Canopée - bulletin sur l'environnement en Afrique centrale


Photo : I. Parmentier                        





L'ARBRE ET LE PIGEON, OU LE PIGEON ET L'ARBRE ?

 

 

(Article paru dans Canopée n° 19 - Janvier 2001)

Deux arbres typiques de la forêt afromontagnarde identifiés sur des inselbergs en Guinée-Equatoriale.
Tentative d'explication.



Ce que les études
palynologiques et paléoclimatiques
nous apprennent

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Sommaire numéro



Olea capensis récolté sur l'isenberg de Piedra Nzas, en Guinée-Equatoriale

Les pollens d'Olea capensis et de Podocarpus latifolius se rencontrent, parfois avec une certaine abondance, dans les spectres polliniques qui ont été obtenus pour les principaux sites paléoenvironnementaux d'Afrique centrale atlantique. Etant donné qu'il s'agit de taxons afromontagnards, leur développement est intervenu surtout durant la dernière période de climat relativement frais, c'est-à-dire il y a plus de 10.000 ans BP (avant l'Actuel).

Vers le sud des plateaux Batéké, au site de Bilanko, une très forte extension de la végétation montagnarde est intervenue avant ca. 10.000 BP, marquée par des pourcentages élevés (environ 50%) de Podocarpus cf.latifolius, Olea capensis et Ilex mitis, autre arbre afromontagnard (Elenga et al., 1991).

Dans l'ouest Cameroun, au lac Barombi Mbo, le développement maximum d'Olea capensis est intervenu avant 20.000 BP (de 7 à 35%) alors que les pourcentages de Podocarpus étaient très faibles, inférieurs à 1%. Ensuite les pollens d'Olea capensis disparaissent quasiment après 10.000 BP (début de l'Holocène), tandis que ceux de Podocarpus cf latifolius augmentent fortement entre 9.000 et 3.000 BP pour culminer entre 4.000 et 3.000 BP (Maley et Brenac, 1998). D'autres sites d'Afrique centrale et même d'Afrique de l'est ont présenté des évolutions similaires, particulièrement durant l'Holocène.

Ces deux espèces ont donc eu des aires de répartition nettement plus étendues dans le passé, mais à des périodes différentes. Conformément à l'écologie différente de ces deux espèces, les phases d'optimum paléoclimatique n'ont donc pas été les mêmes.


Podocarpus latifolius récolté dans la forêt saxicole de l'inslberg de Piedra Nzas, en Guinée-Equatoriale

 

 

les inselbergs
de Guinée-Equatoriale

Les inselbergs de Guinée-Equatoriale sont des collines granitiques qui émergent des pénéplaines de l'est du pays. Ce sont des biotopes très particuliers par leur microclimat et leurs conditions édaphiques très différentes de la forêt dense humide qui les entoure. Dans les secteurs d'affleurements rocheux se rencontrent des prairies naturelles bordées de lisières forestières riches en espèces. Là où le sol est le plus profond (30 cm en moyenne) poussent des forêts saxicoles dont le sous-bois est souvent plus éclairé et les arbres moins hauts que ceux de la forêt à la périphérie de l'inselberg.

Les inselbergs peuvent être comparés à des "îlots xériques" dans la forêt dense. En effet on y rencontre des espèces adaptées à la sécheresse et des espèces savanicoles très éloignées de leur aire principale de distribution. Ces espèces sont concentrées dans les prairies et les ourlets herbacés. Les franges forestières sont très riches en épiphytes, car des brouillards fréquents les alimentent en eau.

La présence de populations satellites non encore signalées d'Olea capensis a été observée sur plusieurs inselbergs de Guinée-Equatoriale, à des altitudes variant de 600 à 800 m, et celle de Podocarpus latifolius sur la partie sommitale de l'inselberg Piedra Nzas, vers 754 m (Parmentier 2000). Olea capensis est caractéristique du manteau arbustif de la lisière forestière des inselbergs (position similaire au mont Momi, Côte d'Ivoire), tandis que Podocarpus latifolius est beaucoup plus rare et moins visible, comme l'est le pied isolé qui a été récolté dans la forêt saxicole du sommet de l'inselberg de Piedra Nzas.

Le microclimat et les conditions édaphiques des inselbergs ont des points communs avec ceux de la région afromontagnarde. En moyenne, la pluviosité annuelle des forêts afromontagnardes d'Afrique centrale est comprise généralement entre 1.250 et 2.500 mm, avec parfois des valeurs plus élevées. Il existe habituellement une saison sèche qui dure de un à cinq mois, mais tempérée toutefois par une forte nébulosité. Les inselbergs sont souvent le siège de brouillards qui amènent un abaissement de la température et une augmentation de l'humidité atmosphérique. Concernant la Guinée-Equatoriale, la pluviosité moyenne annuelle est de 2.500 mm. Le climat est de type équatorial avec une petite saison sèche relative de décembre à février et une grande saison sèche de juillet à mi-septembre.

La station de Kouyi qui est située vers 700 m d'altitude sur le flanc congolais des monts du Chaillu réunit ces mêmes facteurs écologiques. On y a observé Podocarpus latifolius et d'autres espèces afromontagnardes, en particulier Rapanea melanophloeos (Myrsinaceae). Le sol très mince repose sur une cuirasse ferrugineuse. La pluviosité annuelle est d'environ 1.850 mm par an et le climat est aussi caractérisé par une forte nébulosité une grande partie de l'année (Maley et al. 1990).

Conclusion

 

 

Les populations satellites d'Olea capensis observées sur plusieurs inselbergs de Guinée-Equatoriale et le pied de

Podocarpus latifolius récolté sur l'un d'eux, accroissent nos connaissances sur les populations afromontagnardes satellites. A propos de l'hypothèse sur le rôle de Columba arquatrix dans la migration possible de ces deux taxons, il serait intéressant d'étudier l'avifaune des inselbergs où ils ont été récoltés, pour savoir s'ils sont fréquentés par des oiseaux à affinité afromontagnarde et particulièrement par ce pigeon.

La flore des inselbergs inclus dans la forêt dense ombrophile est, comme celle de la région afromontagnarde, très différente de celle qui les entoure. De nombreuses autres espèces caractéristiques de ces collines rocheuses ont également des aires disjointes. Il s'agit souvent d'espèces endémiques et adaptées à la sécheresse. La végétation de ces inselbergs constitue une base de travail passionnante pour les phytogéographes et les paléobotanistes.

Ingrid Parmentier
(inparmen@ulb.ac.be)

Jean Maley
(jmaley@evol.isem.univ-montp2.fr)


 Bibliographie


Sommaire du Canopée N°19

REFUGES ET CONSERVATION - SI LA FORET TROPICALE M'ETAIT CONTEE ... - MARQUEURS BIOGEOGRAPHIQUES -
L'ARBRE ET LE PIGEON, OU LE PIGEON ET L'ARBRE ? - LA VEGETATION DU PARC NATIONAL DE MONTE ALEN -
QUAND LES POISSONS APPORTENT LEUR PIERRE...
( ECOFAC )