Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale

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Migration d'oiseaux en Afrique centrale : un coin du voile est levé

(Article paru dans Canopée n° 17 - Juin 2000)

La loi n° 94-01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche prévoyait dans son article 71(1) l’arrêt des exportations de grumes au bout de cinq ans, l’objectif étant de favoriser le développement économique du Cameroun en créant de la valeur ajoutée par la transformation locale d’une matière première.

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Sommaire numéro

 

Le philosophe grec et pionnier de l'histoire naturelle Aristote (384 -322 av. JC) pensait qu'il y avait deux raisons pour lesquelles les oiseaux apparaissaient et disparaissaient : la migration et l'hibernation. Ce n'est qu'à la fin du 19ème siècle et surtout au cours du 20ème siècle que les scientifiques ont apporté des éléments concrets pour décrire ces mouvements saisonniers qu'effectuent les oiseaux.

La migration des oiseaux et un phénomène maintenant bien connu bien que les informations précises fassent encore souvent défaut. Si de nombreuses études ont été menées en Europe et en Amérique du nord depuis plusieurs décennies, en revanche peu de données sont disponibles pour l'Afrique.

Le concept de migration

Les oiseaux effectuent des migrations saisonnières afin de satisfaire des besoins alimentaires qui ne peuvent plus l'être sur les lieux de reproduction du fait des contraintes climatiques. C'est le cas des espèces arctiques qui passent l'hiver en Europe du nord, ou encore des espèces paléarctiques qui hivernent en Afrique sub-saharienne où elles se rencontrent communément du mois d'octobre au mois de mars (Moreau 1972). Certaines d'entre elles sont des rapaces (balbuzard, faucons), des limicoles (bécasseaux, chevaliers, pluviers), d'autres des oiseaux de mer (sternes, goélands) ou encore des passereaux (pies-grièches, traquets, fauvettes, bergeronnettes).

Comment étudier les migrations ?

Afin d'étudier le phénomène des migrations, mais aussi de collecter des informations relatives à l'écologie, au comportement des oiseaux, à la dynamique des populations, des scientifiques ont initié un programme de marquage consistant à apposer des bagues métalliques portant un numéro d'identification aux pattes de ces oiseaux. Le baguage qui a débuté dès 1853 en Grande-Bretagne s'est généralisé à partir de 1893 dans les îles Britanniques (McClure 1984) avant de gagner la plupart des autres pays d'Europe occidentale. Sa pratique s'est, par la suite, étendue aux autres continents : Etats-Unis (1902), Canada (1920), Australie (1912), Nouvelle-Zélande (1950), Japon (1924), Inde (1924) (McClure 1984).

Le baguage a permis de collecter des informations précieuses sur l'hivernage des différentes espèces et sur les routes empruntées au cours de la migration. Ces informations se sont avérées d'une importance majeure pour la conservation de certaines espèces.

 

 

 

Baguage : comment, pour qui, pourquoi ?

La bague d'aluminium qui est fixée à la patte de l'oiseau est de petite taille, légère et porte un numéro unique et une adresse qui permettent une identification individuelle. Il est essentiel qu'une bague présente ces caractères afin de ne pas handicaper l'oiseau dans ses activités normales, que ce soit lors des activités de nourrissage, lors de la reproduction ou lorsqu'il effectue de longs déplacements migratoires. Seuls des spécialistes ayant suivi une formation peuvent être habilités à baguer les oiseaux. Ces spécialistes, qu'on appelle des bagueurs, travaillent pour la plupart bénévolement dans le cadre de programme scientifique mis en œuvre par des instituts de recherche nationaux. Dans les îles Britanniques, le bagage, opéré par 2.000 bagueurs, est coordonné par le British Trust for Ornithology (BTO) qui baguent environ 800.000 oiseaux par année. En France, les environ 300 bagueurs qui travaillent sous l'égide du Centre de recherches sur la biologie des populations d'oiseaux (CRBPO) baguent près de 150.000 oiseaux par an. En Belgique 350 bagueurs opèrent sous la direction de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique et baguent annuellement 400.000 oiseaux (Alexandre & Lesaffre 1984). Les oiseaux sont bagués à l'état de poussin au nid (20%) avant qu'ils ne soient capables de voler, ou encore à l'état adulte grâce à l'utilisation de filets de capture ou d'autres moyens de piégeage n'occasionnant pas de dommage aux oiseaux. La reprise d'un oiseau bagué, vivant ou mort, permet d'accroître la connaissance relative à la durée de vie des différentes espèces d'oiseaux, à leurs routes de migration, à leurs quartiers d'hivernage ou encore à la période de migration.

L'Afrique lieu de migration privilégié

De nombreuses espèces d'oiseaux de l'ouest paléarctique hivernent en Afrique sub-saharienne. Moreau (1972), dans son ouvrage de référence sur les migrations d'oiseaux en Afrique, dénombre 177 espèces provenant de l'ouest paléarctique qui hivernent en Afrique, parmi lesquelles 69 passereaux, 24 rapaces et 63 espèces aquatiques et 21 autres espèces non-passereaux.

