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Cette Afrique centrale que
l'on connait si mal...
EBOLA
Des empreintes du
virus détectées chez des petits
mammifères terrestres
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(Article
paru dans Canopée
n° 15
- Octobre 1999)
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Liens vers autres
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Des résultats
marquant une avancée notable dans la recherche du
réservoir du virus Ebola ont été
présentés lors du colloque
"Veille microbiologique et émergences" tenu les 14 et
15 octobre 1999 à l'Institut Pasteur à
Paris.
Pour la
première fois, des séquences du virus Ebola
ont été détectées chez des
petits mammifères terrestres (six rongeurs et une
musaraigne) grâce au travail réalisé en
République centrafricaine, dans le cadre dune
collaboration entre des équipes dirigées par
Jacques Morvan (Institut Pasteur de Bangui), Marc Colyn
(CNRS, Université de Rennes I), Vincent Deubel et
Pierre Gounon (Institut Pasteur à Paris).
Le cycle biologique du virus Ebola, responsable d'une
fièvre hémorragique qui peut être
mortelle dans près de 90% des cas chez l'homme, est
jusque là resté énigmatique.
Malgré de nombreuses recherches menées depuis
la première épidémie d'Ebola chez
l'homme au Congo-Kinshasa et au Soudan en 1976, aucune trace
de ce filovirus n'a jamais été
détectée chez des animaux sains non primates
vivant autour des foyers épidémiques,
malgré le grand nombre de vertébrés
(chauves-souris, oiseaux, rongeurs) et
d'invertébrés testés. Il en fut conclu
que le virus devait circuler dans des zones plus
retranchées, au cur de la forêt
équatoriale, et probablement chez des animaux rares,
ayant un contact limité avec les populations
humaines, ou arboricoles, vivant sur le "toit de la
forêt", dans la canopée comme les
chauves-souris. La présente étude,
menée en République centrafricaine, est partie
d'une toute autre hypothèse.
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Les travaux de Marc
Colyn, du laboratoire
d'éthologie-évolution-écologie du CNRS,
ont en effet conduit à rechercher le virus Ebola
ailleurs que dans des zones forestières "refuges".
Les résultats de son analyse de la localisation des
épidémies d'Ebola, en relation avec
l'évolution biogéographique de la forêt
équatoriale (cf Canopée n°14) ont
indiqué que le réservoir devait plutôt
se trouver parmi des animaux vivant en
périphérie du bloc forestier, chez des
espèces des zones dites "mosaïques". Ces
espèces se retrouvent actuellement à la
"frontière" entre forêt et savane, dans des
zones autrefois savanicoles et depuis partiellement
recolonisées par la forêt.
Parallèlement,
des études menées à l'Institut Pasteur
de Bangui entre 1994 et 1997 ont prouvé que le virus
circule en République centrafricaine, en mettant en
évidence la présence d'anticorps contre le
virus Ebola chez des populations humaines (Pygmées et
Bantous) vivant dans des zones forestières
situées à quelques kilomètres seulement
de la lisière savanicole.
A l'initiative de
Jacques Morvan, directeur de l'Institut Pasteur de Bangui,
dans le cadre d'une démarche de veille
microbiologique développée par le
réseau international des Instituts Pasteur, et de
Marc Colyn, il a été décidé de
rechercher le virus Ebola chez certaines espèces
animales en République centrafricaine.
Une partie des petits
mammifères capturés pour des études
écologiques, dans des zones mosaïques (en
forêt et bordure de savane) et dans des galeries
forestières isolées, sur trois sites
centrafricains (l'un au nord, en zone savanicole, et les
deux autres au sud) a été testée.
Utilisant toute une gamme de techniques, les équipes
des Instituts Pasteur ont recherché la
présence danticorps dans le sang et du virus
dans différents organes de 242 petits
mammifères (rongeurs, musaraignes et chauves-souris).
Le virus vivant n'a pas été mis en
évidence. Mais grâce à des outils
sophistiqués de biologie moléculaire , des
séquences virales ont pu être
détectées chez sept animaux, qui ne
présentaient pas de signes apparents de maladie au
moment de leur capture au sol : une musaraigne (Sylvisorex
ollula) et six rongeurs de trois espèces
différentes (Mus setulosus, Praomys sp.1 et sp.2),
recueillis sur les différents sites. Ces
séquences sont identiques à celles des souches
de virus Ebola isolées au Congo-Kinshasa et au
Gabon.
Preuve est faite que
différentes espèces de rongeurs et une
espèce de musaraigne ont été en contact
avec le virus Ebola : des espèces terrestres,
abondantes et dont lune est savanicole, à
l'inverse des hypothèses admises jusqu'à
présent sur le réservoir
De plus, les
résultats des chercheurs s'accordent avec l'histoire
de la faune dans cette partie de l'Afrique. Ils montrent en
effet qu'il existe un sous-type de virus Ebola commun
à la République centrafricaine, au
Congo-Kinshasa et au Gabon, et différent du sous-type
isolé en Côte d'Ivoire. Des études
biogéographiques ont conclu que la faune du bassin
congolais était nettement différenciée
de celle des régions d'Afrique de l'ouest.
