Les forêts d'Afrique centrale se vident-t'elles ?Suivi de la santé des gorilles au nord-CongoArticle paru dans Canopée
n° 18
- Octobre 2000) Des
décennies de recherche sur le comportement des grands primates
nous ont appris leur comportement social et leurs habitudes alimentaires,
sans se soucier de leur état de santé véritable.
Par un suivi de la santé des populations de gorilles, les |
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Rien n’est certain, mais des estimations récentes suggèrent que je me suis trouvé parmi 50.000 gorilles dans le parc national d’Odzala au nord-ouest du Congo. Une des plus remarquables qualités
de cette aire protégée, découverte il y a quelques
années, est qu’elle possède la plus forte densité
de gorilles de plaine de l’ouest jamais trouvée ailleurs. Les gorilles peuvent attraper de nombreuses maladies humaines, des affections les plus bénignes comme le rhume aux pathologies les plus meurtrières comme la tuberculose ou Ebola. En fait, les grands primates et les humains peuvent partager plus de 150 maladies infectieuses. Chaque année, alors que le virus de la grippe se répand aux USA et en Europe, les visiteurs dans les zoos la transmettent aux gorilles, chimpanzés et orangs-outangs en leur jetant de la nourriture, des chewing-gums ou les pailles des canettes de boissons. Mais dans les zoos, ces animaux sont soignés quand ils sont malades, ce qui n’est pas le cas des animaux sauvages ; il importe donc de mieux les protéger contre les risques de maladies. Les aires protégées comme Odzala deviennent de plus en plus accessibles aux chercheurs mais aussi aux touristes, et une approche préventive est nécessaire pour préserver la santé des animaux. Pour cette nouvelle approche de la conservation de la vie sauvage, nous devons d’abord mieux connaître les maladies existantes parmi cette population de gorilles en apparente bonne santé, et quelles sont les pathologies qui peuvent être introduites par l’homme. Nous ne pouvons bien sûr vacciner tous les gorilles vivant à l’état sauvage, mais nous pouvons déjà vacciner tous les travailleurs du parc, ainsi que leurs familles pour les protéger, et parallèlement, protéger les gorilles. Par exemple, les gorilles sont-ils immunisés contre la rougeole, ou devons-nous nous assurer que tous les intervenants dans le parc , ainsi que leurs proches, le sont afin d’éviter qu’ils ne communiquent cette maladie aux grands primates ? Jane Goodall, réputée pour avoir étudié les chimpanzés à Gombe, en Tanzanie, eut la malchance de voir les individus qu’elle étudiait frappés par une épidémie de polio introduite par des humains non ou peut-être mal vaccinés. Le résultat fut désastreux. Plus récemment, le virus du type grippe tue des chimpanzés à Gombe presque chaque année, et un véritable programme de suivi médical a maintenant été mis en place. L’autre souci de l’équipe d’intervention concernait le mode de vie des gorilles ; organisés en groupes sociaux fragiles, le mâle défend jusqu’à la mort ses femelles et petits. D’autres mâles essaient parfois de s’emparer des femelles et jeunes d’un groupe. Certaines femelles sont parfois tentées de changer de groupes quand elles considèrent que leur mâle les néglige ou ne leur procure pas la sécurité escomptée. Ainsi, endormir un mâle pour quatre ou cinq heures comporte le risque de lui faire perdre sa famille. Si on endort une femelle, le mâle risque d’attaquer pour la protéger, ou d’emporter le reste de la famille, abandonnant l’individu anesthésié. Afin d’éviter ces problèmes, nous avons décidé de n’endormir que des mâles solitaires. Travaillant avec une équipe de gardes du parc, nous avons finalement pu, au bout de quelques semaines, examiner correctement quatre mâles adultes. Pour chacun d’eux, un examen clinique a été pratiqué : rythme cardiaque, poumons, yeux, oreilles, dents, bouche, nez, ont été méticuleusement examinés. Des prélèvements de sang ont été réalisés ainsi que des matières fécales pour déceler la présence de parasites. Avec l’équipement approprié, nous avons pesé chaque animal. Les quatre gorilles examinés pesaient entre 135 et 160 kg. Végétariens, leur taux de cholestérol est bas, mais certaines pathologies ont pu être mises en évidence. Un d’entre eux était couvert de la taille aux pieds d’une dermatose ressemblant à une forme sévère de filariose chez les humains. De grands morceaux de peau se détachaient de ses membres inférieurs, et son bas-ventre ainsi que son aine étaient depuis si longtemps atteints que sa peau avait perdu sa coloration noire habituelle, pour devenir blanc-rosé. Un autre individu présentait des ulcères sur la face qui ressemblaient à une infection touchant les humains appelée le pian. C’est une maladie communément répandue en Afrique centrale et probablement introduite auprès des gorilles par les hommes il y a plusieurs siècles, si ce n’est millénaires. Une fois les examens terminés, nous avons attendu, parfois plusieurs heures, que l’individu anesthésié se réveille, afin d’être certain qu’il ne soit pas, encore groggy, attaqué par un léopard pour qui il constituerait alors une proie facile. Les analyses sanguines faites ont porté sur 65 maladies infectieuses. Les premiers résultats montrent que les quatre gorilles ont été infectés par le pian à un moment de leur vie. Ils ont également été exposés à des rhumes ou virus du même type. Aucun de ces animaux n’a été contaminé par Ebola, par la polio, ni par des rougeoles de forme humaine, ce qui les rend très vulnérables car ils n’ont développé aucune immunité contre ces pathologies. Aussi simple qu’il paraisse, ce travail pour déterminer l’état de santé des gorilles de plaine vivant dans la nature n’avait jamais été réalisé auparavant. Des décennies de recherche sur leur comportement nous ont appris leur comportement social et leurs habitudes alimentaires, sans se soucier de leur état de santé véritable. Cette expérience sur ces quatre gorilles fut la première. Nous espérons, en poursuivant ce travail, collecter des informations importantes pour le développement de préventions efficaces et rationnelles, ainsi que la mise au point de procédures pour le personnel du parc, mais aussi les chercheurs, et les touristes. L’objectif est de protéger ces magnifiques animaux. Si les efforts pour la conservation
au Cameroun voisin continuent de fléchir, et si les populations
de grands primates ne repeuplent pas le nord-est Gabon, le nord-ouest
du Congo-Brazzaville deviendra le dernier et plus important refuge
pour les gorilles de plaine de l’ouest en Afrique. W. B. Karesh
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