(Article paru dans Canopée
n° 16 - Février
2000) Liens vers autres Lîle de Príncipe
est située à 150 km au nord de São Tomé. De
taille réduite, elle présente deux visages contrastés
: le nord, facile daccès, est relativement plat et fortement
cultivé, tandis que le sud, au relief accidenté et couvert
dune forêt dense, est assez impénétrable. Bien quentourée de superbes
plages, le véritable attrait de lîle, à ce jour
méconnu, est constitué par sa forêt dense. Celle-ci
abrite de magnifiques paysages, une végétation qui semble
avoir échappé à la prédation humaine, et un
nombre important doiseaux peu farouches, dont un grand nombre sont
endémiques. La végétation de Príncipe
na, jusquà présent, fait lobjet daucune
étude synthétique. Les travaux les plus remarquables
nous proviennent de A.W. Exell (Exell, 1944) et de T. Monod (Monod, 1958).
Ces deux auteurs nayant passé que très peu de temps
sur lîle, leurs investigations sont incomplètes. Cest dans ce contexte que la
composante du programme ECOFAC de São Tomé a décidé
de relancer létude scientifique de Príncipe. Notre mission, dune durée
dune semaine, qui fait suite à trois voyages effectués
ces deux dernières années par T. Stévart, nous a
permis de progresser dans la connaissance de la biodiversité de
Príncipe. En novembre 1998, nous avions essayé
datteindre le sommet de lîle, le Pico de Príncipe.
Mais notre tentative sest soldée par un échec partiel
résultant du mauvais temps. Elle a néanmoins mis en évidence
la présence, à partir de 200 m daltitude, dune
forêt, probablement primaire, dune richesse spécifique
remarquable. Le Pico de Príncipe a vraisemblablement
été exploré en différentes occasions, mais
nous navons trouvé que deux témoignages incontestables
de son ascension. La première, en 1929, a consisté à
mettre en place une borne à son sommet. Litinéraire de lexpédition
débute à la roça de San Joaquim et traverse ensuite
des plantations le plus souvent abandonnées. Il se poursuit parallèlement
à la mer, avant de bifurquer, aux environs du Pico João
Dias Pai, vers le centre de lîle. A cet endroit se trouve une rivière,
le Rio da Lapa ou lAgua Agrião, que lon doit traverser.
Cest aux environs de 200 m daltitude que commence la forêt
dense primaire ou faiblement secondarisée. Il faut ensuite longer
une longue crête couverte dune végétation qui
progressivement séclaircit. Vers 650 m, la végétation
est dominée par un Pandanus (Pandanaceae) qui reste à ce
jour indéterminé. On jouit alors dune vue magnifique.
Si les conditions climatiques le permettent, le Pico de Príncipe
et quelques cascades qui sélancent sur son flanc peuvent
être observées. Le chemin bifurque ensuite vers un
plateau légèrement vallonné sétalant
entre 600 et 700 m. Il abrite une forêt dense et haute. Le diamètre
des arbres qui sy trouvent suggère quils nont
pas été coupés au début de ce siècle
lors de la campagne déradication de la mouche tsé-tsé.