L'évolution du virus semble ainsi suivre celle de la
faune mammalienne, suggérant une histoire
commune.
Cette étude
multidisciplinaire devrait considérablement orienter
la recherche du réservoir du virus Ebola : elle
apporte notamment une piste pour choisir les sites de veille
sur la faune et propose une nouvelle stratégie de
détection du virus, par des méthodes
moléculaires et ultra-microscopiques. Des veilles
écologique et épidémiologique
(associées à une recherche virologique et
moléculaire du virus Ebola) des peuplements de petits
mammifères sont en cours depuis octobre 1998, sur
lun des trois sites centrafricains
sélectionnés.
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A
la recherche du réservoir d'Ebola : de
l'hypothèse biogéographique à la mise
en place d'un réseau de veille
écologique.
La localisation
géographique des sites épidémiques de
virus Ebola, étudiée au regard des
données sur l'histoire évolutive des faunes et
des modifications paléo-environnementales, autorise
une nouvelle hypothèse pour détecter les
intermédiaires potentiels du cycle du virus Ebola.
L'analyse biogéographique des sites Ebola
identifiés depuis 1976 montre que ces
localités sont situées en
périphérie, voire en dehors du milieu
forestier primaire. Ainsi les sites de N'Zara et Marindi
(Soudan) sont localisés en dehors du bloc forestier
de la grande forêt guinéo-congolaise; celui de
Kikwit (Congo-Kinshasa) en galerie forestière ; ceux
de Taï (Côte d'Ivoire), Tandala et Yambuku
(Congo-Kinshasa) en périphérie
immédiate de la mosaïque forêt-savane ou
forêt-plantations. Enfin, les trois sites gabonais
sont en milieu forestier mais à proximité de
savanes anciennes témoignant d'une recolonisation
forestière récente (corridor savanicole
Pléistocène). D'un point de vue
zoogéographie, les sites Ebola ne sont pas
véritablement localisés au sein des "refuges
forestiers" pléistocènes et ne chevauchent
donc pas les grands centres d'endémisme reconnus pour
les mammifères actuels.
Micro-mammifères
et veille écologique
Dès
l'apparition des premiers foyers épidémiques,
les micro-mammifères ont été
suspectés de jouer un rôle dans le cycle du
virus Ebola. Principalement composés des rongeurs, de
musaraignes et de chauves-souris, les
micro-mammifères forestiers tropicaux africains
constituent près de 70% des mammifères.
Avec le principal concours de deux programmes
financés par l'Union européenne (ECOFAC &
BIOFAC), depuis 1993, nous avons constitué une banque
de données fauniques basée sur une
méthodologie et des protocoles standardisés
dans cinq pays d'Afrique tropicale. L'étude des
communautés micro-mammifères est
complétée par la mise en place d'un suivi
à long terme des peuplements de rongeurs et
musaraignes sur un site Ebola. Assortie d'une approche
épidémiologique, elle vise à
prévenir, en termes de santé publique, les
risques épidémiologiques en tentant
d'établir des corrélations entre
l'émergence ou la détection de virus, et
certaines caractéristiques écologiques des
peuplements micro-mammifères.
Le suivi
écologique, à plus ou moins long terme, permet
d'analyser les variations temporelles de composition et de
structure de certains peuplements.
Le suivi
épidémiologique, permet la détection du
virus dans le sang et les organes de tout ou partie des
animaux échantillonnés.
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Source
"Identification of
Ebola virus sequences present as RNA or DNA in organs of
terrestrial small mammals in Central African Republic" :
Microbes and Infection, novembre 1999.
Jacques
M. Morvan, Emmanuel Nakoune, Benjamin
Selekon
Laboratoire des arbovirus et virus des fièvres
hémorragiques, Institut Pasteur de Bangui,
République centrafricaine;
Vincent
Deubel,, Daniel Coudrier; Séverine
Merri
Centre national de référence pour les
arbovirus et fièvres hémorragiques virales,
Unité des arbovirus et virus des fièvres
hémorragiques, Institut Pasteur, Paris
Pierre
Gounon
Station
centrale de microscopie électronique, Institut
Pasteur, Paris, France;
Annie
Gautier-Hion, Marc Colyn, Patrick Barrière, Olivier
Perpète
Laboratoire
d'éthologie-évolution-écologie, UMR
6552, CNRS, Université de Rennes 1,
France.
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Contacts
Jacques Morvan,
Centre collaborateur OMS pour les arbovirus et les virus des
fièvres hémorragiques, Laboratoire des
arbovirus et virus des fièvres hémorragiques,
Institut Pasteur de Bangui, République
Centrafricaine.
Vincent
Deubel,
Centre national de référence pour les
arbovirus et fièvres hémorragiques virales,
Unité des arbovirus et virus des fièvres
hémorragiques, Institut Pasteur, Paris.
Marc
Colyn,
Laboratoire
d'éthologie-évolution-écologie, UMR
6552, CNRS, Université de Rennes I, Station
biologique, Paimpont, France.
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