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Cette Afrique centrale que
l'on connait si mal...
Éco-certification des bois
tropicaux
Lécologie par
léconomie ?
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(Article
paru dans Canopée
n° 15
- Octobre 1999)
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Liens vers autres
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Léco-certification
découle directement de la notion de
développement durable et repose sur une idée
simple : rassurer le consommateur sur lorigine du bois
quil utilise en lui garantissant quil est issu
dun processus de production et de transformation
durable.
Elle recouvre en fait trois
problèmes différents et, au fond, très
compliqués :
- celui de la gestion durable des
forêts
- celui de la nature des processus
industriels qui, de larbre sur pied, conduiront au
produit bois ; cest que lon appelle
léco-labellisation
- celui enfin de pouvoir à tous
les stades de la transformation sassurer que le
produit traité provient bien dune
forêt gérée durablement et
exploitée de façon respectueuse de
lenvironnement : cest ce que lon
appelle la traçabilité
.
Les dispositifs
déco-certification devront répondre aux
trois critères. Cest ce qui les rend
très complexes.
Léco-certification revient en fait à
concilier économie et écologie. Elle repose
sur une idée inédite puisquon suppose
que le consommateur, par lacte dachat dun
produit éco-certifié, trouverait un moyen de
peser sur lavenir et la gestion des forêts. Pour
ce faire, une procédure de contrôle et de
certification, volontaire et crédible doit être
conçue. Celle-ci se heurte au caractère
intrinsèque du produit et à la multitude des
partenaires et donc des intérêts en
jeu.
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La recherche dun
consensus
Les partenaires, propriétaire
forestier producteur de bois (privé, Etat,
collectivité locale,
) exploitant forestier,
industriel du bois, etc., mais aussi les scientifiques, le
grand public, les écologistes,
, ont des
motivations et des attentes souvent divergentes
vis-à-vis de la gestion dun patrimoine naturel.
Léco-certification conçue comme une
négociation, à travers laquelle
saccomplissent les aspirations majeures des uns et des
autres, a peu de chance daboutir.
Cest probablement par la voie
contractuelle que les détenteurs de la ressource
forestière pourront le mieux répondre aux
attentes dautres acteurs de la société,
tout en retirant un maximum de bénéfices, tant
pour eux-mêmes que pour lensemble de la
filière bois.
Les organisations environnementales
travaillent essentiellement sur le critère relatif
à la gestion durable des forêts, abordant
très peu les deux autres critères
(éco-labellisation et traçabilité)
pourtant indispensables à une approche
complète de la certification.
Deux grandes ONG, WWF et Greenpeace, sont
à lorigine de la création du Forest
Stewardship Council (FSC) chargé de certifier la
gestion durable des forêts.
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Les méthodes
déco-certification
Bien sûr, accords internationaux et
législations nationales régissent la gestion
forestière et la protection de lenvironnement.
Par ailleurs, diverses initiatives non gouvernementales,
(ex. : au Canada, en Nouvelle-Zélande), ont
été prises pour proposer des méthodes
de certification. Mais il existe un consensus
général pour reconnaître quun
cadre institutionnel adéquat est nécessaire
pour la reconnaissance mutuelle et l'harmonisation des
systèmes de certification.
Pour un cadre international, concernant donc les bois
tropicaux, trois options sont actuellement
identifiées :
- le FSC avec ses principes et
critères généraux, et un
système daccréditation
centralisé ;
- lorganisation internationale de
normalisation (ISO en anglais) avec son système
générique de normes de gestion
environnementale à mettre en uvre par les
instituts nationaux ou régionaux de normalisation.
Toutes les normes élaborées par lISO
subissent un processus ouvert et consensuel et sont
volontaires.
- une structure à
définir, dans le cadre dun accord
intergouvernemental sur des critères globaux de
gestion forestière et de procédure de
certification. Dans ce cadre, pour lAfrique,
lOAB, avec la coopération du CIFOR, a
défini et testé un certain nombre de
principes, critères et indicateurs de gestion
durable des forêts en Afrique centrale et de
louest.
