Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Cette Afrique centrale que l'on connait si mal...

Élevage d'aulacodes au Gabon

Eléments de bilan

(Article paru dans Canopée n° 15 - Octobre 1999)


Liens vers autres
articles corrélatifs :

Sommaire numéro

 

Le projet "Développement au Gabon de l'élevage du gibier" (DGEG) est en place depuis janvier 1997. Il a fait suite au PEPG1 initié par la Coopération française en 1994 à Owendo, en périphérie de Libreville. L'ONG "Vétérinaires Sans Frontières" est restée maître d'œuvre du projet financé par l'Union européenne jusque fin 2000.
Le programme comporte plusieurs volets dont la recherche et la mise au point de techniques d'élevage, rentables et adaptées au contexte, sur différentes espèces en vue de leur diffusion vers les populations.

La diffusion de l'élevage du grand aulacode (Thryonomys swinderianus) a été initiée rapidement au Gabon, les études menées en Afrique de l'ouest depuis une vingtaine d’années ayant démontré sa faisabilité technique. Le prix de vente élevé pratiqué dans les grands centres urbains du Gabon assure aux éleveurs avertis la rentabilité nécessaire à la pérennité de cette nouvelle activité.

Toutefois, malgré l'optimisme affiché à la fin du PEPG, de lourdes difficultés subsistent pour la diffusion de l'élevage d'aulacodes au Gabon.

Dans le contexte périurbain de Libreville, le profil prédominant du candidat éleveur se présentant au projet afin de suivre la formation et initier un élevage, est celui du cadre d'entreprise ou du haut fonctionnaire. Nous le caractériserons par le profil "financeur". En effet, ces candidats ne désirent pas effectuer eux-mêmes les travaux d'installation et de fonctionnement de l'élevage. Ils engagent et rémunèrent une personne à cet effet. Tout juste peuvent-ils assurer une surveillance plus ou moins rapprochée.

Le personnel engagé est rarement aussi motivé que le "financeur" et la qualité de l'élevage s'en ressent toujours. Les causes sont diverses : salaires peu élevés ou non versés, mauvaises conditions d'habitation, manque de matériel, fourrage éloigné, etc. Les départs précipités sont fréquents et un élevage non entretenu, même durant quelques jours, subit des pertes inévitables.

Les raisons pour lesquelles ces "financeurs" se lancent dans ce type d'élevage ne sont pas toujours les plus garantes de sa réussite : prestige, politique, assurance-retraite, amour des animaux, etc. Les objectifs d'autoconsommation et de rentabilité ne viennent qu'en dernière position. Dans ces conditions, la rigueur obligatoire et quotidienne dans la gestion de l'élevage fait défaut. Le manque d'expérience et de tradition en matière d'élevage "organisé" pèse lourd et une formation accélérée ne compense pas cet handicap. Cette même contrainte se retrouve chez les autres acteurs de vulgarisation agricole au Gabon.

 

 

Des campagnes de sensibilisation en province, organisées en collaboration avec les services administratifs du ministère de l'agriculture et des eaux et forêts, ont permis de toucher d'autres profils de candidats. Plusieurs élevages ont été créés, dans la Ngounié et le Woleu-Ntem notamment. Il s'agit en majorité d'agriculteurs et de personnes pensionnées. La rentabilité motive plus ces nouveaux éleveurs, même si les aspects de prestige restent très présents. Ces élevages sont trop récents pour déjà être dans une phase de commercialisation. La proximité de grands marchés comme ceux de Mouila et d'Oyem, de même que les hôtels de ces centres urbains, sont des opportunités en termes de débouchés, pour la viabilité de ces élevages en province. Au pire, en cas de problème pour une commercialisation rentable, une transformation par fumage permet l'acheminement jusqu'à Libreville. Le projet mène actuellement des expériences de transformation et de mise au point d'une technique de fumage adaptée à l'aulacode.

Toujours dans l'optique d'impliquer un grand nombre de personnes dans l'élevage d'aulacodes, et de se rapprocher des profils de candidats les plus favorables, le projet a conclu des accords de coopération au Cameroun pour l'installation de centres de multiplication d'aulacodes destinés aux éleveurs, avec l'ONG CERUT2 installée à Limbé, et avec le MINEPIA3 sur le site de l'IRAD4 à Nkolbisson, en périphérie de Yaoundé. Les traditions d'élevage plus ancrées dans certaines régions du Cameroun devraient faciliter l'intégration des activités d'aulacodiculture.

 

 

Les coûts d'installation des structures d'élevage ont été régulièrement jugés trop élevés et dissuasifs. Le projet a mis en place à la station d'Owendo des structures démonstratives réalisées en matériaux locaux : briques de terre stabilisée, bambou et paille de raphia. De cette manière, en réalisant des structures de petites dimensions appelées à évoluer progressivement avec le résultat de l'élevage, l'installation est accessible à une large tranche de la population. Des bâtiments d'une capacité de 60 aulacodes ont été réalisés pour moins de 200.000 FCFA et peuvent être amortis en moins de 25 mois, les douze premiers mois étant une période de démarrage sans commercialisation. Ces frais d'installation peuvent être diminués si l'éleveur réalise lui-même la construction. Un bâtiment parfaitement adapté a été réalisé avec moins de 20.000 FCFA par un éleveur du nord. Les principes d'évolution progressive des structures d'élevage et d'utilisation de matériaux locaux ne sont pas souvent adoptés, et l'éleveur est rarement à même de réaliser des constructions simples. Dans ces conditions, le coût d'installation reste un frein au développement de l'aulacodiculture au Gabon. Pour des candidats sans moyens et présentant un profil favorable, quelques petites aides matérielles au démarrage sont disponibles. Le dossier du candidat doit alors réunir les conditions suivantes : travailler lui-même dans son élevage, être propriétaire du site envisagé, le site doit être surveillé et disposer de fourrage à proximité, et, si possible, avoir d'autres activités agricoles.

