Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Quand les frontières reculent

L’industrialisation de la filière bois au Cameroun

(Article paru dans Canopée n° 16 - Février 2000)

La loi n° 94-01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche prévoyait dans son article 71(1) l’arrêt des exportations de grumes au bout de cinq ans, l’objectif étant de favoriser le développement économique du Cameroun en créant de la valeur ajoutée par la transformation locale d’une matière première.

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A la demande du ministère camerounais de l’environnement et des forêts (MINEF), le secrétariat d’Etat à la francophonie et à la coopération a financé une étude sur l’industrialisation de la filière bois au Cameroun entre 1994 et 1998. Cette étude a été réalisée par le CERNA, le centre d’économie industrielle de l’Ecole des mines de Paris, et a été présentée aux administrations, aux bailleurs de fonds et aux opérateurs économiques le 11 juin 1999.

L’étude, prévue par l’article 71(4) de la loi n° 94-01 du 20 janvier 1994, avait pour ambition de dresser un état des lieux précis de l’ensemble des usines camerounaises de première transformation du bois et de leur évolution depuis cinq ans.

Ainsi, une enquête exhaustive a porté sur les 87 usines recensées au Cameroun, complétée par des entretiens avec les directions générales des entreprises au Cameroun et, le cas échéant, des sociétés mères en Europe. Une fiche monographique pour chaque usine en état de fonctionner a été réalisée. Elle donne les principales caractéristiques technico-économiques de l’usine.

Une note de synthèse résumant l’étude est disponible sur le site web du CERNA (http://www.ensmp.fr/Fr/CERNA/CERNA/). En voici les principaux résultats.

 

 

L'augmentation des capacités de transformation depuis 1993-94

En cinq ans, 28 nouvelles usines ont été construites pour une capacité de transformation de 1,15 million de m3 et un investissement de 34 milliards de FCFA.
En outre, 9 des 38 usines existantes en 1993-94 ont fait l’objet de rachats avec modernisation (augmentation de capacité de 320 000 m3 ) pour un montant total, investissement compris, de 5 milliards de FCFA.

Ainsi, en cinq ans, la capacité de transformation a plus que doublé, passant de 1,20 à 2,67 millions de m3, et dépasse désormais celle de la Côte d’Ivoire.

Les investisseurs

L’investissement dans la construction de nouvelles usines ou le rachat d’usines existantes a principalement été le fait de trois catégories d’investisseurs :

  • dix exploitants forestiers qui n’avaient pas d’usines en 1994 ;
  • neuf exploitants forestiers qui transformaient déjà avant 1994 ;
  • neuf transformateurs étrangers qui n’étaient pas présents au Cameroun avant 1994.

Mais on constate aussi l’arrivée parmi les nouveaux investisseurs de six hommes d’affaires camerounais (dont le métier d’origine n’est pas l’exploitation forestière) : ce point mérite d’être souligné car l’un des objectifs de la politique forestière du Cameroun est justement de favoriser la promotion des entrepreneurs nationaux (PME).

Le type des usines construites

L’étude a mis en évidence les caractéristiques suivantes :
  • une montée en puissance des usines en points francs industriels, qui représentent désormais un tiers de la capacité de transformation;
  • un déplacement des usines de la forêt vers le milieu urbain (raccordement au réseau électrique et accès au port de Douala par la route goudronnée) : on ne construit plus d’usines en brousse;
  • une augmentation de la part des grumes achetées sur le marché local, en complément des grumes provenant du permis appartenant à l’usine.

 

 

Les raisons de l’accélération de l’investissement

L’arrivée de 25 nouveaux investisseurs dont 19 étaient directement menacés par un éventuel arrêt des exportations de grumes indique que la perspective d’un arrêt des exportations de grumes a certainement, parmi d’autres facteurs, joué un rôle important dans l’accélération de l’investissement observé au cours de la période 1994-98.

Cela dit, cette perspective n’a pas renversé la tendance à construire des usines sommaires : des scieries simples, sans séchoir ni atelier de menuiserie industrielle, insuffisantes pour valoriser correctement les grumes camerounaises de bonne qualité, celles précisément qui sont disponibles après un arrêt des exportations de grumes.

Perspectives à moyen terme

Si la tendance à l’accélération de l’investissement se poursuivait, le principal problème consisterait à réguler et à orienter le développement de l'industrie de transformation au Cameroun de manière à ce qu’il soit compatible avec la gestion durable et l’aménagement des forêts. Il faut en effet éviter qu’une surcapacité industrielle entraîne une surexploitation de la forêt et épuise ainsi une matière première renouvelable.

De même, si la tendance à construire des usines sommaires se poursuivait, il pourrait se poser aussi un sérieux problème d’adéquation entre la qualité de la matière première disponible sur le marché intérieur camerounais et la qualité de la transformation locale, avec comme conséquence une mauvaise valorisation industrielle de la forêt camerounaise.

L'étude recommande donc de mettre en place un observatoire industriel pour suivre attentivement ces deux questions et de prendre rapidement des mesures de politique industrielle. L'Agence française de développement (AFD) a d'ores et déjà marqué son accord de principe pour aider le gouvernement camerounais à bâtir un " plan d’industrialisation " de sa filière bois.


Alain Chaudron
alain.chaudron@camnet.cm

 


L'Agence française de développement (AFD) a d'ores et déjà marqué son accord de principe pour aider le gouvernement camerounais à bâtir un " plan d’industrialisation " de sa filière bois.


Alain Chaudron
alain.chaudron@camnet.cm