Ces principes sont au nombre de cinq
:
- le maintien durable de la forêt
et de ses multiples fonctions
- le maintien de la superficie à
vocation forestière ou du domaine permanent
forestier
- la gestion et
laménagement des forêts, quelles que
soient leurs vocations
- le maintien des principales fonctions
écologiques de la forêt
- la claire définition des
droits et devoirs de chaque partie impliquée,
perçus et acceptés par tous.
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Les enjeux politiques et
économiques
Gestion durable et
éco-certification des bois sont devenues un enjeu
important à la fois sur le plan international (cf les
différents accords internationaux concernant la
gestion des ressources naturelles) et sur le plan de
léconomie forestière
nationale.
Il importe en effet de garder
présent à lesprit les ordres de valeur
des produits concernés par léconomie
forestière mondiale. Il apparaît ainsi que la
valeur annuelle du commerce global des produits forestiers
est denviron 150 milliards de dollars US, soit 18% de
la production estimée des forêts dans le monde.
Ce négoce est largement dominé par les pays
développés et les exportations de bois
tropicaux ne représentent que 15 milliards de dollars
US, soit 11% du commerce total, mais dont une large partie
concerne lAsie du sud-est et le Japon.
Actuellement, le potentiel du
marché du bois reste limité dans lEurope
du nord et aux Etats-Unis. Une étude récente
de la Banque mondiale (Crossley 1995) estimait la part
potentielle des bois certifiés à environ 20%
de la demande totale au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en
Allemagne, en Autriche et en Belgique et à environ 10
% du marché aux Etats-Unis. Dans les autres pays, les
surcoûts liés à la certification
rendaient la demande des consommateurs
quasi-inexistante.
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Le système foncier
Actuellement, le régime foncier en
République Centrafricaine est de type latin : le
propriétaire du sol est soit l'Etat, soit un
particulier, mais il jouit et dispose des choses ; en
particulier, par l'intermédiaire des taxes
d'abattage, l'Etat propriétaire des forêts
naturelles vend le bois sur pied aux exploitants forestiers.
Par contre, la conception du droit foncier qui sous-tend la
notion éco-certification est de type anglo-saxon,
comme le fait apparaître le discours de certains
responsables : la forêt est un bien commun de
l'humanité, ses propriétaires n'en sont que
les détenteurs provisoires et partiels, la
forêt appartenant d'abord à ses usagers.
On voit ainsi apparaître deux notions :
- celle d'un bien commun dont le
propriétaire véritable est l'ensemble de la
collectivité humaine, ce qui implique une gestion
limitée à l'exploitation des
potentialités du site, sans aucune
possibilité de transformation et
d'amélioration, et l'implication de la
collectivité mondiale dans la conservation de ce
bien commun,
- celle des droits de l'utilisateur en
entendant par-là tous ceux qui
bénéficient des services rendus par ce bien
commun : du chasseur pygmée à l'exploitant
forestier, mais aussi au pollueur occidental qui utilise
ses facultés de stockage du carbone et au touriste
qui visite une saline.
Cest par cette définition que certaines ONG
environnementales justifient leur action.
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L'accès aux marchés
d'exportation
Les marchés ne sont pas statiques,
mais en constante évolution. En dehors de la
perspective des consommateurs, la certification doit
également être attentive aux industries qui
voudraient arrêter la vente de tout bois issu de
ressources non gérées durablement.
Nous avons vu que le marché
concerné représente environ 20 % du total du
marché dans l'Europe du nord et que les parts de
marché sont très faibles dans l'Europe latine,
beaucoup moins sensible aux thèses
écologistes. Aux Etats-Unis, le potentiel commercial
semble de l'ordre de 10 % du marché.