Le DGEG fournit le premier groupe de géniteurs (cinq femelles et un mâle) aux nouveaux éleveurs, permettant ainsi la diminution des coûts d'installation et de démarrage constitués essentiellement des enclos d'élevage et d'un stock d'aliments jusqu'aux premières commercialisations.

Le cycle de l’aulacode est long comparé au poids de l'animal. La gestation dure cinq mois, soit plus que le porc domestique, pour un animal adulte de 4 à 5 kilos! En fonction de l'alimentation, la durée d'engraissement varie de 6 à 13 mois. Les coûts de production (main-d'œuvre non comprise) sont de l'ordre de 30 % du prix de vente, laissant une marge bénéficiaire proche de 10.000 FCFA sur un animal de quatre kilos vendu facilement 14.000 FCFA minimum. C'est un bon pourcentage (70%), mais qui, rapporté à l'unité de temps, laisse peu d'argent par mois ! L'emploi d'une main-d'œuvre absorbe l'entièreté de la marge bénéficiaire ; c'est pourquoi l'aulacodiculture doit actuellement être considérée comme une activité complémentaire et familiale, et non de manière semi-industrielle.

En démarrant un élevage avec des femelles déjà gestantes, les premières recettes ne seront réalisées qu'après douze mois minimum. Le projet propose aux nouveaux éleveurs des mâles castrés (car les mâles entiers ne cohabitent pas) pouvant être commercialisés six mois plus tard. De cette manière, les recettes issues de ces ventes soutiennent la motivation de l'éleveur et assurent le financement de l'élevage jusqu'aux prochaines ventes.

Le faible développement de l'agriculture laisse très peu de sous-produits disponibles pour l'élevage. Les élevages sont régulièrement en rupture d'aliments, accroissant ainsi les risques pathologiques, ralentissant les croissances, et allongeant le cycle. Un granulé complet à base des quelques sous-produits disponibles (drèches, son de blé) complétés de céréales importées (maïs du Cameroun) a été mis au point. Une unité de fabrication est en cours d'aménagement. Ainsi, les éleveurs pourront disposer d’un aliment de meilleure qualité, à un coût raisonnable (+/-150 Fcfa/kg), améliorant les croissances et donc la durée du cycle. Des animaux de quatre kilos ont été produits de cette manière en six mois à la station d'Owendo.

 

 

59 élevages auront été installés fin 1999, représentant un cheptel d’environ 1000 aulacodes. 45 resteront en activité, soit un taux d'abandon de 24%. Les causes d'échec sont diverses : déménagement (5), démotivation (7), décès (1), etc. Les plus anciens élevages sont ceux qui présentent le taux d'échec le plus élevé. L'apparente meilleure tenue des nouveaux élevages pourrait être liée aux changements réalisés au niveau des formations, de la sensibilisation et du suivi des élevages. Avec l'expérience de terrain, le discours est plus réaliste et la motivation réelle mise à l'épreuve.

Le manque de données fiables provenant des élevages permet seulement d'établir des paramètres calculés entre deux états des lieux donnés. L'évolution entre ces deux situations ne peut être connue de manière suffisamment précise (taux de mortalité, productivité des femelles, etc.).

La majorité des élevages étant encore jeune, le nombre d'animaux commercialisés est faible (+/-150 bêtes durant le premier semestre 1999). Le taux d'exploitation du cheptel (18% en moyenne) est peu élevé. Le taux d'occupation moyen des infrastructures est de 30%. Le taux de croissance des effectifs dans les élevages de plus de six mois sur le dernier semestre atteint 55%. Le grand nombre d'élevages en première année d'installation n'explique pas entièrement ces faibles taux qui démontrent un manque d’efficacité de l’activité. Le suivi réalisé régulièrement par les techniciens du projet, et les conseils enregistrés sur les fiches de suivi laissées aux éleveurs ne compensent ni le manque d'expérience, ni l'approche peu professionnelle d'un nombre trop grand d'éleveurs.

La faisabilité technique et économique de l'élevage d'aulacodes au Gabon n'est plus à démontrer. L'existence d'élevages de plus de trois ans d'ancienneté réalisés par des éleveurs à faibles ressources est suffisamment éclairante. Ce ne sont pas des philanthropes ! Ce qui reste plus aléatoire est le développement en masse d’un élevage d'aulacodes performant, véritable objectif du programme. En effet, c’est une substitution à la viande braconnée par la viande d'élevage qui est recherchée. Une participation à la baisse de la pression du braconnage ne sera mesurable que si la masse de viande sortant des élevages vers les consommateurs est significative par rapport aux 17.000 tonnes estimées de viande de brousse consommées chaque année au Gabon.


DGEG - Projet "Développement au Gabon de l'élevage du gibier"
Patrick HOUBEN, chef de projet

B.P. 9129 Libreville
Tel/fax : 241 76 04 22
e-mail : vsfgab2@internetgabon.com


 

 

(1) PEPG – Projet d'élevage de petit gibier
(2) CERUT – Centre for the environment and rural transformation
(3) MINEPIA – Ministère camerounais de l'élevage, des pêches et des industries animales
(4) IRAD – Institut de recherche agricole pour le développement

Résultats partiels de la diffusion

1995
1996
1997
1998
1999
Total

.

.

.

.

réalisé
prévu

.

Élevages créés

8
11
6
14
10
10
59

Restant en activité

5
3
3
14
10
10
45