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Gros plan sur les éléphants d'Afrique Centrale
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Liens vers autres
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Le programme de développement de la région nord (PDRN), financé par l'Union européenne, a démarré ses activités en 1988 en République Centrafricaine. La zone d'intervention du PDRN couvre une superficie d'environ 70.000 km2, intégrant les parcs nationaux de Bamingui-Bangoran et de Manovo-Gounda-Saint Floris ainsi que la zone-pilote de Sangba. Cette région, au carrefour d'influences diverses, se caractérise par une importante diversité biologique et par des populations de grands mammifères remarquables tels l'éland de Derby, le bongo, le grand koudou, la girafe, l'hylochère, l'hippopotame, sans parler du lion ou de l'éléphant. Parmi les quelque 500 espèces d'oiseaux recensées, on trouve aussi l'autruche et la grande outarde arabe. Depuis toujours, cette région est zone de chasse, tant pour la consommation locale, que pour le commerce de gibier, ou pour les trophées. Plus personne ne conteste que l'intervention du programme PDRN a permis de sauver cette grande faune d'une destruction certaine tant le braconnage commercial était important à la fin des années 80. On estime en effet qu'au moins 250.000 éléphants ont été tués dans le nord de la RCA entre 1975 et 1986. Lors du premier recensement aérien effectué par le programme en 1989, on comptait quatre carcasses d'éléphant pour un éléphant vivant ! Lors de son démarrage en 1988, le PDRN a trouvé une population d'éléphants totalement déséquilibrée, composée presque exclusivement d'immatures et de quelques femelles adultes sans pointe d'ivoire. Les déplacements et habitudes alimentaires des éléphants étaient alors essentiellement nocturnes. Ce déséquilibre s'est répercuté sur le comportement des individus qui ne bénéficiaient plus de l'apprentissage délivré par les matriarches au sein de grands troupeaux. Réorientant sa politique de conservation vers des actions de cogestion de la faune dans les zones périphériques, dans une perspective de développement de tourisme cynégétique en collaboration avec les populations et les sociétés de chasse, le PDRN a réussi à diminuer le braconnage local, notamment dans les zones périphériques aux parcs nationaux. Progressivement, la structure de population des éléphants a commencé à se recomposer; leur mode de vie et organisation sociale aussi. On ré-observe, de jour, des troupeaux d'éléphants fréquentant les salines. Mais le principal problème contre lequel bute le programme de conservation reste la lutte contre ce qu'il dénomme le braconnage étranger, venu des Soudan et Tchad voisins, et qui, depuis 1988, a coûté la vie à 17 surveillants pisteurs. La réunion CITES de 1997 à Harare dont une des décisions a été la réouverture du commerce de l'ivoire en faveur de trois pays d'Afrique australe, la détérioration de la situation sociale, politique et économique au Soudan, et la rébellion au Tchad sont à l'origine de la recrudescence du braconnage principalement pratiqué par les Soudanais et les Tchadiens dans le nord de la Centrafrique. Les équipes de patrouille du PDRN ont dû faire face, au cours des derniers mois, à plusieurs bandes de braconniers équipées de fusils d'assaut, de mitrailleuses légères, etc. La lutte anti-braconnage s'apparente en effet dans cette partie de l'Afrique à de véritables actes de guerre tant les moyens mis en oeuvre par les déliquants sont disproportionnés. Ces bandes très mobiles, constituées de 30 à 40 personnes, se déplacent à dos de chameaux, d'ânes ou de chevaux. Dans une caravane, on peut compter jusqu'à 40 chameaux et ânes. Depuis octobre 1999, les actions menées ont permis l'arrestation de 28 braconniers d'origine soudanaise, la saisie d'armes de guerre et de chasse, la saisie de pointes d'ivoire et d'importantes quantités de viande boucanée, et de miel. On distingue trois principales catégories de braconniers :
Au cours de la saison sèche qui vient de s'écouler, on estime entre 250 et 300 le nombre d'éléphants tués. Cette recrudescence est inquiétante et pourrait, si elle n'est pas rapidement enrayée, réduire à néant tous les efforts fournis depuis plus de dix ans et affecter la structure de la population d'éléphants en recomposition après le braconnage intensif des années 1980. Ainsi, au cours d'une opération d'anti-braconnage menée dernièrement, le PDRN a saisi à des braconniers soudanais 138 pointes d'ivoire dont 54 appartenant à des éléphants mâles et 84 à des éléphants femelles. Une analyse du poids des pointes confisquées donne, toutes classes d'âge confondues, un poids moyen par pointe de 2,72 kg L'analyse des classes d'âge montre que : la population d'éléphants de la région nord de la RCA est très jeune, et les animaux de plus de 20 ans très rares; les mâles reproducteurs avec des pointes de plus de 15 kg, restent rarissimes. ce sont donc des jeunes animaux qui sont abattus. La chasse n'est pas sélective, toutes les classes d'âge sont concernées par le braconnage. Si l'on ne parvient pas à nouveau à enrayer ce grand braconnage, il sera difficile d'envisager une reconstitution de la population, et une réorganisation sociale des troupeaux d'éléphants. Il est important de trouver les moyens et la volonté politique d'agir, avant qu'il ne soit trop tard.
