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SI LA FORET TROPICALE
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![]() photo : M. Vives |
La
destruction catastrophique
des forêts d'Afrique centrale survenue il y a environ 2500 ans BP exerce encore une influence majeure sur la dynamique et la répartition actuelle des formations végétales.
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Liens vers autres
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De nombreuses recherches ont clairement montré que les forêts tropicales se sont fragmentées et ont considérablement régressé durant le dernier maximum glaciaire qui a débuté il y a environ 20.000 ans (Maley, 1996). La dernière phase d'extension forestière maximum a débuté il y a environ 10.000 ans BP (avant l'Actuel) en même temps qu'est intervenue la dernière phase de réchauffement global. Jusqu'à très récemment de nombreux spécialistes estimaient que les forêts d'Afrique centrale n'avaient pas subi de perturbations majeures entre cette date et le début du vingtième siècle. Or cela est inexact car des recherches géologiques et palynologiques effectuées depuis une dizaine d'années sur des sédiments lacustres prélevés dans plusieurs sites de cette région ont clairement montré que vers 2500 ans BP les forêts d'Afrique centrale ont subi des destructions catastrophiques qui ont été associées à une phase de forte extension des savanes (Maley, 1997). Cette phase catastrophique a dû être très brève car dans les mêmes niveaux où a été observée une quasi-disparition des arbres de type primaire, associée en même temps à une forte extension des formations savanicoles, il a été aussi noté pour certains sites, comme au lac Barombi Mbo dans l'ouest-Cameroun (Maley et Brenac, 1998) et au lac Kitina dans le Mayombe (Congo occidental) (Elenga et al., 1996), une expansion rapide des végétations arborées pionnières, ce qui a dû correspondre à une première phase de cicatrisation qui a initié la reconstitution de la canopée. Pour d'autres sites comme au lac Ossa près d'Edea dans le sud-Cameroun (Reynaud-Farrera et al., 1996), la forte perturbation du milieu forestier préexistant n'a pas été associée à une extension régionale des savanes, mais elle s'est seulement marquée par une brutale extension des formations pionnières. Ces diverses données montrent que la phase de destruction forestière survenue vers 2500 ans BP a été un phénomène très bref mais très intense. De ce fait, les divers "refuges" qui ont pu subsister lors de cette phase n'ont pas été constitués de blocs forestiers d'une seule pièce mais d'une mosaïque de micro-refuges formés par des collines isolées, des forêts-galeries, des versants bien exposés, etc. Le caractère général du phénomène de destruction, son synchronisme apparent (à l'échelle des datations au radiocarbone qui s'échelonnent de 2800 à 2000 ans BP) entre les différents sites étudiés à travers l'Afrique centrale (sud Cameroun, Congo, Gabon) et son association avec une phase érosive généralisée permettent de conclure qu'il a résulté d'une vaste perturbation d'origine climatique (Maley, 1997) et aussi que ce phénomène ne peut pas être imputé à l'Homme. Certains auteurs estiment même que ce sont les variations des paléoenvironnements qui, au cours du troisième millénaire BP, pourraient avoir été une des causes principales de la migration des Bantous à travers l'Afrique centrale. |
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Vers 2000 ans BP, lorsque le climat est redevenu plus humide et régulier, la dynamique forestière a été dans l'ensemble très intense et a conduit à la reconstitution progressive du domaine forestier. Le retour des formations forestières de type "primaire" est intervenu à des époques différentes suivant la position géographique des sites. En effet la rapidité du recul et de la fragmentation du domaine forestier s'oppose à la lenteur, au retard, de sa reconstitution ultérieure car le front de recolonisation a mis parfois jusqu'à 2000 ans pour atteindre certains secteurs périphériques qui n'ont été recolonisés qu'au vingtième siècle. Une telle évolution en dents de scie peut être comparée à un phénomène d'hystérésis (Maley et Brenac, 1998). Des recherches effectuées sur la végétation actuelle montrent qu'au cours du vingtième siècle le phénomène d'extension forestière se poursuit toujours d'une manière très intense, et ce malgré les feux de savane qui peuvent retarder le phénomène mais qui ne le bloquent pas (Letouzey, 1985; Maley, 1996). L'aspect en mosaïque de certaines forêts actuelles, caractérisées par un mélange ou une juxtaposition de groupements d'espèces de type sempervirent et de type semi-caducifolié, comme pour les forêts "de type congolais", est probablement une conséquence à long terme des perturbations qui ont affecté le domaine forestier depuis trois millénaires avec d'abord une intense phase de destruction, suivie ensuite par une phase de reconstitution qui se poursuit encore à l'heure actuelle. En conclusion, il apparait donc que la fragmentation et la destruction des forêts tropicales peuvent être associées, au niveau global, soit à une phase glaciaire, comme entre 20.000 et 10.000 ans BP, soit au contraire à un interglaciaire, c'est-à-dire durant une phase chaude, comme cela s'est produit vers 2500 ans BP. Lorsqu'on examine les modèles climatiques concernant le phénomène de "réchauffement global" que la plupart des climatologues estiment devoir intervenir au cours du XXIe siècle, il apparaît qu'un accroissement moyen de la température de 4°C, conduirait aussi à un accroissement de l'évaporation d'environ 30% mais avec seulement 12% de plus de pluie pour l'Afrique tropicale. C'est dans le cadre de tels modèles que la phase de destruction des forêts d'Afrique centrale vers 2500 ans BP, survenue durant une phase climatique relativement chaude et liée probablement à un accroissement des pluies de type convectif, peut être un "analogue " mais aussi un signal d'alarme de ce qui pourrait survenir en Afrique centrale au cours du futur "réchauffement global" (Maley,1997). |
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Jean MALEY (IRD & ISEM/CNRS) |
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