En Afrique, les zones d'hivernage principales pour ces espèces migratrices sont localisées en Afrique sahélienne, dans les zones de savane de l'Afrique orientale et sur l'ensemble du littoral pour ce qui concerne les limicoles et les oiseaux de mer.

Des tentatives d'estimation du nombre d'oiseaux migrant en Afrique ont été réalisées et celle de Moreau (1972) donne des chiffres étonnants parmi lesquels 40 millions de rapaces, 200 millions de Martinets noirs (Apus apus), 3.300 millions de passereaux et conclut que 5.000 millions d'oiseaux (exclus les oiseaux d'eau) provenant de la zone paléarctique prennent leurs quartiers d'hiver au sein des 20 millions de km2 de l'Afrique sub-saharienne.

Reprise à Libreville (Gabon) d'une sterne baguée

Le 9 décembre 1999, des pêcheurs ont capturé un oiseau de mer au débarcadère situé en face de l'hôpital Jeanne Ebori à Libreville. L'oiseau a été apporté au bureau du WWF. Il présentait une bague métallique portant le numéro XS15473 et la mention British Museum. L'oiseau était encore vivant, mais son état de santé était précaire compte tenu de l'imprégnation de son plumage par du goudron. L'oiseau est mort quelques jours plus tard malgré les soins prodigués, probablement par ingestion de goudron lors de l'opération de lissage des plumes que les oiseaux effectuent sans relâche pour parfaire leurs performances de voilier.

L'oiseau a été identifié par mes soins comme une Sterne caugek (Sterna sandvicensis) adulte en plumage hivernal. Après avoir contacté le British Trust for Ornithology, il s'est avéré que cet oiseau avait été bagué à l'état de poussin en Ecosse le 14 juillet 1978, soit 21 ans plus tôt, et à près de 6400 km de Libreville !

La Sterne caugek niche dans les zones paléarctique, néarctique et néotropicale. La population qui se reproduit dans l'ouest paléarctique (Grande-Bretagne, France, Pays-Bas, Suède, etc.) appartient à la sous-espèce nominative (Sterna s. sandvicensis) dont les effectifs sont estimés entre 55.000 et 160.000 couples (del Hoyo & al. 1996). La population d'Europe de l'ouest hiverne dans le bassin méditérranéen et le long des côtes africaines, et ce jusqu'à l'Afrique du Sud. Le Gabon fait donc partie de ses quartiers d'hiver habituels où elle est décrite comme une espèce hivernant en petit nombre le long de la côte gabonaise, le total d'individus hivernant au Gabon étant estimé à 445-655 (Schepers & Marteijn 1993).

L'indication relative à la zone d'hivernage de cette espèce ne constitue pas un élément nouveau, puisque Schepers & Marteijn (1993) mentionnent la reprise au Gabon de 12 Sternes caugeks (11 au Cap Lopez et une à Libreville) baguées originellement en Grande-Bretagne (4 individus), au Danemark (2 individus), en Estonie (2 individus), aux Pays-Bas (2 individus), en Allemagne (1 individu) et en Suède (1 individu). Par contre, l'indication précise relative à la longévité de cette espèce est très intéressante. D'une manière générale, les données de baguage indiquent que la plupart des oiseaux meurent avant d'avoir atteint l'âge de se reproduire, soit pour cette espèce à l'âge de 3-4 ans (Cramp 1985). Cette mortalité juvénile est un phénomène bien connu. Or l'information apportée par cette capture donne une longévité de 21 ans et 5 mois (7.815 jours) pour cette espèce, ce qui constitue si non un record, au moins une performance remarquable. A titre de comparaison, les individus repris jusqu'à ce jour au Gabon avaient en moyenne 1.540 jours, soit cinq fois moins que l'individu capturé le 9 décembre 1999 !

 

 

Reprise à São Tomé d'un phaéton bagué

Le 24 novembre 1999, des pêcheurs ont apporté au marché de São Tomé un oiseau de mer. M. Michel Gunther, ornithologue qui effectuait une mission ponctuelle pour le compte d'ECOFAC à São Tomé, a été alerté et a constaté que l'oiseau était bagué. Il portait une bague numéro FS 20659 Muséum de Paris et a été identifié par Michel Gunther comme un Phaéton à bec rouge (Phaethon aethereus) adulte. Après avoir contacté le CRBPO, il s'est avéré que l'oiseau avait été bagué poussin aux îles de la Madeleine situées dans l'embouchure du fleuve Sénégal en face de Dakar, le 3 juin 1994.