De plus, labsence de plantes
accompagnatrices de lhomme indique que cette partie de lîle
na jamais été cultivée. Cette conviction est
renforcée par le manque daccessibilité du site. Lae martin-chasseur
à poitrine bleue (Halcyon malimbicus dryas) est endémique
à Principe. Il ne pêche
pas et se nourrit de vers, d'escargots ou d'autres oiseaux Le sommet peut être décrit
comme un petit monticule allongé selon un axe est-ouest, bordé
sur ses trois flancs de précipices. Il est indiqué par une
borne en béton dans laquelle est insérée une grande
barre métallique. La végétation du sommet est entièrement
recouverte dépiphytes, en majorité des mousses dans
lesquelles se noient un grand nombre dorchidées et une espèce
de Lentibulariaceae jaune, Utricularia mannii. Les inventaires botaniques effectués
ces dernières années (hors orchidées) sont en cours
danalyse, mais une première approximation porte le nombre
de nouvelles signalisations par rapport aux travaux dExell (1973)
à 29. Parmi celles-ci, 12 ont été récoltées
en herbier (annexe 2) et 17 nous proviennent des observations de F. de
Oliveira (annexe 3). Ce nombre ne tient compte ni des 7 échantillons
actuellement indéterminés, ni des herbiers récoltés
lors des précédentes missions. Príncipe abrite 12 espèces
doiseaux endémiques aux îles du Golfe de Guinée,
dont 7 ayant une aire de distribution limitée à Príncipe
même. A celles-ci il faut rajouter 7 sous-espèces endémiques
doiseaux du continent africain. Comparant la taille de lîle
et le taux dendémisme qui y prévaut, on peut souligner
quil y a eu peu de recherches sur le statut, la distribution et
lécologie de lavifaune de Príncipe. Le guide des oiseaux de São
Tomé et Príncipe (Christy, P. and Clarke, W., 1998, ECOFAC)
est un excellent résumé des connaissances actuelles des
oiseaux de Príncipe. Le statut et la distribution des oiseaux dans
les terres de basse altitude de lîle sont maintenant assez
bien documentés, bien que lon connaisse peu leur écologie.
Par contre on connaît beaucoup moins les oiseaux de la zone montagnarde,
peu de collecteurs ou dornithologues ont visité les montagnes
de Príncipe au vingtième siècle et de ceux qui ont
pénétré la forêt primaire, comme B. Alexander
en 1909 et J.G. Correia en 1928, aucun na fait de recherches sur
le Pico de Príncipe. Jusquà notre expédition,
les questions suivantes étaient non résolues: quels sont
les oiseaux qui occupent la forêt de montagne, quelle est leur abondance
et à quelle altitude sarrête leur habitat ? En annexe 1 est dressé un
index dabondance des oiseaux endémiques avec une estimation
de lélévation maximale qui les caractérise
(présentation du tableau suivant Peet et Atkinson, 1994). Comme
notre expédition sest déroulée à la
saison des pluies, les altitudes maximales sont peut-être uniquement
valables pour cette période de lannée. Une seule espèce de la forêt
de montagne que lon considère non endémique était
signalée antérieurement, et a éte retrouvée,
il sagit du perroquet Jaco. Elle nest pas reprise dans lindex.
Il y a cinq espèces/sous-espèces
dun intérêt particulier pour lesquelles cette expédition
a clarifié le statut : Nous avons aussi pu récolter
quelques spécimens de grenouilles, dinsectes ainsi quun
crabe. Ces spécimens sont actuellement en cours de détermination
et de description, mais il est dès à présent clair
que plusieurs nouvelles espèces dinsectes seront décrites Le
merle de Principe (Turdus olivaceofuscus xanthorhynchus) n'avait
été vu que cinq fois depuis sa découverte en 1901. Lune des curiosités
de lascension a été de découvrir que laltitude
du Pico de Príncipe pourrait être moins élevée
que les 948 m couramment admis. Le Pico Mencorne, situé un peu
plus à lest, pourrait dès lors, être le point
culminant de lîle. Il est fort probable que laffinité
de ces deux îles est plus grande que ce quExell a écrit.
Une étude botanique plus approfondie apporterait peut-être
réponse à certaines de ces questions. Jonathan
Baillie, 

Cette Afrique centrale que
l'on connait si mal...
Exploration du Pico de Príncipe
articles corrélatifs :
La seconde a été réalisée par T. Monod le
30 août 1956, qui na malheureusement pas pu faire des inventaires
botaniques sérieux en raison des conditions climatiques difficiles.
Cet endroit est idéal pour établir un campement de base
: les nombreuses rivières qui le sillonnent fournissent de leau
en abondance, le relief, peu accidenté, permet détendre
les tentes et la proximité du Pico en fait un avant-centre idéal.
Le chemin quitte ensuite ce plateau pour emprunter une série de
crêtes qui mènent au sommet de lîle. Les pentes
sont de plus en plus escarpées et la végétation séclaircit.
