouges.


Tariq STEVART

Université libre de Bruxelles
Laboratoire de botanique systématique et de phytosociologie (Prof. J. Lejoly)
CP 169, Av F. Roosevelt 50
B-1050 Bruxelles


 

Pour en savoir plus…

Stevart T. 1998.
Etude sur les orchidées de São Tomé et Príncipe.
Mémoire de licence, Université libre de Bruxelles, Laboratoire de botanique systématique et de phytosociologie,. 117 p. + 191 p. annexes.

Stevart T. 1999.
Rapport de mission sur les orchidées de São Tomé et Príncipe. Projet ECOFAC (Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale), AGRECO-GEIE, Bruxelles, 364 p.