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Cette Afrique centrale que
l'on connait si mal...
Chasse commerciale dans la réserve de
faune à okapis
Guerre à l'est de la République
Démocratique du Congo
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(Article
paru dans Canopée
n° 15
- Octobre 1999)
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Liens vers autres
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Durant les cinq dernières
années, lInstitut congolais pour la
conservation de la nature (ICCN), appuyé par les ONG
de conservation (WCS et GIC), a déployé des
efforts pour la protection de la réserve de faune
à okapis (RFO) au nord-est de la République
démocratique du Congo (RDC).
Ces efforts ont porté sur la surveillance, les
études dinventaires de la faune et de la flore,
ainsi que la sensibilisation des communautés
locales.
Mais aujourdhui, la guerre en RDC,
et l'anarchie qui la suit, a annihilé tous ces
efforts de conservation.
Les résultats des inventaires des grands
mammifères menés de 1993 à 1996 ont
donné une estimation des populations des
espèces indicatrices de la réserve : entre
4500 et 6500 éléphants, une densité de
céphalophes (six espèces) dans les zones non
chassées de forêt mixte de 43 animaux par
km2.
Avant la guerre, la chasse commerciale était
identifiée parmi les menaces pesant sur la
biodiversité de la RFO, le seuil de tolérance
(chasse de subsistance avec filets) ayant été
établi.
Des méthodes de chasse variées
En dehors de la chasse au filet
pratiquée par les pygmées mbuti, des
militaires incontrôlés et des braconniers
professionnels utilisent des armes de guerre performantes et
de chasse (Types SMG, Mi-MAG, FAL, Calibre 12,
).
Cette catégorie de chasseurs vise les
éléphants, les buffles et les singes. Une
partie de la viande est consommée tandis que
lautre est vendue localement ou dans des centres
urbains (Bunia, Beni, Kisangani). Les défenses
déléphants sont
récupérées pour être vendues
principalement à Bunia et Beni, deux villes
frontalières avec lOuganda.
Une autre catégorie de chasseurs
utilise des câbles métalliques ou en nylon. Les
espèces cibles sont les suidés
(potamochères, hylochères), et les grandes
antilopes. Ces pièges sont tendus par centaines dans
les secteurs ouest et sud de la réserve.
Un autre groupe de chasseurs sont les pygmées
associés aux trafiquants en provenance des centres
urbains : Kisangani, Isiro (nord-ouest), Bunia, Beni,
Butembo (sud-est). Des grosses quantités de gibiers
sont échangées contre des produits
manufacturés et alimentaires (sel, savon, habits,
riz, haricots,
).
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Un commerce profitable, périlleux
pour la faune
Après 1996, et la guerre, une
nouvelle administration s'est mise en place, pour être
à nouveau bouleversée en août 1998 avec
le début d'une deuxième rébellion.
Depuis cette date, et jusqu'à ce jour, les parcs
nationaux et les réserves naturelles ne sont plus
protégés. Les patrouilles sont réduites
ou inexistantes, et toutes les aires protégées
connaissent une recrudescence du braconnage. Dans la RFO,
une forte augmentation de la chasse, et en particulier de la
chasse commerciale, est constatée dans plusieurs
zones de la réserve. Une enquête sur le
marché du gibier menée pendant quatre mois
dans deux localités (Epulu et Bandisende) a
montré que 3175 céphalophes, dont 90% de
céphalophes bleus, avaient été vendus
entre mars et juin 1999, pour l'exportation vers les villes
de l'est du pays (Bunia, Beni et Butembo) et pour la
consommation locale. La plupart de ce gibier provient de
chasses aux filets pratiquées par les pygmées
Mbutis, autochtones de la forêt d'Ituri. La superficie
de leur zone de chasse dans le secteur Epulu
-Bandisendé peut être estimé à
3000 km2 , soit un animal prélevé par km2
durant la période de l'étude.
Une pièce de céphalophe
bleu est vendue à Epulu, ou à Bandisende,
léquivalent de 2,5 $ US pour être
revendue entre 7 à 10 $ US à Bunia, Beni,
Butembo. Il y a deux explications à cette situation :
le contexte de guerre a entraîné le
chômage, et la recherche dalternatives pour
obtenir de largent. De plus, la paralysie de
lapplication de la réglementation suite
à la crise socio-politique ouvre la voie à la
croissance du trafic illégal de gibier qui semble
rémunérateur.
Limpact de cette chasse intensive
est visible en comparant les espèces dans les
communautés de céphalophes non chassés
(terrains détude de Lenda et Edoro), et la
composition par espèces de céphalophes sur le
marché à Epulu et Bandisende. Dans les
terrains d'étude non chassés, les
céphalophes de plus grande taille, inclues les quatre
espèces "rouges" (C. nigrifrons, C. leucogaster, C.
callipygus et C. dorsalis) et le céphalophe à
dos jaune (C. sylvicultor) représentent à peu
près 53 % de la population totale, contre 47 % pour
le céphalophe bleu (C. monticola). Celui-ci
s'avère beaucoup plus résistant que les
espèces de grandes tailles aux
prélévements par la chasse intensive. Les
inventaires réalisés dans six campements de
chasse pendant l'étude ont
révélé que les céphalophes de
grande taille ne constituaient que 38% de tous les
céphalophes capturés au filet par les
chasseurs.
Prix de livoire et de la viande de
brousse
Les données intéressantes
sur lutilisation de livoire dans les ateliers
des ivoiriers à Bunia et Beni ont été
récoltées. Cette enquête a montré
que les défenses de 1 à 5 kg sont vendues
entre 2 et 3 $ US/kg ; celles entre 5 et 10kg se vendent
entre 3,5 et 7$ US/kg. Les pointes supérieures
à 10 kg ne sont pas visibles dans les
ateliers.
Les articles fabriqués sont des
boucles doreille, bracelets, colliers dont le prix de
vente varie entre 0,1$ US et 0,33$ US/pièce. La
viande par contre est vendue sur le marché local
(Mambasa) à 2 $ US/kg. Si lon examine le
marché de livoire dans la
périphérie de la RFO où est
notée une recrudescence du braconnage (une quinzaine
déléphants tués
répertoriés autour dEpulu entre
août 1998 et janvier 1999), on peut considérer
que :
- Les pointes supérieures
à 10 kg sont vendues clandestinement pour
lexportation.
- Les braconniers, associés aux
militaires, ne sélectionnent pas les
éléphants gros porteurs, leur
préoccupation étant de se procurer surtout
de la viande.
Le suivi de la chasse durant cette période
dinstabilité en RDC et dans dautres
pays du bassin du Congo est une urgence, surtout pour les
espèces-phares et indicatrices de la
RFO.
Les résultats de cette
étude sur la chasse sont à la disposition de
ladministration pour motiver la prise de mesures
urgentes de protection.
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J.J.
Mapilanga
Conservateur en chef RFO,
Epulu, RDC
Avec la contribution de
J.A. Hart WCS/CEFRECOF
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