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José Lobão
Tello |
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Observations
d'un naturaliste
José Tello a passé près de 40 années au contact de la nature, dans plusieurs pays d'Afrique; autant dire qu'il possède une expérience et une connaissance que beaucoup lui envient. Le récit de certaines de ses observations dans le nord de la Centrafrique nous a semblé utile à rapporter ici. Ce ne sont pas des données scientifiquement récoltées; elles n'en constituent pas moins des faits à mettre en évidence lorsque l'on cite l'impact du braconnage, et qui illustrent merveilleusement les interdépendances entre les différents éléments constituant les milieux naturels. José Tello est arrivé dans le nord de la Centrafrique en 1988. Il rapporte qu'à cette époque, le braconnage des éléphants était tel que la population était complètement déséquilibrée dans sa structure, seuls subsistant juvéniles et subadultes, quelques femelles adultes sans pointes et de rares mâles adulltes, eux aussi dépourvus de pointes. L'organisation sociale des éléphants est basée sur le matriarcat avec des familles guidées par des femelles "leader". Le fait que les vieilles femelles jouant habituellement ce rôle aient été tuées a conduit à la destructuration de ces familles et à l'absence d'éducation des plus jeunes. José Tello a ainsi vu des éléphanteaux tombés au fond de salines sans que leurs mères, dont les propres mères avaient été tuées, ne sachent comment les aider à se dégager, geste qu'habituellement les femelles font très facilement avec leur trompe. Dans des situations de forte pression de chasse, les familles se regroupent en grands troupeaux; le braconnage ayant éliminé la plupart des learders; les jeunes éléphants cherchent à intégrer des grands troupeaux, afin de pallier l'absence de meneur au sein des petites structures que sont les familles, et retrouver un chef. C'est cette situation qu'a rencontrée le PDRN lorsqu'il a démarré ses activités. Les nombreuses carcasses d'éléphants abandonnées procuraient une abondance de nourriture pour les carnivores et on a observé dans la zone un accroissement notable des populations de lions et de hyènes tachetées. Avec la réduction du braconnage des éléphants, les carcasses ont disparu et les lions, entrant en compétition avec les guépards et les lycaons, se sont rabattus pour se nourrir sur les populations de bubales, de cobes de Buffon, de cobes defassas et de phacochères, Les deux populations de cobes ont été très affectées, et ont même été éliminées de certains secteurs. La dramatique réduction de la population d'éléphants, au même titre que l'extermination du rhinocéros noir, a aussi entraîné une modification de la végétation, la strate graminée des savanes arborées ayant alors tendance à être remplacée par une sous-strate arbustive, parfois dense, voire buissonnante. Les populations de lions ont depuis cinq années tendance à se résorber. En effet, le lion a des difficulté à chasser en zone arbustive dense. José Tello a ainsi constaté que les jeunes félins nés durant la saison sèche survivent rarement après la saison des pluies, durant laquelle le lion ne peut chasser dans les savanes peuplées de graminées denses et très hautes. Par ailleurs, les plaines étant inondées, les herbivores se dispersent, ne présentant plus de zones de concentration. Actuellement, la population de lycaons (une espèce très menacée sur l'ensemble du continent africain) est en considérable augmentation, tout comme celle de léopards, et dans une moindre mesure, de guépards. On constate d'intéressantes évolutions sur les populations de ruminants du fait de l'altération de l'habitat : les buffles, cobes de Buffon, cobes defassas, reduncas et bubales, tous brouteurs, sont en diminution dans les secteurs où l'invasion arbustive est accentuée. Les animaux pâturant (consommant herbe et feuillages) comme les élands de Derby, sont eux en augmentation, tout comme les herbivores avec un régime alimentaire mixte, tels les céphalophes, les guibs harnachés et les potamochères. Ces observations montrent à quel point un prélèvement massif sur une espèce peut affecter à la fois un habitat mais également d'autres populations animales. Ce sont des éléments que tout gestionnaire d'aire protégée doit garder en mémoire.
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