Le renchérissement des coûts
de la matière première doit également
être limité pour ne pas provoquer un
déplacement de l'industrie vers d'autres
matériaux (par exemple, l'aluminium pour les
huisseries extérieures en remplacement du
Sipo)
De son coté, le marché
asiatique (Asie du sud-est, Chine) semble pour l'instant
hermétique à la notion
déco-certification. D'autre part, les bois
tropicaux africains de deuxième catégorie
risquent à terme d'être très fortement
concurrencés par l'arrivée massive des bois
résineux issus des plantations chiliennes et
néo-zélandaises. A l'horizon 2010, chacun de
ces massifs devrait mettre annuellement sur le marché
environ 30 millions de m3 , essentiellement en direction de
la consommation asiatique.
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Le coût de la
certification
Les coûts de la gestion durable
peuvent être divisés en deux : les coûts
de mise à niveau de la gestion d'une part, et les
coûts directs aux certificateurs d'autre
part.
Les coûts de mise à niveau
de la gestion concernent en fait l'ensemble des
opérations d'aménagement et la formation du
personnel qui y est liée. Très rapidement, et
c'est tout le pari de l'aménagement forestier, ces
dépenses initiales devraient permettre des
économies importantes en facilitant la gestion
commerciale de l'entreprise, la meilleure planification des
routes et des opérations de débardage, etc.
Ces opérations devraient donc être rentables
directement à l'intérieur de
l'entreprise.
Les coûts directs de la
certification sont estimés à 1,2 $ par m3 pour
la certification d'origine et à 1,5 $ par m3 pour le
contrôle régulier ultérieur (OIBT,
Actualités forestières tropicales 1/97), ce
qui représente tout de même une charge annuelle
de l'ordre de 300 millions de FCFA pour la filière
bois d'oeuvre centrafricaine.
Il convient de s'interroger sur la
rentabilité éventuelle de ces coûts de
certification compte tenu de la faiblesse du marché
potentiel.
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Conclusion
Un pays comme la République
centrafricaine, doté d'une politique
d'aménagement forestier mise effectivement en oeuvre
sur le terrain, a les moyens d'apporter un soutien actif au
processus d'éco-certification qui peut lui donner,
à moyen terme, un avantage comparatif sur ses
concurrents, sur les marchés
européens.
Par contre, il importe de rester
conscient des limites actuelles de la politique
d'éco-certification, en particulier au niveau de la
demande en produits certifiés et sur les impacts
potentiels de ce processus sur les échanges mondiaux
de bois.
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C. Fargeot
conseiller MEEFCP en RCA
A. Penelon Chef de composante ECOFAC RCA
B.P. 183 Bangui
tél : (236) 61 24 74 - fax : (236) 61 24 80
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L'ISO, organisation internationale
de normalisation, est une organisation mondiale
fondée en 1946 pour promouvoir le
développement de normes internationales en
matière de fabrication, de commerce et de
communication. L'ISO est composée d'organismes de
normalisation nationaux provenant de plus de 110 pays, ainsi
que de nombreux organismes internationaux de liaison.
La série de normes ISO 14000 fournit un ensemble
d'outils génériques permettant
d'élaborer, de mettre en uvre, de maintenir et
d'évaluer les politiques, objectifs et cibles
environnementaux. La série comporte des normes
relatives aux systèmes de management environnemental,
à l'audit environnemental, à l'analyse du
cycle de vie des produits, à l'étiquetage
environnemental et à l'évaluation de la
performance environnementale. Elles sont d'application
potentielle pour les organismes forestiers.
Le FSC rassemble un certain nombre
d'organismes en vue, dans un premier temps, de la
création de normes de bonne gestion forestière
et ensuite, de l'accréditation d'organismes
certificateurs tiers "indépendants". On
relèvera la quasi absence des industriels du bois du
FSC, et donc, de la définition des critères,
à l'exception de la firme IKEA, fabricant de meubles
scandinave.
Pour l'instant, le FSC est le seul système de
certification opérationnel pour la gestion
forestière et l'étiquetage des bois.
Cependant, à quelques exceptions près, les
gouvernements ne sont pas enclins à le
reconnaître du fait qu'ils en sont exclus comme
membres.
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