Le nombre dépiphytes augmente progressivement, au point de
rappeler les forêts de haute altitude de São Tomé.
Les nouvelles signalisations dOrchidaceae pour lîle
de Príncipe, découvertes lors des missions précédentes
sont en cours de publication. Lascension du Pico a néanmoins
permis de découvrir trois espèces dorchidées
inconnues dans lîle.
Au cours des deux dernières années, 49 espèces dorchidées,
non signalées dans les travaux de A.W. Exell (1973), auront été
récoltées sur lîle. Celles-ci contiennent deux
nouveaux taxons pour la science.
espèce (et non une sous-espèce) différente de celle
de São Tomé. Plus petit, le bec et les pattes plus jaunes,
le chant et le comportement différents, il occupe un habitat
beaucoup plus réduit que la sous-espèce de São
Tomé.
Cette mission pose de nouvelles questions quune étude approfondie
de lîle devrait élucider :
Cela parait probable, laltitude étant en elle-même
dépourvue de sens; elle influence la pluviosité et la
température, mais des microclimats peuvent se rencontrer et créer
des endroits particulièrement intéressants à étudier.
Répondre à cette question est difficile, car lîle
de Príncipe abrite en basse altitude un grand nombre de pics
inaccessibles qui ont dû servir de refuge à la végétation
lors des périodes de dégradation liées à
une activité humaine intense. Les forêts qui nous semblent
être primaires aujourdhui pourraient dès lors être
de vieilles forêts secondaires,
possédant une flore proche de la forêt primaire.
De même, peut-on considérer la forêt de basse altitude
de Príncipe comme une relique des forêts, actuellement disparues,
qui peuplaient São Tomé à basse altitude ?
Institute of Zoology,
Zoological society of London J.baillie@ic.ac.uk
Gilles Joffroy et Tariq
Stevart,
Laboratoire de botanique systématique
et de phytosociologie,
Université libre de Bruxelles
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Le site internet www.ggcg.st contient le journal de lexpédition ainsi quune partie des photos prises par les auteurs Bibliographie Christy, P. and Clarke,W., 1998: guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe - ECOFAC Exell, A. W., 1973 : angiosperms of the islands of the gulf of Guinea (Fernando Po, Príncipe, São Tomé and Annobon). Bull. Brit. Mus. (Natural history), London Bot. 4(8) : 327-411 Peet, N.B., Atkinson, P., 1994 : the biodiversity and conservation of the birds of São Tomé and Príncipe. Biodiversity conservation 3, 851-867 Stevart, T., Geerinck, D. & Lejoly, J. (in press) : listes des Orchidaceae de São Tomé et Príncipe. Acta bot. Gallica
ANNEXE 1: Abondance et altitude maximale des oiseaux endémiques de forêt de montagne
ANNEXE 2: Nouvelles signalisations pour Principe par rapport aux travaux d'Exell (1973) sur base d'herbiers récoltés
ANNEXE
3: Nouvelles signalisations sans herbiers (d'après F. de Oliveira)
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| Famille | Espèce |
| Acanthaceae | Acanthus montanus |
| Araliaceae | Schefflera mannii |
| Caesalpiniaceae | Cynometra mannii |
| Clusiaceae | Symphonia globulifera |
| Euphorbiaceae | Pseudagrostistachys africana |
| Euphorbiaceae | Uapaca guineensis |
| Euphorbiaceae | Euphorbia tirucalli |
| Mimosaceae | Mimosa pudica v. hispida |
| Moraceae | Ficus pumila |
| Myristicaceae | Pycnanthus angolensis |
| Myrtaceae | Syzygium guineense |
| Rubiaceae | Diodia scandens |
| Rubiaceae | Ixora coccinea |
| Rubiaceae | Psychotria peduncularis |
| Sapotaceae | Manilkara multinervis |
| Urticaceae | Phenax sonneratii |
| Urticaceae |
Urera trinervis |