Les forêts d'Afrique centrale se vident-t'elles ?

Article paru dans Canopée n° 18 - Octobre 2000)

Dans un rapport publié en septembre 2000 par la Banque mondiale (Hunting of wildlife in tropical forests), E. L. Bennett et J.G. Robinson font le point sur la chasse en forêt tropicale. Une synthèse qui met en évidence quelques éléments intéressants à souligner.

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La communauté internationale a souvent répondu à la disparition des forêts tropicales par l’adoption de stratégies basées sur l’utilisation durable et soutenue de ces forêts.

Mais protéger les forêts tropicales est un vœu pieux tant que la chasse continue de les vider de leur faune car la disparition de celle-ci, et donc des indispensables disperseurs de graines, menace également l’ensemble de l’écosystème forestier tropical, réduisant ses capacités de régénération ou de maintien en cas de perturbation. La réduction de la faune affecte également les communautés rurales puisque le gibier représente plus de 50% des protéines consommées par la plupart des populations forestières, mais aussi une part non négligeable de leurs revenus monétaires.

Les populations forestières chassent depuis qu’elles peuplent les forêts tropicales, il y a quelque 40.000 années. Aujourd’hui, cette pratique n’est plus durable car la réduction des surfaces forestières en zone tropicale, en induisant une réduction des populations animales, limite la ressource pour les chasseurs. Par ailleurs, l’amélioration de l’accès aux blocs forestiers jusqu’alors vierges facilite la chasse et la commercialisation du gibier, et induit une cascade de modifications sociales, technologiques et économiques qui intensifient la pression de cette chasse.

L’environnement social a changé. L’accroissement des populations humaines et la sédentarisation créent de nouveaux besoins. L’immigration massive dans certaines zones crée d’autres perturbations par rapport à l’activité traditionnelle de chasse : besoin plus important de terres cultivables, renforcement de la pression de la chasse sur des zones et nombres d’espèces plus limités.

Ces mutations s’accompagnent d’une cassure sur un plan culturel : les systèmes et territoires de chasse traditionnels disparaissent, les tabous ne sont plus respectés, et les méthodes de chasse évoluent pour satisfaire des objectifs de rentabilité, et non plus d’autosubsistance. Fusils et câbles d’acier sont couramment utilisés, sans souci du réel potentiel en gibier.

L’environnement économique change également. La chasse devient un " business ", pratiquée à la fois par les autochtones mais également par des chasseurs non résidents.

Par ailleurs, l’accroissement des revenus induit, en Afrique et en Asie, une augmentation de la demande de gibier.

Le problème de la chasse est à multiples facettes et complexe. Les solutions ne peuvent être que spécifiques, basées sur une parfaite connaissance de l’activité de chasse, de l’écologie des espèces chassées, ainsi que de l’environnement culturel, économique et politique.

Le meilleur outil pour la préservation de la biodiversité face à la menace que représente la surexploitation par la chasse reste la création d’aires protégées, et la mise en œuvre d’une gestion efficace de ces espaces classés, dans le contexte d’un véritable aménagement du territoire.

Le rapport contient diverses recommandations. Pour les consulter, il est possible de télécharger le document à partir du site www.worldbank.org/biodiversity