Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

Gros plan sur les éléphants d'Afrique Centrale

EDITO

(Article paru dans Canopée n° 17 - Juin 2000)

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Nous avons choisi, dans ce numéro, de mettre l'accent sur le braconnage des éléphants qui, comme le décrivent plusieurs articles de cette édition, constitue une réalité dont les proportions deviennent inquiétantes.

Les représentants des Etats membres, lors de la dernière réunion de la CITES en avril à Nairobi, ont constaté que la prolifération des armes de guerre dans ou en périphérie de zones de conflits, et la toujours croissante demande de gibier par les centres urbains, sont autant de causes à ce fléau qu'a pu l'être l'autorisation du commerce de l'ivoire prise en 1997.

La recherche de l'ivoire en Afrique, ou tout au moins celle réalisée dans les quantités que l'on devine, ne répond pas à des besoins culturels, mais plutôt économiques, pour le plus grand bénéfice non pas des chasseurs, mais des revendeurs ou exportateurs. On ne pourra pas occulter la vérité trop longtemps et il faudra bien finir par admettre que le véritable mal à combattre, celui qui fait que toute coercition et toute sensibilisation restent sans effet, est l'absence de développement de zones trop souvent livrées à elles-mêmes, et dont quelques individus, encadrés par des commanditaires, recherchent dans les trophées d'éléphants un gain rapide.

Conserver des ressources naturelles est-il possible sans la prise en compte de certains besoins élémentaires relevant de la puissance publique ?

Bien sûr, les projets de conservation doivent générer des retombées en faveur des populations locales mais ces retombées peuvent-elles suffire au regard des besoins exprimés par les populations et qui concernent le désenclavement, la santé, l'éducation ? Face à ces revendications on ne peut plus légitimes, va-t-on encore longtemps afficher le cynisme de penser que les retombées générées par un peu d'apiculture, d'élevage de gibier, ou de revente de produits forestiers autres que le gibier peuvent suffire ?

Ce sont de véritables politiques de développement qui permettront, peut-être, de sauver les éléphants d'Afrique, et elles nécessitent des moyens autres que ceux confiés à des projets de conservation.

Les articles consacrés au suivi des éléphants de forêt, montrent la difficulté, même avec un recours à la technologie, de mieux connaître l'écologie et l'éthologie de ces animaux. C'est pourtant vers la mise en place d'un suivi écologique, qui relève, à l'inverse du développement économique, de la compétence des projets de conservation, qu'il importe d'évoluer pour la mise en œuvre de stratégies de conservation de cette espèce.