Le Phaéton à bec rouge est une espèce pélagique qui niche dans les zones pan-tropicales des océans Indien, Pacifique et Atlantique (del Hoyo & al. 1992). La population présente dans l'océan Atlantique appartient à la sous-espèce nominative Phaethon a. aethereus, estimée à 3.000 couples (del Hoyo & al. 1992). En Afrique, outre en Mer Rouge, il niche dans les îles d'Ascension, du Cap Vert et sur les îles de la Madeleine au Sénégal (Brown & al. 1982) et sa présence en Afrique centrale est considérée comme récente avec des observations maintenant régulières à São Tomé et Príncipe, autour des îlots de Sete Pedras et des îles Tinhosas (Christy & Clarke 1998). Un couple de Phaéton à bec rouge adultes a été observé régulièrement posé sur un des petits monolithes basaltiques qui composent les îles Tinhosas ou en train d'effectuer des vols de parade, sans que la reproduction ait cependant pu être constatée, bien que suspectée (Ian Sinclair, comm. pers.).

Les observations de Phaéton à bec rouge effectuées à São Tomé associées à la reprise d'un oiseau adulte bagué au Sénégal permettent de penser que cette espèce opère, à partir des colonies existantes dans l'océan Atlantique, la colonisation de nouveaux sites de reproduction. Les oiseaux pélagiques sont connus pour effectuer de grands déplacements et ce ne sont pas les 3.500 km qui séparent São Tomé des Iles de la Madeleine qui devraient constituer un obstacle à une espèce ayant d'aussi bonnes qualités voilières.

Appel à la coopération

Le pourcentage d'oiseaux bagués recapturés est faible. Ceci est en partie dû au fait que les bagues sont rarement acheminées par les découvreurs aux organes émetteurs. La principale raison en Afrique est que les bagues sont gardées par les personnes les ayant trouvées comme des ornements originaux. Si vous constatez que des personnes sont en possession de bagues d'oiseaux, essayez de les récupérer sans offrir une rémunération en contrepartie pour ne pas que la recherche de bagues devienne une activité rémunératrice qui puisse porter préjudice à la survie des espèces baguées. Au Gabon, la capture d'oiseaux bagués et la rétention de bagues a été constatée au niveau des villages de pêcheurs du Cap Lopez au nord de Port-Gentil (Patrice Christy, comm. pers.) et pourrait certainement être constatée dans d'autres lieux du littoral gabonais fréquentés par les oiseaux migrateurs (Baie de la Mondah, Gamba, Mayumba, etc.).

Alors si vous trouvez un oiseau bagué contactez l'organe émetteur dont le nom est porté sur la bague elle-même pour lui communiquer la date et le lieu ou l'oiseau bagué a été repris. En contrepartie de votre contribution, vous recevrez à votre adresse les détails de la vie de l'oiseau bagué. Vous serez en mesure de savoir où il a été bagué, quand, et dans quelles circonstances, et vous aurez eu le privilège de participer à l'amélioration de la connaissance scientifique, car comme le soulignait Moreau (1972) dans la préface de son livre sur les migrations d'oiseaux " le monde est étrange, mais la chose la plus étrange de toutes, c'est que nous sommes là pour en discuter. "


Olivier Langrand
WWF -Représentant Régional
BP 9144, Libreville - Gabon
o.langrand@inet.ga


 

 

Glossaire

  • pélagique : se rapporte à des oiseaux qui passent toute leur vie en mer à l'exception de la période de reproduction pendant laquelle ils rejoignent la terre ferme.
  • hiverner : séjourner dans des zones géographiques au climat plus clément en dehors de la période de reproduction
  • paléarctique : sept grandes zones biogéographiques sont définies dans le monde. Parmi celles-ci, le paléarctique, le néarctique, l'afro tropical. La zone paléarctique couvre l'ensemble de l'Europe, de l'Afrique du nord, de la péninsule arabique et de l'Asie, à l'exception des péninsules indo-malaises.

 


 

 

Bibliographie

Alexandre, J. F. & Lesaffre, G. 1984.
Regardez vivre les oiseaux
Tome 1. Editions Falco. Paris. 318 pp.

Brown, L. H., Urban, E. K. & Newman K. 1982.
The Birds of Africa.
Vol. 1 Academic Press. London & New York. 521 pp.

• Christy, P. & Clarke, W. C. 1998.
Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe.
ECOFAC. São Tomé. 144 pp.

Cramp, S. 1985.
Handbook of the birds of Europe, the Middle East and North Africa.
Vol. 4: Terns to woodpeckers. Oxford University Press. Oxford and New York. 960 pp.

Del Hoyo, J., Elliott, A., Sargatal, J. 1992.
Handbook of the Birds of the World.
Vol. 1. Ostrich to Ducks. Lynx Edicions. Barcelona. 696 pp.

Del Hoyo, J., Elliott, A., Sargatal, J. 1996.
Handbook of the Birds of the World.
Vol. 3. Hoatzin to Auks. Lynx Edicions. Barcelona. 821 pp.

McClure, E. 1984.
Bird banding.
The Boxwood Press. Pacific Grove. 341 pp.

Moreau, R.E. 1972.
The Palaearctic-African Bird Migration Systems.
Academic Press. London & New York. 384 pp.

Schepers, F. J. & Marteijn E. C. L. 1993.
Coastal waterbirds in Gabon, winter 1992.
Foundation Working Group International Wader and Waterfowl Research (WIWO). Report Nº 41. Zeist. 293 pp.