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Lors denquêtes fauniques
réalisées dans les villages à
proximité dOdzala en 1996, un chasseur de
Lengui-Lengui mapporta deux objets insolites
dorigine animale. Tous deux, doux au toucher et
légers, avaient des formes inattendues. Le premier,
curieusement, ressemblait à un diabolo (longueur = 8
cm ; largeur = 8 cm ; 103 grammes) ; le second, à un
uf (longueur = 7 cm ; largeur = 5 cm ; 31 gr). Sans
aucun doute, il sagissait dégagropiles,
cest-à-dire de masses arrondies
constituées de poils danimaux ou de fibres
végétales enchevêtrées, et qui
demeurent non digérées dans lestomac de
certains animaux. Avec le temps, ils deviennent lisses et
durs comme des pierres. La forme particulière des
deux bézoards observés, notamment la dimension
de luf en relation avec la gorge imprimée
sur la partie centrale du diabolo, est liée à
leur roulement dans lestomac suite au transit et
à la digestion du bol alimentaire. Aux dires du
chasseur, ces deux objets provenaient dun
potamochère tué dans la région deux
années auparavant.
La présence plus ou moins commune
de ces concrétions chez la chèvre sauvage
(à longs poils) est à lorigine des noms
grec/latin et vernaculaire. En Eurasie, leur connaissance
est très ancienne et la crédulité leur
attribuait des vertus extraordinaires. Au siècle
dernier, il était commun de distinguer les
bézoards orientaux provenant de la chèvre
sauvage, des bézoards occidentaux produits par des
animaux dorigine américaine et dont on
prétendait que les propriétés
étaient inférieures. En fait, ces
concrétions ne sont pas rares chez la chèvre
sauvage Capra hircus Linnaeus, 1758 (synonyme = aegagrus) au
point que cette espèce est actuellement encore
communément appelée la chèvre à
bézoard (Grzimek et Fontaine, 1972). Son aire de
distribution géographique, qui sétendait
des montagnes dAsie mineure aux îles grecques,
est maintenant très limitée et
lespèce est localement menacée. En
dépit de cette situation, elle est à ce jour
encore chassée pour la recherche des fameux "cailloux
stomacaux", la croyance populaire les considérant
toujours comme un remède magique qui combat toutes
les maladies. Cest à cause de pareilles
superstitions que de nombreuses espèces, telles que
les deux rhinocéros africains, sont en partie
décimées, au point dêtre en danger
dextinction.
Daprès la
littérature, la formation des bézoards est
principalement liée à labsorption de
poils par léchage (trichobézoard). Des
observations récentes montrent leur présence
chez la chèvre, le mouton, le porc, le cheval, le
chameau ... Dans certains cas, ils peuvent provoquer la mort
suite au développement dulcères ou par
obstruction intestinale. Les trichobézoards sont bien
connus chez lanimal domestique et il nest pas
rare den trouver dans les abattoirs. Kalejaiye et al.
(1992) mentionnent deux bézoards trouvés dans
lestomac de porcs abattus au Nigeria dont les
dimensions atteignent 13 x 22 cm et 10 x 20 cm (poids : 1300
et 1500 gr).
Des fibres végétales peuvent aussi être
à lorigine des bézoards
(phytobézoards). Ces concrétions semblent
moins communes et sont peu citées dans la
littérature. Ceci est probablement dû au fait
que les animaux sauvages sont moins consommés que
ceux délevage, mais aussi quils
présentent moins de pathologies liées au
comportement alimentaire et à la captivité
(léchage excessif, comportements
répétitifs pathologiques...). Malbrant et
Maclatchy (1949) mentionnent plusieurs observations dans des
estomacs de potamochères provenant dAfrique
centrale. Daprès ces auteurs, "la consommation
de drupes du palmier Elaeis par ce suidé serait la
cause de la formation de ces corps étrangers
composés de fibres de noix".
Aucun poil nest visible en surface
ou sur les prélèvements réalisés
sur lun de nos spécimens. Les analyses en cours
au laboratoire de botanique de luniversité de
Rennes I permettront probablement de confirmer la
présence de fibres végétales et, dans
la mesure du possible, lidentification des plantes ou
arbres responsables de ces concrétions.
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